Avarice II

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Angélique saisit le magnum qui trônait près d'elle. Son père avait choisi le vin et le champagne avec soin. On ne marie pas sa fille tous les jours. Il avait choisi une cuvée de prestige, délicate, fruitée, aux arômes délicats et subtils.

Elle défit la cage et saisit le bouchon qui s'expulsa avec un vacarme qui troubla l'assemblée. La mousse remonta de la bouteille et inonda sa main. L'éruption terminée, elle porta le goulot à ses lèvres et but à grandes lampées le précieux breuvage qui débordait par les coliques de ses lèvres. Sa mère lui arracha la bouteille dont le contenu se déversa sur le corsage de la mariée :

  • Un peu de dignité, ma fille ! Il y a des invités ! Ta famille, tes amis…
  • Qu'est-ce que ça peut faire, s'exclama la femme du jour, un brin éméchée. Cet enfoiré m'a laissée tomber comme une merde ! Qu'il aille crever en enfer !

Le silence retomba dans la salle. Le marié s'était volatilisé, avec pour seule trace un mot griffonné à la main, dans lequel il évoquait un amour autre et sa peur de passer à côté de l'essentiel. Le témoin du marié avait découvert le papier et l'avait transmis à la mariée, qui avait éclaté en sanglots.

Les larmes au bord des yeux, elle décida de rejoindre sa suite pour se changer. A quoi bon garder cette robe, maintenant ?

Sa mère l'accompagna et se chargea de défaire les agrafes de la robe. Elle se retrouva face à son miroir dans les sous-vêtements qu'elle réservait à sa première nuit avec son mari, alors qu'elle espérait enfin devenir une femme a part entière. Guêpière, porte-jarretelles, bas bordés de dentelle : son corps entier fleurait l'érotisme et le désir. Les fesses dévoilées par un string ridiculement étroit choquèrent sa mère pudibonde :

  • Ma chérie, je te prie, rhabille toi, je n'ai pas a voir ton… enfin tes…
  • Mes fesses ? Mon cul ? Mon derrière ? Mes miches ? Mon popotin ? Mon arrière train ? Mon derch'? Tu sais, Maman, tout le monde a un cul. Et certaines l'ont particulièrement étroit et rigide. En tout cas, j'aurai aimé que le mien me serve à autre chose qu'à m'assoir cette nuit. J'aurai d'ailleurs été ravie ne pas pouvoir m'assoir pendant une semaine !
  • Tu es ivre mon ange, essaie de te reposer, tu ne sais plus ce que tu dis. Je ne te reconnais pas...
  • Au contraire, Maman, je suis tout à fait consciente de ce que je dis. Ça fait six ans que je me préserve pour cet enfoiré avec qui je voulais faire ma vie, avoir des enfants, j'aurai pu mourir pour lui. Et voilà que cette raclure disparaît avec une pute… J'ai perdu mon temps… j'ai perdu six ans de ma vie !
  • Ne fais pas quelque chose que tu pourrais regretter par la suite. On ne perd jamais son temps, on se construit en permanence.

Angelique repensait aux sacrifices qu'elle avait consentis pour cette relation. Elle se souvenait des nuits, forcée à faire chambre à part, par respect pour les traditions familiales. Elle ne rêvait que d'une chose dans cette obscurité, c'était de s'offrir à lui, de convoler des nuits entières, qu'ils découvrent leurs corps pour ne faire qu'un. Cette fusion fantasmée l'obscédait. Des années durant, elle avait découvert son corps en profondeur, ainsi que de multiples façons de jouir seule. Elle connaissait par cœur des leviers de son plaisir et les interrupteurs à jouissance. Son seul désir était que son mari les actionne pour elle, qu'elle se laisse aller à ses caresses et à son savoir-faire.

  • Tu as peur que je fasse une bêtise ? s'enquit-elle auprès de la matronne.
  • J'ai bien peur que ces années a te préserver pour rien ne te fasse perdre la tête et que tu regrettes certains choix que tu pourrais faire.

Tandis quelle retira sa lingerie, à la grande gène de sa mère, elle la rassura :

  • Ne t'en fais pas. Je ne gâcherai pas ces années de frustration. S'il ne m'a pas eue, aucun autre ne m'aura. Pas tant que je l'aurai décidé.

Devant son reflet dénudé, elle enserra la turquoise qui trônait entre ses seins et jura, comme un serment : "Personne ne franchira mon seuil, je reste maîtresse de mon corps."

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