Impur
Pardonne-moi, mon ange, j'ai des pensées impures.
Lorsque tard le soir, je m'endors dans tes bras, ce n'est plus à toi que je pense. Non, ce n'est plus ton odeur qui me fait chavirer, ni ta chaleur lors de ces étreintes, interminables et sans pudeur. Ce n'est plus ton corps que j'imagine durant ces nombreuses nuits blanches, plus ton cœur que je chéris quand la solitude me sourit.
J'ai délaissé l'écrin de tes joies pour embrasser une jolie croix. Celle en qui je crois, celle qui me voit quand la vie ne me laisse plus le choix. J'ai osé l'approcher, je suis désolé ; c'est dans son nectar sucré que je me noie. Oui, ce sont ses larmes que je bois. Intarissable, j'ai siroté l'eau maudite pour ne plus me voir dans ce miroir. Effacer les bribes que le temps laisse entrevoir, ces plaies que je panse, enfin je tente, sans parvenir à m'émouvoir. J'ai semé des torrents de peine, pardonne-moi mais, dans l'ombre, il ne reste que la haine. Celle qui fait pulser mon cœur, celle que je sens grouiller dans mes veines.
Un pied dans le vide, ce gouffre si profond. Mon amour, je me morfonds. J'ai terré les réminiscences d'une vie, pour une belle épanouie, Jézabel ; j'étais si tendre et soumis. J'ai aimé l'impunie, celle qui jouit lorsque je prie. Les genoux au sol, j'envie les ténèbres sous un arbre brisé ; le saule s'est enflammé. Je l'ai regardé brûler après avoir enseveli ma raison près de ses racines au bord de l'agonie. Entends-tu cette splendide mélodie ? Symphonie cruelle, vésanie mortelle.
Pardonne-moi, mon ange, j'ai des envies prohibées.
J'espère l'obscurité lorsque tu ris. Je désire briser mes chaînes lorsque tu cries. Celles qui m'empêchent de m'envoler, d'effacer ce bonheur passé. Sur la stèle de nos ébats, je dépose des camélias. Je me bats, non plus pour toi, mais pour sonner le glas. Si triste mantra, litanie macabre, je ne souhaite que l'au-delà. Ce destin funeste, je le vois, il me nargue, j'ai fait les mauvais choix. Mais qu'elle est sublime, la folie, lorsqu'elle se pare d'un manteau de pluie, d'un linceul fleuri.
J'espère l'averse, le déluge, lors de mes funérailles. J'ai laissé mon âme au bord des rails. Écorché ou évadé, dans le train des condamnés, je finirai poussière. Seuls les chrysanthèmes termineront ma tragique prière, lorsqu'il ne restera que l'absence de lumière.

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