Agathe 1-2

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Après mon repas composé de verres d'eau, je pouvais enfin fumer ma clope, et me rendis sous le préau ou nous ne devions pas dépasser le périmètre de sécurité, sous peine de se retrouver en isolement. Je n'ai jamais autant apprècié l'air frais. Jamais.

Agathe arriva, les écouteurs toujours plantés dans les oreilles, plaqua son dos contre le mur et commença à fredonner un air, yeux fermés, entre deux bouffées.

Cindy débarqua quelques minutes après, tapa sur l’épaule d’Agathe, lui arracha ses écouteurs, pour ensuite retourner à l’intérieur et hurler qu’elle n’aimait pas le poisson servi ce midi, comme si tout était normal. Mes yeux croisérent enfin ceux de celle qui me fascinait tant par l’aura douleureuse qu’elle dégageait.

— Salut… lui dis-je, en lui proposant une de mes clopes.

Elle la saisit alors et se mit près de moi à côté du cendrier.

— Merci. On a une sortie que dans quatre jours pour en racheter, alors fais gaffe, économise les tiennes.

— Putain, je n’y avais pas pensé à ça !

— Bah penses-y, c’est long sans clope et sans alcool ici. Tout est trop long, de toute façon...

Nous avons parlé pendant les dix minutes qui nous étaient autorisées dehors et nous partîmes ensuite ensemble sur les poufs de la salle commune.

Je la détaillai alors . Fine, cheveux noirs, de grands yeux bleus qui semblaient ne plus voir. Habillée d'un débardeur, j'aperçus très vite que ses bras possédaient les mêmes cicatrices que moi. Quelle ironie du sort n’est-ce pas de se trouver de tels points communs ?

Elle semblait si triste, plus triste que la tristesse elle-même. Plus rien ne vivait dans son regard. Tout ses gestes étaient lents, comme s'ils lui coutaient un effort incommensurable. Sa voix, qui ne savait plus que fredonner ses airs qui l'apaisaient, s’éteignait parfois d’un coup, en plein milieu de ses phrases. Elle m’expliqua alors que la musique était la seule passion qui lui restait, la seule chose qui vibrait encore en elle. J'avais vraiment la sensation de me tenir à côté d'une mourante, et même si je partageais à cette époque la même envie, cela me brisa le coeur. Elle était morte déjà, à l'intérieur, pas moi. Paradoxalement, je n'ai jamais été aussi vivante qu'à ses côtés...

— Tu comptes faire quoi une fois rentrée chez toi ? lui ai-je demandé un jour.

Mourir, me repondit-elle dans le nuage de fumée de sa Winston.

Je repense souvent à cette fille. À ce qui lui est arrivé et que je ne révélerai pas ici. Et j’espère qu’elle est toujours là, quelque part, et que la vie lui a enfin souri… J’espère.

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