Paresse. II.

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"Mathilde, attends-moi ! Pardon, pardon, 'scusez-moi ! Pardon ! Oh, jolie casquette !"

Je me tournai et aperçus Jessica remontant la file d'attente, s'excusant auprès des personnes dépassées, glissant quelques compliments, oeillades et mains baladeuses pour "se faire pardonner", comme elle le dit si bien. Je la regardai onduler son corps, se frayant un chemin pour me rejoindre. Comme chaque année, elle profitait des premières belles journées de l'année pour ressortir ses tenues plus légères. Elle avait opté pour le classique "mini-jupe et débardeur". Ce n'était pas un canon de beauté, mais elle avait le charme et le bagout qui la distinguaient de tant d'autres. Avec mon tailleur strict d'employé administratif et nos dix ans d'écart, sa décontraction n'en était que plus poignante.

Arrivée à ma hauteur, le jeune homme que je précédais lui lança "Faut surtout pas te gêner !". Elle se retourna et leva les yeux vers lui. "Ne te plains pas, je m'arrête ici, alors profite du paysage", rétorqua-t-elle. Effectivement, ce grand dadet pouvait profiter du balcon qui s'offrait à lui. Elle se tourna vers moi et déposa un baiser sur ma joue, entre tendresse et complicité, tout en glissant une main sur ma taille. Je connaissais bien son jeu et je m'y prêtais volontiers. Je m'amusais à voir du coin de l'oeil le benêt rougir en nous voyant nous embrasser. Nous continuions d'avancer dans la file, et Jessica ne lâcha mes hanches qu'au moment de nous installer. À peine assises, elle lança les hostilités : "Alors, comment ça va, avec ton vieux ?". Elle savait toujours d'où venait le problème, c'est aussi pour ça que je l'appréciais tant. Il n'y avait pas à tergiverser, elle allait droit au but, tant en amitié qu'avec les hommes.

Je lui racontai la nuit précédente, qui ressemblait à chacune des autres. Je lui fis part de ma tristesse qui s'ensuit à chaque rapport, et de ma frustration de ne pas tomber enceinte. Elle m'écoutait religieusement et me transperçait de son regard cuivré. Quand elle me regardait comme ça, je pourrais lui confier n'importe quoi, même mes plus sombres desseins. Elle restait silencieuse pendant un moment et finit par me demander de la rejoindre chez elle après mon travail : nous aurions plus de temps et pourrions profiter d'un verre pour nous détendre. J'acceptais et continuais à bavarder avec elle jusqu'à la fin de ma pause, puis je retournais travailler. Assise à mon poste, face à mes dossiers, je sentais encore la chaleur de la main de Jessica irradier le bas de mon dos et son regard perçant lire en moi.

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