Chapitre 2 — Le bruit après le silence

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Le manoir s’éveilla comme il s’éveillait toujours :
lentement, avec la certitude que rien de grave ne pouvait arriver entre ses murs.

Les domestiques reprirent leur place.
Les rideaux furent tirés.
L’argenterie comptée.
Les habitudes remises en ordre.

Puis il y eut l’arrêt.

Un regard trop long.
Une main figée au‑dessus d’un écrin vide.
Un silence différent, plus lourd que celui de la nuit.

Il manque quelque chose.

Ce n’était pas un cri.
Juste une phrase.
Mais dans ce genre de maison, certaines phrases avaient le poids d’une chute.

Très vite, les couloirs se remplirent d’une agitation contenue.
On parlait à voix basse.
On fermait des portes.
On appelait des noms qui n’arrivaient pas.

Le bijou n’était pas seulement précieux.
Il était nécessaire.

Sans lui, une apparition prévue devenait impossible.
Sans lui, certains accords perdaient leur symbole.
Sans lui, une histoire soigneusement racontée risquait d’être examinée de trop près.

Alors les questions commencèrent.

Qui était présent hier soir ?
Qui a vu quoi ?
Qui a parlé à qui ?

Et comme toujours, le regard finit par glisser vers le bas.

Les serviteurs.
Les ombres.
Ceux dont on oubliait le nom.

Pendant ce temps, loin du manoir, Lyra Montchair marchait dans une rue encore humide de nuit.
Elle ne fuyait pas.
Elle ne se cachait pas.

Elle avançait simplement.

Elle savait que le bijou serait découvert manquant.
Elle savait que le silence ne tiendrait pas.
Elle savait surtout que, très bientôt, quelqu’un ferait une erreur.

C’était toujours ainsi.

Lyra ne provoquait pas la tempête.
Elle retirait juste la pierre qui empêchait l’eau de passer.

Et quand l’eau trouvait son chemin…
elle ne demandait jamais la permission.

Dans le grand salon du manoir, les voix baissèrent encore d’un ton.

Le bijou manquant n’était plus un simple oubli.
Il était devenu une absence trop précise.

On avait fouillé les coffres.
Interrogé les domestiques.
Refait la nuit, minute par minute.

Et pourtant, quelque chose résistait.

Le noble responsable, celui qui, la veille, avait levé la main, la voix, le mépris, se tenait à l’écart.
Il écoutait.
Il observait.

Et pour la première fois depuis longtemps, il doutait.

Car dans l’écrin vide, quelqu’un avait laissé quelque chose.

Rien de voyant.
Rien qu’on puisse montrer aux autres.

Juste un détail déplacé.
Un ruban ancien, celui que portaient autrefois les servantes lors des grandes réceptions.
Un ruban qui n’avait rien à faire là.

Son souffle se coupa.

Personne d’autre ne comprenait.
Mais lui… oui.

Ce n’était pas un hasard.
Ce n’était pas un vol ordinaire.

Quelqu’un avait vu.
Quelqu’un avait compris.
Quelqu’un avait choisi de ne pas frapper directement… mais de laisser le poids retomber.

Autour de lui, les conversations continuaient.
On parlait de sécurité renforcée.
De voleurs anonymes.
D’injustices insupportables.

Mais lui n’entendait plus rien.

Car au fond de sa poitrine, une pensée s’était installée, froide et persistante :

Elle sait.

Et soudain, le bijou perdu lui sembla moins important que ce regard imaginaire posé sur lui.
Un regard silencieux.
Sans colère.
Sans cris.

Un regard qui jugeait sans le dire.

Loin de là, Lyra Montchair s’arrêta au coin d’une rue animée.
Les rumeurs commençaient déjà à courir.
Elle les entendait passer, déformées, incomplètes.

Elle ne sourit pas.

Elle n’avait pas cherché la chute immédiate.
Elle n’avait pas voulu le sang.

Elle avait voulu la compréhension.

Et maintenant, quoi qu’il arrive, scandale, chute, mensonge ou déni,
il y aurait, pour cet homme, quelque chose qu’aucun titre ne pourrait effacer.

La certitude d’avoir mal agi.
Et de le savoir.

Lyra reprit sa route.

Le bruit continuerait sans elle.

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