Partie 1 Chapitre 2

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Le premiers jours de cours n'est jamais le plus intéressant. D'autant qu'il commence toujours par une réunion interminable où l'on nous explique tous les détails inutiles de l'année : les carnets de correspondance, les notes, les horaires, les salles ou la visite du lycée. La seule chose que nous attendions tous, c'était nos emplois du temps. Mais il faudra prendre notre mal en patience car la sonnerie ne s'enclencherait que dans 10 minutes seulement. Qu'importe, Guillaume et moi avions plein de choses à nous raconter. Il avait, durant ces vacances, voyagé à bord d'un voilier blanc, deux jours durant. Mais au moment de me raconter ce qu'il qualifiait de "truc de ouf", nous fûmes coupés par des intonations virulentes 20 mètres plus loin.

  • Je vais te casser la gueule
  • Bouge pas, je m'occupe de toi

Nous décidâmes d'aller jeter un coup d'œil à ce qui semblait être la première anecdote à raconter de l'année. En effet, deux garçons que ni moi ni Guillaume ne connaissions, avaient visiblement décidé de régler leur compte de façon très athénienne. L'un était charpenté comme un athlète et le second, s'il n'avait pas l'avantage du poids, avait la rage de la détermination.

  • Je mets une pièce sur le gros, me dit Guillaume
  • Oula, moi aussi. Il va le plier.

Les deux combattants étaient en garde, visant les jambes de l'adversaire. Ce fut le maigre qui frappa le premier mais sans succès, car à peine avait-il eu tenté son plaquage que ses jambes volèrent par-dessus sa tête.

  • Tu crois qu'il faut qu'on réagisse ?
  • Je sais pas, mais bon, regarde, on n'est pas les seuls et personne ne bouge.

Mais nous n'étions pas les seuls spectateurs de cette scène un peu ridicule. Deux filles observaient l'échange musclé. Nous allâmes les voir.

  • Vous savez ce qu'il se passe, demanda Guillaume ?
  • Pas trop, répondit l'une d'entre elles

La seconde, d'une voix plus timide, expliqua

  • Je crois que le garçon plus costaud a parlé de façon déplacée de la sœur du moins costaud.

C'était pour le moins, pour l'un des deux, une double injustice. D'abord parce qu'il combattait mieux que soi, ensuite parce qu'il semblait malgré tout très athlétique. Il avait un certain panache qui me plaisait.

  • Ah, dans ce cas, il est moins ridicule que je ne pensais, dis-je. En les voyant se battre, on se dit que c'était des gamins mais bon, défendre ainsi sa petite sœur, moi je dis chapeau.

Et tous d'acquiescer en chœur à ma remarque, ce qui fit qu'une euphorie s'empara du groupe. De manière aussi inattendue que stupide, nos cris soutenaient notre combattant préféré, avec toute la violence nécessaire. Pourtant peu amateur de bagarre, je me surprenais à hurler "vas-y, défonce-le". Les filles, qui semblaient pourtant avoir un doux tempérament, soufflèrent également des encouragements. "Lâche rien, fonce lui dessus," criait-elle. Le plus surprenant fut Guillaume, qui semblait maîtriser à la perfection la chose du combat, en proposant des conseils stratégiques.

  • Plus bas, les jambes ! proposait-il, Déstabilise-le !

La scène était aussi rocambolesque que terrible. Mais elle allait prendre fin.

  • Qu'est-ce que c'est que ça ? hurla alors une voix qui n'était pas celle d'un élève.

Les deux combattants mirent fin au duel, regardant d'un air gêné le surveillant.

  • Tiens, Henri, je vois que vous avez pris de bonnes résolutions pour cette année. Vous commencez bien. Tout le petit groupe, dans le bureau de la directrice ! Allez !
  • Mais Monsieur, ils n'ont rien fait eux !
  • Ils vous encouragent dans vos bêtises, c'est exactement pareil. Allez.

C'était la première fois que j'étais convoqué pour une punition. Jamais encore je n'avais fait d'assez grosses bêtises pour qu'un surveillant, avec des airs de dictateur, m'oblige à le suivre avec tous mes complices. Ce moment fut long et génial à la fois. Long, parce que Mme Durdeau, la directrice, n'était pas la définition même de la douceur, et génial parce que la posture du délinquant était drôlement chouette à camper.

  • Vous allez m'expliquer ? Qu'est-ce que je fais, moi ? J'appelle vos parents ?
  • Mais Madame, réagit Guillaume, il a insulté la sœur d'Henri
  • Tais-toi ! Je vous préviens, on ne va pas commencer l'année comme ça. Sortez de là et notez bien que vous serez en retenue samedi prochain de 8h à 10h. Tout le groupe, naturellement.

Henri et son adversaire se lancèrent un dernier regard de défiance. Ils en avaient sans doute fini là. Nous quittions alors le bureau de Mme Durdeau en groupe. Marchant d'un pas lourd, personne n'osait dire un mot. Guillaume s'arrêta et se retourna. Il y eut un silence, chacun se regardait dans les yeux. Un fou rire s'empara alors de tout le groupe.

  • La tête que t'as tirée, quand le pion a débarqué ! dis-je alors avant de rire de plus belle
  • C'était magique, répondit une des filles ! Moi, c'est Hélène, et vous ?
  • Enchanté, Hélène, moi c'est Guillaume, et mon pote, Vincent.
  • Bein moi, c'est Henri du coup, ajouta le bagarreur

  • Moi, Madeleine !

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