Deux hommes
Il existe une légende qui parcourut le Japon — celle des deux hommes.
Deux épéistes dont le talent et la détermination élevèrent leur art jusqu’aux cieux.
La légende rapporte ces mots :
Le premier jour du printemps,
les deux hommes se tenaient au milieu du champ.
L’herbe y dansait sous la brise,
douce et parfumée de renouveau.
Jamais encore ils ne s’étaient vus,
jamais leurs lames ne s’étaient croisées.
Pourtant, le caprice du destin les mena
à cette rencontre, à cet instant-là.
Le temps se figea.
Leur esprit s’aiguisa.
D’aucuns disaient que le sang devait couler
pour qu’un vainqueur puisse être nommé.
Mais ce jour-là, rien ne troubla leur calme :
ni la pluie, ni le vent, ni le feu des heures.
Leur esprit vibrait d’harmonie,
leur corps prêt au défi.
Vint le deuxième jour.
Aucun ne bougea.
Comme si tous deux attendaient
l’instant de grâce.
On raconte dans les écrits anciens
que les plus grands guerriers, sans verser de sang,
savaient reconnaître, à la seule force de l’esprit,
celui qui en sortirait grandi.
À l’aube du troisième jour,
leurs mains enfin frémirent.
Un seul geste, sans violence.
Aucun cri, aucune gerbe de sang —
seulement la lumière du soleil
soulignant leurs mouvements parfaits.
Ils se saluèrent, puis s’en allèrent.
Y eut-il un vainqueur ?
Fallait-il qu’il y en eût un ?
Peut-être ces hommes s’étaient-ils élevés si haut
que la victoire ne comptait plus à leurs yeux.

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