Chapitre 2
Présentations et racines
Certaines personnes naissent au bon endroit.
D’autres naissent là où elles doivent apprendre à partir.
Je réalise tout à coup que je ne me suis même pas présentée. Manou, où est passé ton savoir-faire? Remédions à cela.
Je m’appelle Emmanuelle, née en juin 1975 sur la Côte d’Azur, à Nice — un endroit qui, franchement, n’a pas à rougir des autres. Aujourd’hui, j’habite à Tahiti, terre vibrante de gentillesse et d’amour, qui m’a accueillie il y a vingt et un ans. C’est à ce moment-là qu’Emmanuelle a laissé s’envoler derrière elle quelques lettres de son prénom pour devenir… Manou. Une transformation subtile mais essentielle, qui reflète ce que j’ai trouvé ici: un espace de liberté, une identité réinventée.
Ah, j’entends déjà certains d’entre vous dire: « Quelle chance elle a, vivre à Tahiti! Pas de quoi se plaindre! »
Mais je ne vous demande pas de me plaindre. Ce que je vis aujourd’hui, je l’ai construit — à la manière des cookies, en suivant mon intuition. Chaque étape de mon chemin m’a demandé d’écouter cette petite voix intérieure qui me poussait à m’écarter des sentiers battus. Ce choix a nécessité beaucoup de courage, de foi, et de surmonter des peurs immenses — celle du changement, celle de l’inconnu, celle de me retrouver seule face à moi-même.
Mais je n’en suis pas encore là. Revenons au début.
* * *
D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours su que ma place n’était pas tout à fait là où j’étais. Déjà enfant, mes dessins le trahissaient — des îles, des cocotiers, des plages lointaines, alors que les paysages du sud de la France m’entouraient. À l'adolescence, au pied de mes cocotiers imaginaires, j'esquissais la silhouette de mon prince charmant. Seulement, il n'avait rien du Niçois bien habillé que je croisais tous les jours. Non, cet homme imaginé ressemblait davantage à un insulaire, avec de longs cheveux, la peau brune, peu vêtu, et possédant un côté plus sauvage que tous ceux que je connaissais alors. Certes, sur le papier, mes traits étaient maladroits, flous — mais l'intention y était. Douce Emmanuelle, tu ne savais même pas, à ce moment-là, que tu étais en train de dessiner bien plus qu'un fantasme d’adolescente: tu créais déjà, inconsciemment, une partie de ta vie…
Et si vous saviez à quel point cette image allait finir par devenir mon monde, bien réel cette fois.

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