Overdose
Elle devait avoir vingt ans, j’en avait vingt et un. Nos regards se sont croisés donnant naissance à des échanges de sourires. Elle était belle comme le jour, j’étais plutôt beau garçon, bien qu’un peu timide. Je ne savais pourquoi j’étais là, dans cette rue ou elle attendait. C’était près de la gare Saint-Lazare, un soir, tard. Je trainais mon désespoir d’être seul, un samedi soir.
Elle était assise sur un perron, fumait une cigarette, les yeux tristes de celles qui n’attendent rien de la vie en dehors des coups. Elle était plutôt jolie, sexy.
Je me suis approché, lentement, ne sachant comment l’aborder.
« Bonjour » ai-je dit, me sentant bête
« Bonjour » me répondit-elle, me jaugeant du regard.
Un silence gêné s’installa.
Puis elle enchaina
« C’est cent l’amour »
Je restai interloqué. Comment pouvais-je être aussi stupide. Une belle fille, sexy, seule la nuit près d’une gare. Ce ne pouvait être qu'une prostituée. Je continuai la rue, choqué. Effectivement, plus loin, d’autres femmes attendaient, toutes bien plus âgées.
J’étais tiraillé entre mon désir, dur, entre mes jeunes jambes, et ma conscience. Je fis demi-tour. Arrivé à sa hauteur je la vis entrer dans l’immeuble crasseux, suivie d’un homme, la quarantaine, plutôt bien mis.
Une prostituée, la quarantaine, plutôt bien conservée m’interpella
« Tu veux monter, mignon ? » fit-elle avec un sourire.
Je pris mes jambes à mon cou et m’enfuis, honteux.
Plusieurs jours après cet épisode, je croisai la jeune femme. Elle me reconnu et me sourit, tout en passant son chemin. Elle avait toujours ce regard triste.
Je me renseignais. Elle était la fille de l’un des voisins. Je vivais a l’époque dans un quartier miteux au nord de la capitale.
Je ne l’ai jamais revue, mais j’ai su plusieurs mois plus tard qu’elle fut retrouvée morte d’une overdose.

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