Chapitre 42-1 (Eliott)

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[ Fin de la section précédente : Dans un cas, ils les empêcheraient de continuer leurs expériences et les affaibliraient suffisamment pour que l’Académie les mette hors d’état de nuire, et de l’autre, ils empêcheraient un être divin de mettre leur monde à feu et à sang. Le choix était vite fait… et Grant vint valider son raisonnement. ]

— C’est ridicule, souffla Jade.

Son amie quitta la salle de briefing sans un regard pour eux, visiblement furieuse de ce qu’elle venait d’entendre. Eliott ne comprenait pas sa réaction, pas plus qu’il ne comprenait la raison pour laquelle il était en train de se lancer à sa suite. Depuis quand était‑il celui qui resserrait les rangs ?

— Eh, Jade, la héla‑t‑il alors qu’elle remontait le couloir. Ça va ?

Elle s’arrêta net et se tourna vers lui, avant de croiser les bras sur sa poitrine.

— Depuis quand ça t’intéresse ? grogna‑t‑elle.

— Les dissensions au sein d’un groupe, c’est jamais bon, tu sais.

— Ouais, d’accord, je vois.

Elle reprit sa route mais Eliott la retint par le bras. Elle poussa un soupir agacé et le fixa froidement, acceptant qu’il l’entraîne dans une salle voisine pour discuter.

— Qu’est‑ce que tu nous fais, là ? lui reprocha‑t‑il après avoir refermé derrière eux. On doit rester unis, maintenant plus que jamais.

— C’est marrant, ça, siffla‑t‑elle furieusement. C’est ce qu’on était, unis, avant que tout ce bordel n’arrive. Je sais pas ce qui s’est passé à Sadell, mais depuis que vous en êtes revenus, vous agissez bizarrement. En particulier Grant. Et toi.

Eliott ne sut pas trop quoi répondre à ça. Il n’était pas responsable du comportement de son chef et ne s’aventurerait pas à parler pour lui. En ce qui le concernait, en revanche, il estimait avoir plutôt évolué dans le bon sens. Il avait enfin ouvert les yeux sur pas mal de choses, et prenait désormais les choses en main au lieu de les fuir sans cesse.

— Tu peux pas contrôler la vie des autres, Jade. Ce sont leurs choix s’ils décident de changer. Ce que tu peux contrôler, par contre, c’est ta vie à toi. J’ai repensé à ce que tu m’as dit la dernière fois, que seul un Élite peut en comprendre un autre. C’est ce que je pensais aussi avant, mais c’étaient des conneries, tout ça. Si je le pensais, c’est simplement parce que j’avais jamais laissé personne d’extérieur s’approcher assez près de moi pour m’accepter tel que j’étais. Alors pourquoi t’essayerais pas un peu de prendre exemple ? lui suggéra‑t‑il. Au lieu de constamment vivre dans le passé.

Alors qu’il terminait sa tirade et ne s’en trouvait pas peu fier, Jade se mit à rire à gorge déployée.

— C’est marrant que ce soit toi qui dises ça, articula‑t‑elle entre deux crises de rire.

— En quoi ?

Elle tenta désespérément de recouvrer son sérieux, avant d’y parvenir enfin. S’approchant d’une démarche lascive, elle ne s’arrêta que lorsque la chaleur de son corps se mêla à la sienne. Sa main remonta sensuellement le long de son bras, le caressant sur toute la longueur alors qu’elle relevait son regard émeraude vers le sien.

— T’as jamais laissé personne s’approcher tout court, Eliott… murmura‑t‑elle dans un souffle. À part cette fille… et regarde où ça t’a mené.

Sa tête se pencha légèrement sur le côté, son regard suivant le tracé des doigts qu'elle s'apprêtait à poser sur sa joue. Il l'en empêcha instinctivement, son refus déclenchant chez elle un sourire aussi lubrique que tous ceux qu’elle lui avait déjà offerts par le passé. Sa main prisonnière de la sienne, elle fit glisser son pouce jusqu’à ses lèvres. Elle l’observa une seconde, puis entrouvrit la bouche pour le goûter avec une lenteur délibérée.

Son regard ne quitta pas le sien tandis que ses lèvres se pressaient plus fermement autour de son doigt. Eliott déglutit difficilement, et un rire bas s’échappa de sa tortionnaire.

— Laisse‑moi te dire une bonne chose, Eliott… murmura‑t‑elle. Les gens ne changent pas. Tu n’as pas changé. Tu le vois bien…

Elle reprit sa douce torture, et la tension s’abattit dans le bas-ventre d’Eliott avec une brutalité familière. L’air lui manqua aussitôt, sa respiration se brisant dans sa gorge trop étroite tandis qu’une chaleur incontrôlable se propageait dans tout son corps.

Elle a raison.

La main de Jade glissa le long de son torse, lente, sûre d’elle, comme si chaque centimètre de peau lui appartenait déjà. Son corps se tendit malgré lui lorsqu’elle atteignit son entrejambe, trahissant sans la moindre pudeur les mois d’abstinence qu’il s’était imposés.

Je devrais la repousser. Je dois la repousser.

Elle le trouva sans peine, déjà dur pour elle au travers du tissu qui les séparait encore. Ses doigts se refermèrent sur lui avec une aisance obscène, réveillant une mémoire charnelle qu’il aurait préféré ne jamais posséder. Lentement d’abord, puis avec une précision qui fit céder ses dernières défenses.

Mais j’le fais pas.

Eliott laissa retomber sa tête contre l’épaule de son amie, le plaisir déferlant en lui comme une vague trop puissante pour être contenue.

J’ai pas changé.

Cette vérité simple le transperça. Elle s’insinua dans son esprit comme un venin corrosif, ébranlant tous les efforts qu’il s’était évertué à faire et les réduisant à néant comme s’ils n’avaient jamais eu le moindre sens.

Personne change jamais vraiment.

Saisi d’un éclair de lucidité, Eliott rouvrit brusquement les yeux.

— Les gens ne changent pas…

— Hein ? souffla Jade.

Il releva la tête vers elle, la dévisageant comme s’il la voyait pour la première fois.

— Il a pas changé… Bien sûr qu’il a pas changé !

Face à l’évidence qui s’imposait à lui, Eliott repoussa Jade et se précipita hors de la pièce. Comment avait-il pu ne pas y penser plus tôt ?

— C’est pas lui, Grant, lâcha‑t‑il en arrivant comme une balle devant son chef.

— Quoi ?

— Orsby, répéta‑t‑il. C’est pas lui ! C’est pas Orsby.

Son supérieur le dévisagea sans comprendre. Eliott ne put s’empêcher de lâcher un rire nerveux devant sa mine ahurie, ses yeux roulant de droite à gauche comme si l’homme qui lui faisait face était devenu fou.

— Réfléchis, insista‑t‑il. Souviens‑toi de comment il était, de ses valeurs stupides. Il aurait vraiment pu changer autant juste pour récupérer sa sœur ? Après avoir vu tout ce qu’on était prêt à faire pour la protéger ? Et puis s’allier aux utopistes, vraiment ? À Anderson ? À celui qui a fait subir ça à Evy ? Non, pas à moi.

Les yeux de Grant s’illuminèrent de la même vérité qui l’avait frappé tout à l’heure, l’encourageant à poursuivre.

— De c’que j’en sais, Ekha est capable de prendre le contrôle de ceux qui l’entourent. Anderson, Kaba… Ils ont tous les deux développé un intérêt quasi obsessionnel pour Evanna. Et devine qui d’autre agit de manière pour le moins obsessionnelle ?

— Thomas…

— Thomas, répéta‑t‑il en se laissant tomber sur une chaise devant lui. Tu sais ce qu’y te reste à faire, Patron.

Imperturbable, Grant hocha la tête et n’attendit pas une seconde de plus avant de récupérer son arme et de disparaître derrière les portes de la salle de briefing. Eliott les contempla encore longtemps après qu’il les eut franchies. D’une certaine manière, qu’il ne s’agisse pas réellement d’Orsby le rassurait. Ainsi, ils avaient encore une chance de le ramener à la raison et de chasser cet enfoiré d’Ekha à grand coup de pied dans le derrière.

Et alors, il lui ramènerait son frère.

— Ouep… murmura‑t‑il dans un souffle. Fais‑moi parler cet enfoiré.

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