Chapitre 11

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Rowan ne pouvait nier la fierté que ce nouveau post lui offrait. Les titres qu’il avait reçu au cours de la semaine était chose qu’il avait à la fois espéré et pensé mériter. Le batard s’élevait enfin. La mère de Tristan, la feue duchesse de Doran, devait se retourner dans sa tombe, ce qui, il fallait être honnête, l’égayait un peu plus. Néanmoins, les drames qui l’avaient mené à cette gloire ternissaient son bonheur. Il savait, puisqu’après tout il n’était pas stupide, que le roi Richard lui avait accordé ce titre de vicomte que parce qu’il épousait Scarlett tout comme il ne l’avait nommé général que parce qu'un grand monde avait vu les sorcières en action.

Il se demandait d’ailleurs comment les gens réagissaient face à cette venue. Il savait leur peur, leur haine mais quand était-il de leur surprise ? Les sorcières avaient toujours existé. Depuis petit, tout habitant avait entendu ce fait mais qui avait eu la chance d’en croiser ? La plupart vivait caché parmi eux, taisant leur vraie nature. La plupart s’était cachée dans la forêt noire, préparant des insurgions de ce genre. Rowan ignorait à quel point la figure de la sorcière était tombée dans l’oubli pour les gens… Jusqu’à aujourd’hui…

Maintenant qu’ascension était faîte, il remarqua le regain d’intérêt qu’il causait. Hommes et femmes désiraient lui adresser quelques mots, des félicitations, leurs compliments. Certains même l’invitaient à des dîners dont il avait horreur. Il devait trouver Tristan, son frère savait parler aux nobles de la Cour, il appréciait même leur compagnie. Il le trouva rapidement, sa prestance se détachait même dans la foule d’invités du roi. Il était en compagnie de Scarlett qui souriait à ce qu’il pouvait raconter… Sourire qui s’estompa quand Crystal débarqua.

Il n’avait jamais apprécié sa belle-sœur. La jolie blonde n’était belle que de l’extérieur, et encore, Rowan trouvait que la laideur de son âme transparaissait déjà sur son magnifique visage de poupée de porcelaine. Son regard bleu était froid, transperçant. Ses lèvres fines et rosées perdaient de leur attrait à force de jugement.

Rowan observa Scarlett reculer d’un pas à l’arrivée de cette dernière, baissant les yeux aux dires sans doute mesquins de la jeune femme. Ce fut au tour de Tristan de parler, et Rowan sut qu’il devait les rejoindre. Crystal ne ferait qu’une bouchée de son épouse et il ne pouvait laisser cela se faire. C’était sa première sortie dans le monde et il lui avait promis de jouer le jeu…

- Mes félicitations mon frère. Général et défenseur du royaume. Tu peux être fier de toi. Une grande tape dans le dos accompagna ces louanges. Rowan sourit à son frère qu’il soupçonnait d’avoir appris ce titre avant lui.

- Il est vrai que des félicitations sont de rigueurs, cher beau-frère. Allons donc nous asseoir, je nous ai réservé des places à côtés d’amis cher à vos yeux. Votre jeune épouse devrait être ravie de les rencontrer.

Crystal ne les laissa pas placer un mot et fila entre les convives vers une table. Tristan haussa les épaules et suivit le taffetas de sa robe d’un rose éclatant. Rowan attrapa la main de son épouse, se rappelant le jeu qu’il devait jouer, inquiet néanmoins de ce soi-disant ami que lui promettait Crystal. Il s’entourait de peu, certes la compagnie de quelques soldats lui était agréable mais ces derniers surveillaient le château et ses environs.

- Attendez, murmura son épouse le tirant de ses pensées. Je tenais moi aussi à vous féliciter. D’après ce que j’ai entendu vous être un excellent guerrier. Vous méritez ce titre. Il l’observa, et acquiesça simplement, ne sachant que répondre.

Cristal venait de s’assoir au côté de Selin et d’un homme que Rowan reconnut comme étant le vicomte de Thenasson, l’époux de Selin. L’épouse de son frère abordait un sourire montrant à quel point elle était ravie de ce petit jeu sordide. Tristan resta maître de lui, jetant un coup d’œil inquiet aux nouveaux époux, il prit place face à l’organisatrice de ce manège.

Rowan bouillait. Sa nouvelle épouse, son frère, son amante, et le mari de cette dernière, quel joli tableau. Scarlett savait, devina-t-il quand elle retira brusquement sa main de la sienne. Il fit rapidement le lien avec ce matin… Dans quel bazar s’était-il mis encore ? Si le vicomte l’apprenait à son tour, il en était fini d’eux : de lui, de la réputation de Scarlett, et de Selin.

- Vicomte de Thenasson, vicomtesse, j’ai le plaisir de vous présenter ma chère épouse.

- Vous avez là une épouse charmante, vicomte de Koseth, où plutôt devrais-je dire général du roi, rigola le vicomte en attrapant son verre d’une poigne forte.

- Continuerez-vous à travailler avec Selin, cher beau-frère ?

Rowan serra des dents mais ne répondit pas tout de suite. La duchesse voulait jouer ? Soit ! Il jouerait également. Il tira la chaise au côté de son frère et fit assoir tendrement son épouse. Crystal piqua un fard. Elle était jalouse comme une teigne et sa méchanceté s’exacerbait face à Scarlett qui semblait plaire à son mari.

- Il est fort probable. Je n’ai pas encore parlé de tous ces détails avec le roi Richard mais l’équipe que nous avions fonctionne à merveille. Je ne vois pas pourquoi cela changerait.

Rowan termina son discours et s’assit à son tour. Il ignora son envie de jeter un coup d’œil à Selin qui subissait autant que lui ce coup monté.

- Aux équipes qui fonctionnent alors, sourit alors le vicomte de Thenasson. Vicomtesse de Kosath, votre verre est vide, veuillez me l’offrir que je vous le remplisse. Cette dernière rougit, bégaya quelque chose que l’assemblée ne comprit pas et finit par tendre son verre, aussi rouge qu’une pivoine.

- Serait-ce le premier verre de Scarlett ? Rit Crystal. Espérons que cela n’embrouille pas vos pensées. Rowan ne pensait pas que son épouse pouvait rougir plus, mais les moqueries de la blonde lui prouvèrent à quel point il pouvait avoir tort. Tristan vola à sa rescousse.

- Te souviens-tu Rowan, peu de temps après notre mariage de la soirée chez la duchesse de Sylvanie, Crystal s’était essayée à leur cocktail. Il se tourna vers Scarlett, un sourire aux lèvres et continua son histoire vers les Thenasson. Une boisson aussi verte que les marais, sucrée comme une friandise. Elle a vomi des heures durant. Le vicomte s’esclaffa, tandis que sa femme, Selin, tenta de dissimuler un sourire. Cristal fut obligé de rire, un rire qui sonnait faux. Rien ne vous oblige à le boire, goûtez si vous le souhaitez. Votre entrée dans le monde peut se dérouler sans cet artifice, murmura-t-il à sa voisine de table.

Scarlett le remercia d’un sourire et trempa ses lèvres dans le vin rouge. Elle but une gorgée, lentement, pour découvrir ce nouvel arôme et se décider si elle appréciait ou non ce breuvage. C’était fort, elle n’était pas sûre de prendre du plaisir à le boire. Elle ne détestait pas, mais elle n’appréciait pas non plus. Heureusement, personne ne lui demanda de retour sur cette première expérience.

Crystal détesta ce repas. Rowan n’en pouvait plus de l’entendre râler sur l’absence de domestique. En effet, Mathilde ayant invité l’intégralité du château, peu de personnes servaient donc. On leur avait apporté des plats variés à table mais chaque convive devait se servir. Cela semblait déranger, voir offusquer la duchesse.

- Vicomtesse, l’apostropha à nouveau l’époux de Selin, vous viviez à la campagne avant de venir ici, n’est-ce-pas ?

- C’est exact, monsieur le Vicomte.

- Les terres de votre père, où se situe-t-elles ?

- Au sud du Château.

- A la bordure de la forêt noire, compléta Selin, regardant droit dans les yeux Rowan qui ne put l’éviter. Son époux sembla se contreficher de cette information.

- La campagne a du bon, j’aime m’y reposer mais la ville finit toujours par me manquer.

- Je ne découvre la ville que depuis peu.

- Quelles étaient vos occupations là-bas ?

- J’ai redonné vie au jardin de ma grand-mère, la baronne Eleanor de Vilsany.

- Vous… jardiniez ? Il était surpris. Il s’attendait à de nombreux passe-temps, tel que la broderie, la musique, l’art, la lecture mais pas le jardinage… Crystal sauta sur l’occasion et gloussa bêtement :

- Pardonnez lui vicomte de Thenasson, elle n’était que baronne…

Scarlett rougit de nouveau, serrant d’un point ferme les jupons de sa robe jusqu’à ce que ses jointures fussent douloureuses. Tristan lui attrapa la main sous la table dans un geste irréfléchi. Il ne se rendit compte de la nature de son mouvement que trop tard. La douceur de sa peau était contre la sienne. Sa main se détendit peu à peu au contact de ses doigts. Il la relâcha doucement tandis que Selin prit sa défense.

- Vous pouvez rigoler du jardinage mais Scarlett a grandement aidé votre beau-frère si je ne m’abuse ce matin. Votre époux m’a conté à quel point elle connaissait les plantes, dont une qui a aidé à guérir sa brûlure ? Rowan la remercia d’un regard. C’était cette bravoure qui l’avait attiré.

- Il est vrai, continua-t-il, elle a fait d’une petite fleur orange, une pommade qui m’apaise. Elle sourit, victorieuse, il reconnaissait enfin les bien faits de cette plante. Comment l’avez-vous nommé déjà ?

- Calendulas.

Après cela, Crystal ne fit plus aucune tentative et la soirée prit bientôt fin. Ils étaient l’heure pour les époux de Kosath de rentrer dans leur appartement. Scarlett fut silencieuse sur le chemin du retour, ce qui arrangea bien son époux. La soirée avait été longue, leur comédie avait pris fin au moment où ils avaient quitté la salle de réception. Il n’avait plus la force de faire semblant et pourtant, la soirée n’était pas terminée. Il lui laissa le temps de se changer dans la chambre qu’ils partageaient désormais et il savait qu’il devrait la rejoindre après.

- Ces femmes, ce matin, le questionna-t-elle au moment de changer son bandage, qu’avaient-t-elles écris dans le … elle peinait à prononcer ce mot. Les images étaient encore fraîches dans sa mémoire, et l’odeur… dans le sang du jeune soldat ? Il l’observa, surpris, la plupart des Nobles n’y avaient pas prêté attention et cette inscription avait vite été effacé.

- C’est à votre tour de vous cacher, nous arrivons. Elle déglutit.

- Vous savez lire ce code ? Il acquiesça. Scarlett était fébrile. Tant de questions se bousculaient, mais elle hésitait à les poser à son époux. Elles sont cachées dans la forêt sombre n’est-ce pas ? C’est pour ça que vous avez accepté ce mariage, pour les voir arriver plus facilement ? La terre de mon père… Le sait-il ? Je veux dire, est-il au courant de ce qu’abrite notre forêt ? Il sait… murmura-t-elle, se souvenant de cette interdiction d’y pénétrer, je ne devais pas m’en approcher… Leurs pouvoirs, comment ?

- Il est mauvais de s’intéresser à ces femmes en ce moment. Cessez vos questions si vous ne voulez pas que l’on vous soupçonne.

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