Cloudy’s American Dream
Alors que, hélas, Cloudy travaillait encore avec Maxence Delorme — mais sans plus éprouver de véritables sentiments pour lui — elle décida soudain de partir aux États-Unis pour ses vacances.
Changer d’air.
Tout oublier.
Faire un grand nettoyage dans sa tête.
Retrouver sa liberté.
Rejoindre enfin ce fameux rêve américain.
Et elle était loin d’imaginer qu’elle allait le croiser.
Le vrai.
Le vrai de vrai.
Ça y est.
La valise était bouclée.
Wahhouuu !
Le départ était imminent.
L'Amérique .
Le départ pour Roissy–Charles-de-Gaulle !
Ouh là là…
Changer de terminal.
Prendre un bus.
Vérifier trois fois la direction.
Demander confirmation à quelqu’un.
Non, Cloudy ne voulait surtout rien rater.
Encore moins son avion pour New York.
Enfin…
Après avoir traversé les longs couloirs de verre de l’aéroport, elle arriva devant la porte d’embarquement.
Boum.
Boum.
Ouf.
Elle était bien à l’heure.
Encore une bonne demi-heure avant l’ouverture des enregistrements du vol pour New York City.
Cloudy regarda à travers les immenses vitres.
Dehors :
la grisaille parisienne.
Non…
Paris n’avait pas changé.
Elle vérifia une dernière fois tous ses papiers :
le passeport,
le visa,
la carte d’identité,
le billet d’avion…
Tout était bien là.
Rien n’était tombé de son sac pendant le transit depuis le sud vers la capitale.
Alors elle ouvrit distraitement un magazine acheté en vitesse à Marseille.
Un magazine de mode.
Elle tournait les pages…
mais regardait-elle vraiment les images ?
Pas vraiment.
Elle était déjà ailleurs.
Grisée par ce voyage vers les États-Unis.
Prête à poser les pieds sur le sol du Nouveau Monde…
comme si elle allait presque marcher sur la lune.
Cloudy se sentait déjà suspendue entre ciel et terre.
Les autres passagers arrivaient eux aussi peu à peu :
familles en vacances,
hommes d’affaires,
voyageurs solitaires,
enfants fatigués,
couples élégants.
Puis l’hôtesse annonça enfin l’ouverture de l’embarquement.
Cloudy prit place dans la file.
Elle ne réalisait pas encore vraiment qu’elle allait passer neuf heures dans les airs.
Une fois son siège trouvé, elle s’installa confortablement.
L’espace pour les jambes était réduit, bien sûr, mais peu importait.
C’était le début de l’après-midi.
Et l’aventure commençait.
Le voyage allait bien se passer.
Cloudy prendrait son repas dans l’avion, regarderait distraitement quelques lumières dans la nuit derrière le hublot… puis le sommeil viendrait tout seul.
Elle avait regardé le soleil se lever pendant de longues heures, l’avion poursuivant sa route d’est en ouest. Pourtant, il fallait maintenir les caches des hublots baissés pendant une partie du vol afin que les passagers puissent s’acclimater peu à peu à ce matin interminable.
Enfin, les fenêtres furent rouvertes.
Ce fut l’heure du petit déjeuner.
Son voisin se tourna vers elle avec bienveillance et lui fit remarquer qu’elle avait très bien dormi. Il lui apprit qu’il était un ancien pilote américain et trouva qu’elle parlait très bien anglais.
Cloudy lui sourit poliment, encore un peu engourdie.
Pardon monsieur… pensait-elle intérieurement… mais j’ai besoin d’un réveil progressif.
Un bon café accompagné d’un croissant et d’un yaourt lui fit beaucoup de bien.
Mais quand allaient-ils enfin arriver ?
Sous l’appareil, l’océan semblait encore infini.
L’arrivée n’était prévue qu’en début d’après-midi, heure locale.
Encore du temps à attendre…
Cloudy se rendormit légèrement.
Puis vint un léger déjeuner “heure américaine”, et bientôt l’avion entama enfin sa descente.
Là…
Son cœur recommença à battre plus vite.
Après l’atterrissage, Cloudy se sentit immédiatement impressionnée par l’immensité de l’aéroport.
Contrôle des passeports.
Tampons officiels.
Regards sérieux des agents américains.
Elle avait hâte de découvrir enfin l’extérieur du John Fitzgerald Kennedy Airport.
Et soudain…
Les fameux taxis jaunes.
Déjà, tout lui semblait plus grand.
Plus large.
Plus spacieux.
Bien plus tard, elle repenserait exactement à cette sensation en écoutant l’album “Nougayork” de Claude Nougaro.
On lui demanda ensuite d’attendre le groupe avec lequel elle allait effectuer le circuit organisé.
Elle aperçut alors un homme tenant une pancarte au nom du voyage français.
Quelques voyageurs étaient déjà là.
Des échanges cordiaux commencèrent.
Puis enfin, lorsque tout le groupe fut réuni…
Ils prirent la direction de la Grande Pomme.
Dans le grand bus Pullman, Cloudy se penchait sans cesse vers l’avant, parfois contre la vitre, parfois sur le côté, car au loin apparaissaient déjà quelques gratte-ciel.
New York…
Elle se répétait ce nom en boucle dans sa tête.
Le bus avançait lentement dans une circulation dense et peu fluide.
Ils étaient là.
Bien réels.
Les immenses gratte-ciel qu’elle avait tant vus dans les films semblaient l’attendre depuis toujours.
Les avenues étaient larges.
Les taxis jaunes omniprésents, avec leurs énormes pare-chocs.
Et parfois résonnaient les sirènes de police américaines, si différentes de celles qu’elle connaissait en France.
Tout lui paraissait plus grand.
Plus cinématographique.
Presque irréel.
Finalement, le bus déposa Cloudy et le groupe devant leur hôtel, situé non loin de Broadway.
Les consignes étaient simples :
possibilité de sortir se promener…
mais retour impératif à dix-huit heures précises pour le dîner.
Le programme du séjour était intense, mais laissait tout de même plusieurs moments de liberté.
Le lendemain, réveil assez tardif pour un brunch sur l’Hudson.
Puis, pour ceux qui le souhaitaient :
vol en hélicoptère au-dessus de New York.
La fin d’après-midi resterait libre.
Le jour suivant serait entièrement consacré à la découverte personnelle de la ville. Le guide leur conseilla notamment de prendre ces fameux bus rouges à toit ouvert qui déposaient les voyageurs aux points stratégiques avant de pouvoir les récupérer plus loin.
Et déjà, après cela, il faudrait repartir.
Direction Washington.
Tout allait passer très vite.
Cloudy prit possession de la clé de sa chambre… ou était-ce déjà une carte magnétique ?
Elle ne s’en souvenait plus très bien. Après tout, elle ferait deux voyages aux États-Unis, et les Américains semblaient toujours avoir une longueur d’avance sur l’Europe dans ce genre de détails.
Sa chambre était simple.
Pas située à une hauteur vertigineuse comme elle l’aurait imaginé pour New York.
En contrebas, juste en face, se trouvait un petit cabaret dont les lumières commençaient déjà à s’allumer doucement.
Cloudy prit une longue douche chaude.
Enfin détendre ses muscles après toutes ces heures passées assise dans l’avion…
Puis elle enfila un jean propre et un tee-shirt léger.
Nous étions au mois de juin, et à sa grande surprise, cette douceur presque estivale lui plut immédiatement.
Elle avait l’impression d’être “dans l’air du temps”.
À cette époque, Disney venait justement de sortir Pocahontas.
Et Cloudy sentait souffler en elle ce même vent de liberté.
Quelque chose d’immense semblait enfin s’ouvrir devant elle.
Elle attrapa rapidement son grand sac fourre-tout…
Et partit découvrir Broadway.
Cloudy prit l’ascenseur, traversa le hall de l’hôtel, tourna à droite…
Et au bout de la rue :
Broadway.
Elle marcha lentement, émerveillée.
Les cabarets et théâtres de comédies musicales se succédaient côte à côte, illuminés de mille lumières. Les grandes affiches des spectacles brillaient dans la nuit new-yorkaise.
Rhooo…
Tout cela faisait rêver Cloudy.
Bien sûr, elle savait qu’il ne serait probablement pas possible d’assister à une représentation durant ce voyage organisé au programme chargé, mais peu importait.
Le simple fait de marcher dans Broadway suffisait déjà à son bonheur.
Cette avenue avait quelque chose de particulier :
elle traversait Manhattan à sa manière, presque en diagonale, refusant obstinément la rigueur géométrique des autres rues de la Grande Pomme.
Cloudy avançait lentement, respirant profondément cet instant exceptionnel.
Et soudain, un vieux souvenir de cinéma lui revint en mémoire.
Un ancien film avec la jeune Judy Garland.
Cloudy ne se rappelait plus exactement du titre, mais elle se souvenait parfaitement de la scène.
La toute jeune Judy venait passer une audition auprès d’un producteur.
— Oui… très bien, mademoiselle… mais il faut un certain charme pour attirer le regard du public…
— Oh mais monsieur, les gens se retournent toujours sur mon passage !
— Très bien… allons vérifier cela dans la rue.
Judy s’exécuta joyeusement.
Elle avançait d’un pas léger, souriante, presque élégante…
Mais personne ne se retournait.
— Vous voyez, mademoiselle… ce n’est pas très convaincant.
— Attendez ! Recommençons ! J’étais déstabilisée…
Le producteur accepta un second essai.
Alors Judy repartit dans la rue, multipliant les grands sourires aux passants.
Toujours rien.
Puis soudain, prise d’une inspiration étrange, elle continua son chemin en faisant une grimace épouvantable :
les yeux louchant,
la bouche tordue,
le visage complètement déformé.
Et cette fois…
Les gens commencèrent enfin à se retourner sur son passage.
Cloudy éclata de rire toute seule en repensant à cette scène absurde.
Et finalement, dans le film, le producteur engageait la jeune Judy Garland pour tourner son premier grand rôle.
Comment ne pas penser à Judy Garland dans cette rue ?
Et à sa fille, Liza Minnelli…
New York, New York…
la ville qui ne dort jamais.
Mais il était déjà temps de rentrer.
En France, il devait être très tard maintenant.
Avec le décalage horaire, Cloudy sentait déjà la fatigue du voyage revenir doucement.
Elle rejoignit son hôtel juste à temps pour dîner dans le petit restaurant du rez-de-chaussée.
Cloudy se réveilla très tôt en ce dimanche new-yorkais baigné de soleil.
Toujours ce fameux décalage horaire…
Elle prit tranquillement sa douche, remit exactement le même T-shirt blanc et le jean de la veille, puis prit le temps de se maquiller avec soin.
Le départ pour la croisière sur l’Hudson River n’était prévu qu’en fin de matinée.
Cloudy décida donc d’aller refaire un petit tour dans son quartier.
New York s’éveillait doucement en ce jour dominical.
Elle aperçut une delicatessen déjà ouverte, quelques passants portant des cafés fumants, des taxis jaunes glissant lentement dans les avenues encore calmes.
Elle marcha sans vraiment savoir où elle allait.
L’air était doux, légèrement marin.
Et malgré la réputation trépidante de Manhattan, tout lui semblait ici plus détendu que Paris, sa grisaille et son agitation perpétuelle.
Cloudy avançait tranquillement, savourant ce moment suspendu.
Puis elle rentra à l’hôtel.
Elle lut quelques pages du roman qu’elle avait emporté pour le voyage en attendant l’arrivée du guide.
Un petit détail cependant commençait à l’inquiéter.
Elle n’avait absolument rien mangé depuis son réveil.
Et bien sûr… un brunch, cela se prenait tard.
Son côté très français ressortait soudain.
À cette époque, le brunch était encore peu répandu en Europe, et Cloudy craignait une légère défaillance glycémique avant même d’embarquer sur le bateau.
Enfin, l’heure du départ arriva.
Le guide attendait déjà les voyageurs dans le hall de l’hôtel.
Cloudy fut la première à descendre.
Ils commencèrent à discuter tranquillement en attendant les autres membres du groupe.
Elle apprit qu’il était français, qu’il avait quitté la France assez jeune après des études de langues, et qu’il avait finalement trouvé du travail à New York où il se plaisait énormément.
Même s’il partageait encore un appartement avec un colocataire :
les loyers new-yorkais étaient déjà faramineux.
Il lui raconta qu’il lui restait un oncle en France, dans le Sud.
— Mais vous ne devez sûrement pas connaître… c’est un tout petit village perdu dans le Haut-Var…
Cloudy éclata de rire.
— Que le monde est petit ! Ma cousine avait justement une maison de famille là-bas !
Ils rirent ensemble de cette improbable coïncidence.
Peu à peu, les autres voyageurs descendirent à leur tour dans le hall.
Il était temps de partir.
Le guide expliqua qu’ils allaient d’abord remonter une partie de Broadway avant de rejoindre le car qui les conduirait jusqu’au bateau amarré sur l’Hudson River.
Cloudy et les autres voyageurs sortirent de l’hôtel, précédés par le guide qui tenait à la main un petit parapluie pliable fermé, légèrement pointé vers le ciel afin que le groupe puisse le suivre facilement. Non, ce n’était pas le cousin de Mary Poppins.
Ils remontèrent une partie de Broadway. De jour, l’avenue semblait plus calme, presque apaisée. Cloudy avait l’impression étrange de marcher déjà en territoire familier. Elle conservait cette légèreté qui l’habitait depuis son arrivée sur ce nouveau continent ; en avançant, elle avait presque la sensation de danser légèrement sur le trottoir new-yorkais.
Le guide leur expliqua alors pourquoi Broadway traversait Manhattan de manière oblique. Les premiers colons avaient conservé le tracé emprunté autrefois par les natifs américains. Cette idée résonna immédiatement en Cloudy.
Finalement, ils rejoignirent le bus qui devait les conduire jusqu’à l’embarcadère du bateau amarré sur l’Hudson River.
Et là… ce fut magique.
La ville dressait ses immenses gratte-ciel dans lesquels se reflétaient parfois les nuages. L’eau gris-bleu semblait presque métallique sous la lumière du matin. Le bateau, élégant, était préparé avec de longues tables recouvertes de nappes blanches et un buffet particulièrement généreux.
Un buffet que Cloudy observait déjà avec une attention grandissante.
Le décalage horaire continuait à dérégler complètement son sommeil… et surtout son estomac. Son ventre semblait désormais avoir repéré chaque muffin dodu disposé sur les plateaux. Elle aurait volontiers traversé discrètement le pont du bateau pour aller en subtiliser un, mais elle craignait d’être immédiatement remarquée par l’ensemble du groupe.
Le guide commença alors un long discours expliquant le trajet du bateau, les différents quartiers de Manhattan et les gratte-ciel visibles depuis l’Hudson.
Pour notre Native-Européenne, ce moment parut interminable.
Cloudy sentait légèrement sa tête tourner. Intérieurement, elle répétait presque comme une prière :
— But when exactly is the brunch? Pleeeease… hurry up…
Enfin, des serveurs apparurent avec des flûtes remplies d’une boisson jaune orangé.
— A mimosa, mademoiselle?
Ohhh…
Cloudy sentit aussitôt sa bouche se rafraîchir.
Peu à peu, les voyageurs commencèrent à se répartir en petits groupes et à échanger entre eux. Un couple d’âge moyen s’approcha alors de Cloudy, ayant remarqué sa pâleur soudaine.
— Difficile de commencer la journée directement par un brunch tardif, n’est-ce pas? lança la femme avec un sourire. Moi aussi, j’ai eu un petit moment de flottement…
Ils commencèrent tous les trois à discuter naturellement.
Puis vint enfin le moment tant attendu de s’installer pour le brunch.
— Nous pourrions nous asseoir ensemble, proposa la femme.
— Avec plaisir! répondit Cloudy, ravie de pouvoir échanger avec d’autres Français qui lui semblaient particulièrement sympathiques.
Chacun alla se servir.
Mmmm…
Cloudy se sentait déjà beaucoup mieux.
Cette matinée resta longtemps gravée dans sa mémoire : la traversée paisible de l’Hudson, les échanges chaleureux, la lumière sur Manhattan… et cette sensation délicieuse que quelque chose de nouveau commençait doucement à s’ouvrir devant elle.
La journée était loin d’être terminée…
Le guide proposa alors aux voyageurs inscrits au survol de New York en hélicoptère de rester près de lui. Les autres pouvaient soit rentrer à l’hôtel en bus, soit continuer leur journée librement dans Manhattan.
Bien entendu, Cloudy avait choisi le tour en hélicoptère… avec, en supplément, le survol de la Statue de la Liberté.
Mmm…
Elle sentait déjà en elle ce délicieux frisson de découverte et d’excitation.
Le point de départ se trouvait non loin de l’embarcadère où les voyageurs avaient débarqué après la croisière sur l’Hudson.
De petits groupes furent formés afin d’embarquer dans les appareils à hélices.
Puis vint enfin son tour.
Cloudy s’installa confortablement dans l’hélicoptère.
Ohhh…
Elle s’en souvenait encore parfaitement.
Quelle beauté incroyable que New York vue du ciel…
Les immenses gratte-ciel semblaient soudain presque petits. Elle aperçut Central Park vu d’en haut, immense rectangle vert au milieu de la ville. Puis l’hélicoptère accéléra, prenant la direction de la Statue de la Liberté.
À un moment, l’appareil descendit brusquement un peu plus bas afin d’approcher la statue au plus près.
La femme assise à côté du pilote poussa un cri de frayeur.
Cloudy, elle, étouffa un petit rire amusé, ce qui fit sourire le pilote.
— Don’t worry, madame, everything is okay! Look forward…
Et soudain…
Elle était là.
Majestueuse.
Plantée au milieu de l’eau comme un immense symbole.
La Statue de la Liberté.
Cloudy contemplait avec émotion cette œuvre dont tout le monde avait entendu parler au moins une fois dans sa vie, même sans l’avoir jamais vue. Elle avait été décrite dans tant de récits, photographiée des milliers de fois… et pourtant, la découvrir réellement provoquait quelque chose d’unique.
Vêtue de sa longue robe, coiffée de sa célèbre couronne, tenant son flambeau levé vers le ciel… elle semblait presque irréelle.
Ce fut un moment magique.
Puis vint le retour.
Les voyageurs avaient reçu des explications afin de retrouver facilement leur hôtel grâce au plan de Manhattan distribué plus tôt.
Cloudy décida d’abord de rentrer se rafraîchir un peu avant de repartir flâner librement dans la ville.
Le trajet lui parut assez long : Manhattan était immense. Mais lorsqu’elle retrouva enfin sa chambre d’hôtel, elle avait la sensation d’avoir été nourrie intérieurement par tant de découvertes et de beauté.
Elle prit une douche relaxante, se parfuma légèrement, puis s’allongea quelques instants sur le lit.
Maintenant, prendre son temps…
Profiter librement.
Un peu plus tard, elle repartit tranquillement vers le delicatessen qu’elle avait repéré près de Central Park.
Elle s’installa à une petite table et commanda un café accompagné d’un cookie aux pépites de chocolat .
Quelques clients terminaient calmement leur week-end avant la reprise probable du rythme effréné new-yorkais dès le lendemain matin.
La commande arriva.
Cloudy goûta le café…
Ohhh…
Non.
Décidément, le café américain restait pour elle un grand mystère.
On était très, très loin du café italien.
Cela ressemblait davantage à une légère infusion parfumée au café qu’à un véritable expresso digne de ce nom.
En revanche, le cookie était absolument délicieux.
Cloudy le mangea entièrement avec gourmandise, tout en ne buvant que quelques gorgées prudentes de son immense tasse.
Le temps passa doucement.
Après avoir réglé l’addition, elle poursuivit sa promenade jusqu’à l’entrée de Central Park où plusieurs calèches attendaient les touristes.
Le soleil commençait lentement à décliner.
Cloudy rebroussa finalement chemin en direction de l’hôtel. Dans peu de temps, ce serait l’heure du dîner.
La soirée passa rapidement.
De retour dans sa chambre, elle contempla longuement les lumières de Manhattan qui scintillaient derrière les fenêtres.
Quel spectacle merveilleux…
À cet instant précis, Cloudy pensa qu’elle pourrait probablement vivre dans une ville comme New York.
Puis vint doucement l’heure du coucher.
Demain serait une journée libre.
Et le sommeil arriva presque immédiatement.
Lundi… le réveil venait de sonner, mais il était tellement agréable de rester encore quelques instants dans le lit. Cloudy avait déjà programmé sa journée : ce matin, balade dans les rues environnantes. Elle avait repéré un magasin sympathique où elle pourrait observer la mode féminine new-yorkaise. Il faudrait aussi trouver où casser la croûte à midi, puis, dans l’après-midi, prendre le fameux bus rouge pour découvrir la ville.
Le programme lui plaisait beaucoup. Certes, elle n’irait pas visiter de musées, mais peu importait. Des œuvres magnifiques existaient déjà partout dans le monde et elle en connaissait un grand nombre. Ce qu’elle voulait avant tout, c’était se fondre dans les avenues de la Grande Pomme et savourer les lieux comme si elle était, elle aussi, une New-Yorkaise.
Il était temps de prendre sa douche puis de descendre au petit déjeuner continental. Elle enfila un jean jaune et une jolie chemise assortie, légère comme une peau d’ange. Elle prit également son trench court : ici, le temps semblait changeant, les matinées ensoleillées pouvant rapidement laisser place à une pluie fine l’après-midi.
Enfin, elle attrapa son grand sac beige, vérifia d’un regard que tout semblait en ordre dans sa chambre, puis verrouilla la porte.
On entendait déjà du bruit autour du buffet du petit déjeuner. Les groupes avaient changé ; d’autres nationalités étaient arrivées, notamment des Japonais.
Cloudy reconnut le charmant couple rencontré la veille. Elle les salua d’un large sourire accompagné d’un petit geste de la main. L’homme lui proposa aussitôt de s’asseoir à leur table où quelques places étaient encore libres.
Le grand sujet du jour était évidemment : le programme de la journée.
Cloudy leur expliqua le sien. Eux avaient prévu de prendre le bus rouge dès le matin, au départ de Central Park, puis de déjeuner à Little Italy autour de quelques pasta, étant eux-mêmes d’origine italienne, avant de se reposer un peu l’après-midi. Le couple était plus âgé et souffrait davantage du décalage horaire. Dès le lendemain, ils reprendraient beaucoup de route. Leur programme semblait néanmoins parfaitement agréable.
Ils échangèrent encore quelques mots puis chacun quitta la table.
Cloudy termina tranquillement son jus d’orange avant de sortir de l’hôtel.
L’air était vraiment printanier. Plus léger qu’en France. Il y avait bien un peu de vent, mais rien à voir avec le mistral provençal.
Elle se sentait presque en lévitation tant une impression de bien-être la traversait.
Elle était dans… les couleurs du vent.
Comme dans le Disney de l’époque.
Près de Central Park, un oiseau semblait chanter le bonheur du matin. Cloudy emprunta une autre avenue en direction du magasin de mode new-yorkais.
Au loin, elle aperçut deux silhouettes masculines élégantes.
La classe new-yorkaise, pensa-t-elle.
Tous deux portaient un trench.
Elle arriva à un feu rouge. Il fallait attendre.
Le vent léger semblait jouer avec elle. Elle retint le pan de son trench pour éviter qu’il ne s’envole, puis leva les yeux vers le ciel, portée par ce sentiment étrange de liberté.
C’est alors qu’elle sentit que l’un des deux hommes l’observait.
Intensément.
D’une manière si insistante qu’elle en éprouva une certaine gêne. Cloudy fixa aussitôt le feu piéton qui refusait obstinément de passer au vert. Intérieurement, elle commençait presque à s’impatienter.
Bon alors… ça passe au vert ou quoi ?
La situation devenait troublante.
Était-il fasciné… ou simplement en train de la dévisager ?
Enfin, le feu passa au vert.
Dans un instant qui lui sembla suspendu hors du temps, l’homme et Cloudy traversèrent la rue chacun dans une direction opposée. Et au moment précis où ils se croisèrent, leurs regards se rencontrèrent.
Cloudy le regarda doucement.
Alors, comme saisi d’une légère gêne, l’homme détourna les yeux vers l’avant. Elle l’entendit dire quelques mots à son compagnon, sans parvenir à distinguer lesquels.
Cloudy poursuivit son chemin, légèrement remuée.
D’abord ce regard intense posé sur elle… puis cet échange furtif.
Et il avait l’air plutôt beau gosse.
Elle continua malgré tout sa promenade, un peu moins en lévitation qu’au début de la matinée, légèrement intriguée.
Le magasin de mode était superbe.
Paris demeurait pour elle la capitale du chic classique européen. New York, en revanche, possédait une élégance différente : sophistiquée, avec juste une pointe de glamour hollywoodien. Les tenues de bureau y étaient élégantes à l’extrême, les foulards raffinés, les bijoux subtilement dorés.
Cloudy finit naturellement par arriver au rayon parfums — son endroit favori.
Une multitude de grands noms américains s’y trouvaient, aux côtés des classiques français. Et soudain…
Oh mais mince.
Elle découvrit le tout dernier parfum de son parfumeur préféré.
Le flacon avait la forme d’une toupie, rempli d’un liquide rose délicat aux senteurs d’agrumes et de cassis.
Le parfum n’était même pas encore sorti en France.
Décidément, ce pays semblait tellement avant-gardiste.
Et cette fragrance…
délicieuse.
Bien.
Il était maintenant temps de trouver quelque chose à manger.
}
Cloudy finit par trouver un petit restaurant au style délicieusement années 50. L’endroit était amusant et chaleureux. Elle y commanda une salade Caesar ainsi qu’un jus d’orange.
Non… vraiment non… pas de café amerloc.
Le temps avançait.
Demain, elle quitterait la Grosse Pomme.
Hélas…
Ce voyage avait été fabuleux.
Washington, la Maison-Blanche, la visite du cimetière d’Arlington, le Mall et ses Smithsonian Museums… Elle avait naturellement visité celui de l’Air et de l’Espace, où elle avait même pu toucher un morceau de Lune.
To the moon and back…
Puis Philadelphie.
Les Finger Lakes.
Les Grands Lacs, immenses comme des mers.
Les chutes du Niagara.
Toronto.
Et enfin, retour à New York City.
Un dernier tour de ville.
Wall Street et sa rue minuscule.
Les tours jumelles — oui… avant.
L’Empire State Building, même si King Kong semblait absent ce jour-là.
Little Italy.
Chinatown.
SoHo.
Greenwich Village.
Puis vint finalement l’avion.
Et le retour en France.
Cloudy reprit le travail… un peu nostalgique malgré tout.
New York continuait de flotter quelque part dans sa tête comme un parfum persistant.
Trois mois passèrent.
Cloudy achetait toujours sa revue de mode française préférée. Et un jour, en apercevant la dernière couverture dans un kiosque, elle sursauta presque.
Wahh…
On y voyait John Kennedy Jr. en maillot, surgissant de l’eau dans une lumière éclatante, les épaules mouillées, les pectoraux parfaitement dessinés… On aurait presque dit qu’il venait d’éclabousser légèrement notre héroïne à travers la page du magazine.
Vraiment…
quel homme séduisant.
Cloudy sourit doucement.
Elle paya le marchand puis repartit chez elle avec sa revue soigneusement glissée dans son sac.
Le soir même, elle commença naturellement par lire l’article qui lui était consacré.
Ah ?
Il lançait un nouveau magazine nommé George.
Un magazine politique… mais présenté sous un angle totalement différent.
Enfin on sort de la politique poussiéreuse… pensa-t-elle.
Elle continua de feuilleter les pages, observant les photographies de John John et de son collaborateur.
Puis soudain…
tiens…
Cloudy se figea.
La première couverture du magazine représentait George Washington… réinventé en femme révolutionnaire.
Et là, quelque chose la troubla profondément.
Le mannequin portait une tenue jaune, mais surtout…
la posture.
Exactement la même posture que Cloudy devant le feu rouge à Manhattan.
Une main retenant son trench.
L’autre posée sur la taille.
Comme suspendue dans le vent.
Comme cette étrange jeune femme dévisagée par un inconnu au regard intense.
Dans sa tête, tout se bouscula.
Et si l’homme croisé ce matin-là était vraiment lui ?
Elle était peut-être passée à côté de l’homme élu le plus sexy du monde…
et elle était simplement restée là, paralysée par un regard insistant.
Bah…
Après tout, il venait — disait-on — de se séparer de sa magnifique sirène Daryl Hannah.
Il fallait peut-être faire quelque chose.

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