NIER

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Les jours se suivaient et une infime partie de moi regardait toujours Corentin. La culpabilité de regarder un autre garçon que Jérémy posait un goût aigre sur mes lèvres. Et pourtant... Je ne le disais pas à Jérémy. De temps à autre, quand mon regard croisait celui de Corentin, une petite voix me murmurait :
J’aime Jérémy. J’aime Jérémy. J’aime Jérémy. J’aime Jérémy. J’aime Jérémy. J’aime Jérémy. J’aime Jérémy. J’aime Jérémy. J’aime Jérémy. J’aime Jérémy. J’aime Jérémy. J’aime Jérémy.

Je l’aime. Alors pourquoi cette sensation de péché ? Je commençais à, inconsciemment, éviter les moments où il pourrait m’embrasser. Je ne sais trop pourquoi mais cela n’était pas très agréable. C’était cool mais... ses mains qui me maintiennent et compriment mon souffle et mon besoin de choix, de liberté, d’espace. Un jour arriva, on finissait en avance et Jérémy, la veille, avait proposé que l’on aille au jardin de l’État pour être « seuls à seuls et faire ce dont on a envie ». Je n’avais pas trop le temps... lui non plus. Je n’avais pas osé refuser. Alors, à la sonnerie, en sortant, on court. Je suis asthmatique... Il me force à courir pour que l’on ait le temps d’arriver au parc. Il court loin devant et je sens la crise d’asthme se rapprocher.

— Attends-moi !
— Grouille-toi sinon on n’aura pas le temps !

Mais j’ai pas envie de courir moi...

On arrive donc au parc, cinq rues plus loin, après avoir couru la côte sous le soleil ardent. Je suis à bout de souffle et peine à trouver ma respiration. Il marche loin devant et s’arrête derrière un arbre, à l’ombre. Je profite de la fraîcheur que m’apporte l’ombre, reconnaissante de pouvoir enfin respirer. Il s’assied à terre et m’appelle.

— Tu viens t’asseoir avec moi ?

Il tapote l’espace entre ses jambes. Je grimace subtilement.

— Pas aujourd’hui.
— Pourquoi ?
— J’ai pas envie et je peux pas m’asseoir.
— Allez, fais un effort.
— Je peux pas, je te dis !

Il se lève et se rapproche de moi, il m’enlace. Il plaque ses lèvres contre les miennes et, étant plus petite que lui, je me retrouve la tête penchée dans un angle pas très naturel, le cou tordu pour qu’il atteigne mes lèvres. Mes yeux grands ouverts scrutent son visage et un soupçon de dégoût me prend. Je tente de reculer doucement, en vain. Je le vois, ses yeux sont fermés et il est à fond. Il profite de mes lèvres. Oui, c’est cela : du dégoût. Je sens sa salive sur mes lèvres. C’est long. C’est interminable. Je regarde derrière et je vois des moineaux en train de voltiger vers un arbre. Cela doit faire plusieurs minutes, peut-être des heures, je n’en sais rien. Est-ce que je l’aime vraiment ? Je n’ai pas envie d’être là. On finit par se séparer — enfin. Il s’éloigne au pas de course et pourtant, quand il s’éloigne en me disant que c’était très chouette, qu’il a beaucoup aimé et qu’il m’aime, malgré le dégoût que m’a inspiré cet instant, je réponds « moi aussi ».

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