Epilogue

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Je me nomme Tsitso, le Renard, et si je suis aujourd’hui un vieil homme, j’ai un souvenir vif et très clair de mes jeunes années.

Je me souviens de ma sœur Mikona. Nos parents ne nous ont jamais caché leur histoire, notre histoire. Je me souviens d’Oswahne, que Mère aimait comme une jeune sœur, et de Maikan qu’elles surnommaient Oncle Polatouche, et qui chassait avec Père.

Je me souviens qu’après moi, Mère a porté plusieurs enfants qui n’ont jamais vu le jour.

Je me souviens de Mère qui parlait assez peu, sauf en présence de Père. Je me souviens qu’elle disait ne pas savoir raconter de légendes, mais que ses yeux brillaient comme ceux des enfants lorsqu’elle les écoutait. Je me souviens qu’elle aimait grimper aux arbres et chasser, qu’elle savait coudre de doux vêtements, chauds et joliment décorés, et qu’elle adorait par-dessus tout les noisettes et les galettes de maïs cuites sur la cendre.

Je me souviens de Père qui aimait pêcher sur le lac dans son canot, et nous emmener en forêt pour chasser. Je me souviens qu’il couvait Mère d’un regard doux lorsqu’elle ne le voyait pas, et qu’il avait toujours pour elle de petites attentions.

Je me souviens de mes parents, et de l’amour qu’ils se portaient. Je ne les ai vus en désaccord qu’une seule fois, lorsque Mère refusa que Père parte seul en voyage vers le village de ses ancêtres, et que Père craignait que ce même voyage soit trop fatiguant, trop dangereux pour elle et pour nous leurs enfants. Elle avait fini par le convaincre, et je me souviens aussi très bien de ce fameux voyage, en canot et à pied dans la forêt, jusqu’au village où Père était né et où nous avions rencontré ses cousins.

Je me souviens de l’amour que se portaient mes parents, au point que, lorsque Mère a rejoint les Esprits après avoir attrapé un mauvais froid qui avait fragilisé son corps de vieille femme, il y a de nombreux hivers, Père ne lui a pas survécu longtemps. Quelques lunes plus tard, il est parti lui aussi, une nuit, et je sais que leurs esprits se sont retrouvés dans la Grande Forêt des Esprits, où ils chassent à présent ensemble pour l’éternité.

Je me souviens des événements qui ont eu lieu au moment de ma naissance et après, lorsque les nôtres ont défendu leurs terres contre l’invasion des Visages-Pâles venus d’au-delà des mers. Je me souviens, lors de ce fameux voyage, avoir vu les ruines de leurs villages, et la forêt qui repoussait péniblement là où les Visages-Pâles l’avaient saignée à blanc pour y faire pousser leurs cultures. Je me souviens des récits des cousins de Père, comment ils nous ont raconté avoir lutté férocement contre les envahisseurs qui, repoussés une première fois, étaient revenus sur leurs immenses canots, avec des armes de feu qui tuent plus loin que les arcs. Comment les nôtres s’étaient battus pour les repousser encore et encore, jusqu’à ce que, de guerre lasse, les Visages-Pâles finissent par partir définitivement. Je me souviens de la haine qui déformait les traits de nos cousins, lorsqu’ils parlaient des Visages-Pâles et de ces dures années de lutte qui avaient vu de nombreux guerriers tomber au combat. Je me souviens de Père qui me disait que, dans notre village au-delà des montagnes, nous avions été protégés des Visages-Pâles et de ce qu’ils avaient apporté avec eux : quelques outils pratiques, mais aussi des maladies, de la violence et des façons de vivre qui ne nous convenaient pas et qu’ils cherchaient à nous imposer.

Je me souviens de la clairière où Père et Mère ont vécu quelques lunes pendant leur voyage jusqu’à notre village, et où ils nous ont emmenés lorsque nous étions jeunes. J’y suis retourné bien des fois par la suite, avec mes propres enfants, et pour la dernière fois il y a quelques lunes, avec mes petits-enfants. Pour leur raconter, à eux aussi, l’histoire de Mojag et de Léotie. L’histoire de Mikona arrachée à sa mère comme tant d’autres enfants, comme Mère avant elle, pour tenter d’en faire une petite Visage-Pâle, sauvée par Maikan, Mingan et Sondakua, et adoptée par nos parents. Mon histoire. Leur histoire.

FIN

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