Cauchemar homardesques au Musée Grévin revisité
“Ohh what a scary dream…
Ohh what a scary scene…
It is terrifying…”
— Cloudy Gardow
Ce soir-là, Cloudy mit son téléphone en mode avion, comme chaque nuit.
Elle se sentait abasourdie par ces derniers jours si vides d’échanges. Une fatigue étrange l’envahissait encore après cette journée remplie d’incompréhensions silencieuses.
Le sommeil vint vite.
Après un long moment, Cloudy entendit le froissement de lourdes tentures poussiéreuses qui semblaient lentement l’entourer.
Oppression.
Puis vint un rire.
Un rire froid. Glacial. Un rire identique à celui de Fantômas… mais ici, rien de drôle. C’était effroyable. Un frisson parcourut tout son corps.
Le rire semblait glisser le long des murs devenus invisibles de la salle obscure.
Alors apparut un homme vêtu d’un pull à col roulé noir.
Il resta immobile quelques secondes avant de disparaître lentement derrière une tenture.
Cloudy regarda autour d’elle, tremblante.
Peut-être allait-il réapparaître ailleurs.
Alors, de tous côtés, des visages flous commencèrent à défiler lentement.
Des têtes molles et pâles.
Les amours encloudés de sa vie.
Ils glissaient autour d’elle sans jamais marcher vraiment, avec leurs sourires inachevés, leurs phrases délicates dont l’intensité faiblissait peu à peu, et leurs regards de poissons perdus dans des abysses remplies de profils chiffrés.
Puis apparut une étrange tête de libraire-savant-fou dont aucune parole ne semblait pouvoir sortir.
Sous elle flottait un vestige de corps en carton-pâte, semblable à un Daruma sans yeux.
La créature jouait lentement d’un violon d’où s’échappait un bruit lancinant, aussi insupportable qu’une craie grinçant sur un tableau noir.
Cloudy sentit alors un frisson lui traverser l’échine.
Soudain, un crabe bleu surgit devant son épaule dans un cliquetis humide de pinces sentimentales.
Puis il la pinça violemment..
— Aïe !
Cloudy sursauta dans son lit, transpirante.
Elle souffla profondément en réalisant que ce n’était qu’un mauvais rêve.
Il faisait encore nuit. Le jour nouveau commençait à peine à naître derrière les fenêtres silencieuses.
Elle se leva, encore moite et fragile, imprimée de ce cauchemar, puis traversa lentement l’appartement jusqu’à la cuisine pour boire un grand verre d’eau.

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