Sous la pluie, des larmes

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Il pleut sur la ville, une pluie fine, presque insensible, comme si le ciel lui-même pleurait discrètement sur le monde. Je marche dans les rues, seul, le pas lourd, le cœur plus lourd encore. Mon visage est caché derrière un maquillage de circonstance, celui qu’on endosse pour paraître autonome dans une société qui ne sait pas, qui ne veut pas voir.

Aujourd’hui, comme tous les autres jours, je sens le poids d’une défaite intime, une bataille perdue d’avance contre des ombres qui s’accrochent à mon esprit, le marquant de leur empreinte froide. Chaque écho de mes pas sur le pavé est un rappel de cette lutte, de cette solitude qui est frappée avec la régularité d’un cœur qui bat, mais sans vie.

Les visages que je croise ne sont que des masques, des façades vides qui cachent le néant derrière leurs yeux. Et je me demande, combien parmi eux marchent avec la même lourdeur dans le cœur, combien sourient à la journée en dissimulant leur désespoir derrière un voile de normalité ?

Ce soir, il n’y a pas de mots réconfortants, pas de fin heureuse à raconter. Il n’y a que l’aveu silencieux de ma vulnérabilité, de mon incapacité à voir la lumière, même la plus faible, au bout de ce tunnel interminable.

Dans le reflet des vitrines, je vois mon visage, une ombre parmi les lumières de la ville. Et pour un instant, je me permets de laisser tomber le masque, permettant à la pluie de laver non seulement mon visage mais aussi une part de la souffrance qui s’y accroche désespérément.

Mais les larmes ne viennent pas ici. Elles sont là, quelque part, cachées derrière les murs que j’ai construits autour de mon cœur pour le protéger, pour me protéger. Ces murs qui m’isolent aussi sûrement qu’ils me préservent, m’empêchent de pleurer, de ressentir, de guérir, en société.

Mes larmes attendent que je sois seul, vraiment seul, souvent dans la voiture, cet espace confiné qui devient mon refuge, où je peux enfin me laisser aller, loin des regards, loin de mes filles que je veux protéger de cette douleur. C’est là, dans ces moments de solitude, que je pleure, que je libère enfin les émotions retenues.

Alors, je continue de marcher, une silhouette parmi tant d’autres, dans la ville qui ne dort jamais, avec l’espoir éteint qu’un jour, peut-être, je trouverai la clé pour ouvrir ces portes, pour me libérer, pour me permettre enfin d’espérer, de communiquer, de toucher.

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