Game over
Mercredi. On a art plastique et histoire. Je me lève mais je n’ai qu’une seule chose en tête : aujourd’hui je vais le larguer. Hier soir, j’ai longuement réfléchi. Je me suis tournée et retournée dans mon lit avant de décider que tant pis bordel, je tiens à ma santé mentale, j’ai besoin de me recentrer sur moi.
Mais il y a au fond de moi une once de culpabilité car mon cœur sait que je ne suis pas tout à fait honnête. Je ne veux plus être avec Jérémy car je sens mon regard trop souvent glisser vers Corentin. Trop souvent le scruter, quand personne ne me voit. Trop souvent le contempler sans que je ne puisse me retenir ; car je sais que trop souvent je repense à nos quatre baisers. Car intimement, je sais que ce n’est pas totalement fini entre lui et moi.
Alors aujourd’hui, je vais mettre un terme à cette relation avec Jérémy. J’arrive au collège, je l’évite la matinée. On arrive à la fin de la matinée. Je m’apprête à me dégonfler mais je sens qu’un élan me prend. Je dois le faire.
Je ne veux plus de cette relation.
Je ne veux plus de ces baisers.
Je ne veux plus de ses discussions sur des sujets dont j’ai strictement rien à foutre.
Alors, je l’interpelle :
— Jérémy !
Il se tourne, j’angoisse. La culpabilité mêlée à la peur de sa réaction me noue le corps tout entier ; il reste mon ami, je ne veux pas lui faire de mal.
— Quoi ?
On est devant le collège, l’air est lourd, comme mon cœur.
— J’aimerais que l’on redevienne amis. J’ai besoin de temps pour me recentrer sur moi.
Je lâche enfin, dans un murmure précipité.
— Tu es sûre ? Je pense que tu n’as pas assez réfléchi.
Il tente des arguments, il s’attend à ce que je change d’avis. Je m’excuse, penaude. Je commence à lui expliquer pourquoi je souhaite que notre relation évolue ainsi, il me répond un « C’est bon j’ai compris » et s’en va, sans dire un mot de plus.
La culpabilité commence à me ronger. Ces dernières semaines j’ai été malhonnête avec lui, et avec moi-même.Je suis plantée là, seule, triste, mais libre.Plus libre que ne l’ai été ces derniers mois.Mon cœur est comme débarrassé d’une peine, d’un poids, d’une ancre.D’un boulet qui m’entraînait toujours plus profond dans ma connerie.La réalité me fracasse en plein fouet...Il me manque.

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