Le basculement comique 

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Une nuit à une heure tardive. Une heure de trop. Mon esprit naviguait dans des flots trop obscurs pour lui. Je sentis, comme une présence froide mais cohérente, logique. Une vérité intangible qui se fichait de savoir qui j'étais. Qui se moquait presque de moi. Un rire profond, il remontait des tréfonds du monde. L'émanation me toucha l'épaule, sa main irréelle engourdissait tout mon corps, mes paupières devinrent lourdes comme du plomb et je m'effondrai sur le sol.

Le lendemain, tout me paraissait irréel. J'étais devenu une sorte de marionnette. Un personnage qu'on appelait « moi ». Je mangeais, je buvais, je marchais, je riais même parfois mais tous ces états semblaient appartenir à mon alter ego. Alors j'ai voulu hurler, me montrer l'imprévisible.

Briser les codes, tirer le rideau, perturber la régie.

Partir à la conquête de l'identité qu'on m'avait dérobée. Défier le public sadique qui s'amusait de mon malheur, leur ruiner le spectacle.

Plus je luttais, plus ils étaient repus. Ils respiraient ma souffrance, comme un illuminé respire de l'encens avant le sacrifice. Aujourd'hui le sacrifié c'était moi.

Je m'enfuyais partout où je pouvais fuir. Je me cachais partout où je pouvais me cacher. Ils me retrouvaient toujours. En fait ils ne me quittaient jamais vraiment. C'est comme s'ils étaient à côté, dans l'estrade de la réalité. Dans les loges du monde.

Alors j'ai voulu déchirer cette toile, détruire le plafond de verre, pénétrer dans leur espace et le mettre en flamme.

Mais mes bras ne faisaient que brasser l'air. Puis j'ai compris.

Pas comme une révélation.

Une chose qui avait toujours été là.

Comme un vieux artefact qu'on retrouve. Seul témoin du massacre du temps.

J'ai commencé à rire. Comme un fou.

Comme un fou qui sait qu'il est fou.

Et le rire changea de camp. Les moqueries cessèrent.

Je riais toujours plus fort car je savais.

Je savais que leur rôle était plus ridicule que le mien, que leur pièce était un échec cuisant.

Que leur monde n'était que le vomi d'un dieu malade et que le mien n'était qu'une blague de mauvais goût.

Les entités qui me malmenaient fuyaient, elles tranchaient les cieux comme des spectres.

Je les retrouverais

Je me posai sur une petite pierre, au sommet d'une grande colline d'herbe verte. On ne pouvait plus rien contre moi. J'étais plus vieux.

« La comédie c'est la tragédie plus le temps »

et je compte bien rire avant de disparaître

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