11. Spirale ou tornade ?
Le répit ne dure pas, il lâche son appareil autour de son cou et se rapproche de moi. Il me saisit par l'anneau du collier, me "forçant" à me lever. Il prend le temps de décoller les quelques mèches qui sont collées sur mon visage et me pose un baiser sur les lèvres.
- Viens ! Et Il me fait traverser les quelques mètres du salon jusqu'à la bibliothèque.
- Attends. Il se déplace et attrape l'échelle qu'il fait glisser jusqu'au milieu du rayonnage.
Il me plaque dos à l'échelle et vient m'embrasser à pleine bouche.
Il prend mes poignets l'un après l'autre et les attache quelques barreaux au dessus de ma tête. Puis fait de même avec mes chevilles.
Je suis donc là, attachée, offerte face au salon.
Il se recule et recommence à prendre en photos de la sorte.
La séance dure quelques minutes. Je n'ose pas regarder vers l'objectif.
Son téléphone sonne sur la table, il répond brièvement, il appuie sur une télécommande, je pense le portail et dit à son interlocuteur de rentrer directement, c'est ouvert.
Olala, il attend encore du monde, va-t-on survivre à cette débauche de sexe ?
Il retourne avec les autres qui sont en train de se câliner.
À tous les observer je me rends compte que Michel est bien plus que le maître des lieux, c'est le maître du jeu... Nous sommes tous ses jouets.
Il me regarde quelques secondes et revient vers moi avec une longue bande en soie rouge.
-Tiens, on va pimenter les choses, je vais te mettre ça sur les yeux...
Il me glisse le bandeau devant les yeux, fait deux tours puis un noeud derrière la tête.
Noir.
Je sens sa présence toujours très proche de mon oreille, il me sussure :
- Tu m'impressionnes Sophie, tu es un très joli trophée.
Il glisse sa main sur ma joue, mon corps...
Puis je l'entends s'éloigner et quelques secondes plus tard, le parquet grince, r et c'est le bruit de l'obturateur de son appareil photo qui prend le relais.
Rapidement, mes autres sens se mettent en éveil, j'entends les pas feutrés sur le tapis, les bruits de paroles, de baisers.
Des bruits de va et vient, encore des pas, des portes. Du verre ou des bouteilles qui s'entrechoquent, Michel est sans doute allé chercher de nouvelles bouteilles à la cuisine où je ne sais où.
Dehors, une voiture qui roule doucement sur des graviers.
De nouvelles voix.
Michel : - Entrez, Entrez les amis, voyez nous avons commencé !
J'imagine le maître de maison, à poil avec son appareil photo autour du cou, accueillir ses nouveaux convives les bras grands ouverts. Quoi de plus normal ?
Pendant ce temps trois autres personnes nues sur le canapé, à faire je ne sais quoi... Et moi ?
Toute aussi nue attachée à une échelle de bibliothèque, face à cette grande pièce. Dans mon dos, le poids du regard de centaines d'auteurs, j'imagine les Sade, Montaigne, je ne sais qu'autre encore me regarder au travers des coutures et des enluminures, se signer religieusement pour se faire pardonner de leur voyeurisme centenaire qui aujourd'hui se pose sur mon postérieur...mais je fais partie du decorum comme eux... Placée comme une décoration.. plantée là.
Mais ce n'est pas du jeu ! J'ai encore les yeux bandés, je ne vois rien...
Qui est arrivé ? Combien ? Deux ? Trois ? Quatre personnes ?
J'entends des talons hauts, je me prends à imaginer une jeune femme, grande et fine, rousse, oui rousse.. mon imagination va bon train...
Les mondanités aussi.
Le "pop" caractéristique d'une bouteille que l'on débouche, des rires...
Je suis une témoin aveugle d'une soirée libertine qui (re)démarre.
Des discussions des rires, des bises...
Ils sont au moins trois...
En fait, je me rends compte que le son change lorsque la situation glisse.
Je sais que je suis aidée car reconnais entre mille la voix de mon homme et ses variations dans ces moments... Mais malgré cela, même dans le noir, j'entends que les voix sont moins légères, tout se ralentit, les rires sont plus troublés, les bises se font baisers et je perçois maintenant des respirations que je n'entendais pas jusqu'alors, profondes, lentes...
Tout ça... Et bien ça pue le sexe à plein nez... Ça redémarre !
Et je suis attachée ! Ce n'est pas du jeu ! Je veux poser mes mains sur ces nouvelles peaux, je veux sentir le parfum de cette nouvelle amante, sentir près de moi ces bites inconnues... Mon corps bout de désir...
Je perçois dans la voix de Christophe qu'il n'est pas en terrain connu, il y a des présentations, je sens même qu'il a un trouble supplémentaire. Oui elle doit être grande, fine avec une belle poitrine.. c'est une rousse j'en suis sûre..
Une pointe de jalousie vient percer mon émoi sexuel... Mais c'est bizarre. Moi la petite blonde avec ses petits seins pas plus gros que des pommes, mon petit cul, je dois faire femme enfant à côté d'elle... Sans doute une quadra assumée, oui je suis jalouse je me sens toute petite et transparente attachée à mon échelle...
Étrange.. effectivement, car jalouse de cette inconnue mais imaginer mon homme la touchant, la baisant... ça m'excite aussi....
Je suis tirée de ma rêverie par des pas qui se rapprochent.
En effet, il y a cette lame de parquet entre le tapis et moi, cette lame qui grince, je l'ai entendue plusieurs fois lors de la séance photo... soudain, une voix d'homme :
- Pas mal cette statue Michel !
Je frémis, une statue, un objet... Certes mais un objet qu'on admire finalement, j'aime cette analogie.
Une main caressante se pose sur moi, choc électrique à nouveau. Elle s'arrête net.
- Je te présente Sophie ! Je t'avoue que je ne suis pas peu fier de sa présence ici, elle est divine... Tu verras.
La voix proche de Michel me rassure et me fait du bien, divine, il a dit : divine. Merde alors, c'est le champagne où je suis vraiment tombée sous son charme...
Mais qu'attendez-vous Michel ! Venez jouer avec moi ! Mon corps n'attend que ça ! Vos mains ! Votre ceinture ! Votre queue !
Non ce n'est pas du jeu, j'entends là bas que d'autres femmes sont en train de prendre du plaisir...
Une voix chaude à mon oreille :
- Ma petite Sophie, si tu voyez comme nos invités te regardent...
Sa main glisse dans mon cou... Ma poitrine, vient tirer un téton...
Elle descend plus bas...
Le souffle chaud de Michel à mon oreille.
Je sens la paume de sa main sur mon pubis presque glabre. Ses doigts s'insinuent entre mes lèvres.
- Tu es à moi ce soir ?
- Oui.
- Dis-le.
- Je suis à vous.
- Bien, et feras-tu tout ce que je vais te demander ?
- Oui... Je ferai tout ce que vous voudrez de moi.
Sa voix grave et suave me pénètre au plus profond de mon être, des milliers de papillons vrombissent dans mon ventre, on entend mon cœur taper dans ma poitrine, j'ai le souffle court, la bouche sèche. Je ne suis pas aidée par ses doigts qui me caressent bien plus bas.
C'est une bouche affamée qui s'écrase à la base de mon cou, me mordille le lobe de l'oreille. Des frissons remontent toute ma colonne vertébrale, l'échine. Le doigt qui se plante en moi, m'arrache un cri presque libérateur.
- Ta nuit ne fait que commencer, tu seras ma chienne, ma pute, et on va t'honorer, te souiller et tu vas en redemander !
De sa voix, il a appuyé sur chaque mot. De ses doigts, chaque ponctuation.
De mon regard fébrile j'ai marqué mon attention.
Cette phrase n'a rencontré pour seuls commentaires que mes râles de plaisir.
Je dois être en train de me liquéfier dans le creux de sa main...
- tout ?
- tout.
Il l'avait depuis un moment déjà, mais maintenant c'était acté : il avait mon entier consentement.
Dont acte.
J'étais sienne pour les heures à venir.

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