Chapitre10
Dans sa chambre, elle ouvrit la valise que Raphaëlle lui avait envoyée après avoir appris qu’elle resterait jusqu’au bout du chantier. La voix de sa sœur lui revint aussitôt.
— Mais pour qui il se prend, ce fichu Señor Salvatore ? Te faire louper tes vacances ? Un dictateur, oui ! Et ne crois pas que Alan va apprécier, hein !
Le maillot était là. Le vert émeraude. Minimal. Un tout petit bout de tissu …
Un post-it y était collé : Peut-être que tu tomberas sur un bel hidalgo. Tu me raconteras.
Alexie secoua la tête, amusée.
— Évidemment…, murmura Alexie en riant doucement.
— Oh… et puis zut.
Elle enfila le maillot, passa un kimono léger, et quitta la chambre. Contournant la bâtisse, elle suivit l’allée étroite bordée d’arbres. L’air y était plus dense. Plus intime. La piscine apparut, à moitié dissimulée par la végétation. L’eau était immobile. Alexie posa son livre et son ordinateur sur la table, retira ses chaussures. Elle ôta le kimono, dénoua ses cheveux qui tombèrent en cascade cuivrée jusqu’à ses reins.
Elle s’étira. Puis plongea.
Depuis la fenêtre de son bureau, Javier l’avait vue passer.
Et il n’avait pas résisté à l’idée de la suivre.
Javier s’était arrêté à l’ombre, à quelques pas seulement. Il ne l’avait pas appelée. Il n’avait pas fait un bruit. Il la regardait.
Alexie nageait lentement, presque paresseusement.
L’eau glissait sur son corps, épousait chaque mouvement, chaque courbe révélée puis aussitôt dissimulée. Le vert émeraude du maillot semblait irréel sur sa peau encore pâle. Javier suivait l’eau.
La ligne de ses épaules. La cambrure de son dos quand elle inspirait. La nuque dégagée lorsqu’elle tournait la tête pour reprendre souffle. Il sentit la chaleur monter, basse, sourde, familière. Une pression sourde dans les reins. Un besoin qu’il n’eût pas anticipé. Qu’il n’avait pas cherché à contenir.
Alexie perçut sa présence avant de le voir. L’air avait changé. Plus dense. Comme si quelque chose pesait soudain sur l’espace. Elle continua pourtant de nager encore quelques longueurs. Comme si de rien n’était. Puis elle s’arrêta là où elle avait pied. Elle se redressa lentement.
L’eau coula le long de sa poitrine, de son ventre, s’attarda une seconde à la naissance de ses hanches avant de retomber en gouttes claires. Elle passa les mains dans ses cheveux, les rejeta en arrière dans un geste simple, presque innocent. Puis elle ajusta le haut de son maillot. Elle ne sut pas exactement pourquoi elle fit cela.
Seulement que c’était plus fort qu’elle. Qu’elle voulait être vue. Désirable. À ses yeux.
Sous l’eau, ses doigts glissèrent, effleurèrent la lisière de la culotte. Un geste à peine esquissé. Mais chargé.
Un souffle rauque s’échappa de la gorge de Javier.
Alexie se figea. Elle tourna la tête. Ils se regardèrent. Longuement. Sans sourire. Sans mot. Quelque chose se nouait entre eux, tendu, brûlant, irréversible. Javier fit un pas en avant.
Alexie s’approcha du bord. Elle posa un pied sur la première marche, puis l’autre.
En sortant de l’eau, ses hanches se balancèrent naturellement, alourdies par l’eau, ralenties par le désir qu’elle sentait désormais clairement. Elle tendit la main vers le kimono posé sur la chaise longue. Il intercepta son geste.
Ses doigts se refermèrent autour de son poignet, fermement, sans brutalité.
Juste assez pour arrêter le mouvement.
— Alexie…
Sa voix était basse. Altérée. Elle leva les yeux vers lui.
— Javier…
Il la tira légèrement vers lui. Elle ne résista pas.
L’eau ruisselait encore sur sa peau quand il la rapprocha, quand leurs corps se trouvèrent à une distance indécente. Trop proche pour reculer. Trop tard pour réfléchir. Il posa une main à sa taille. Elle posa la sienne sur sa poitrine, sentit le battement rapide, irrégulier. Le baiser ne fut ni précipité ni tendre. Il fut nécessaire.
Le monde sembla se réduire à ce point de contact, à cette chaleur partagée, à cette urgence silencieuse. Ils se déplacèrent presque sans y penser. Vers l’ombre. Vers la pierre tiède.
Javier ne la lâchait pas des yeux. L’eau glissait encore le long de ses cuisses, de son ventre, s’accrochait à la courbe de ses seins avant de tomber en perles lentes sur les pavés. Le maillot, dérisoire, semblait retenir plus qu’il ne cachait. Il leva une main.
S’arrêta à quelques centimètres de sa peau.
— Querida…
Elle ne répondit pas. Elle se cambra légèrement, comme une invitation muette. Ses doigts trouvèrent le nœud du soutien-gorge. Un geste simple. Précis. Il le dénoua. Le tissu glissa lentement, retenu un instant par une ficelle encore accrochée à un sein dressé, durci par l’air et le regard de cet homme.
Javier suivit ce fil des yeux, fasciné, comme suspendu à cette résistance infime. Il approcha sa main. Du bout des doigts, il fit glisser la lanière, traça le contour du sein libéré, lentement, respectueusement, comme s’il en apprenait la forme.
Alexie inspira brusquement. Son dos se cambra davantage. Sa main se crispa sur son bras.
— Oh…
Ce son sorti de sa bouche entrouverte. Il se pencha, effleura sa peau de ses lèvres. Pas un baiser encore. Une promesse.
Le second lien céda. Le tissu tomba complètement. Il la regarda. Vraiment. La poitrine exposée, la respiration courte, le désir visible sans fard. Il posa ses paumes sur elle, la couvrit de ses mains comme pour la contenir, la protéger, la revendiquer tout à la fois.
Elle frissonna.
Ses doigts glissèrent le long de ses flancs, s’attardèrent à la naissance de ses hanches. Elle ferma les yeux un instant.
— Regarde-moi, murmura-t-il
Elle obéit.
Le bas du maillot était encore là, inutile barrière. Elle le sentit hésiter. Alors elle l’aida. Ses propres doigts descendirent, défirent le nœud, laissèrent le tissu glisser le long de ses cuisses, tomber à ses pieds. Elle était nue.
Javier posa son front contre le sien. Leurs souffles se mêlèrent, courts, brûlants.
Il n’y avait plus assez de peau entre eux. Trop de vêtements. Trop de retenue. Alexie leva les mains et entreprit de lui ôter sa chemise. Ses gestes étaient sûrs, précis. Elle déboutonnait lentement, et à chaque parcelle de peau dévoilée, elle déposait un baiser. Pas l’empressement d’une jeune fille hésitante. La lenteur assumée d’une femme qui sait ce qu’elle veut.
La chemise s’ouvrit complètement. Elle posa la main à plat sur son ventre, sentit la chaleur, la tension contenue. Ses doigts glissèrent plus bas, effleurèrent cette ligne de duvet qui disparaissait sous la ceinture de son pantalon. Elle le sentit se raidir sous son toucher.
Elle leva les yeux. Croisa son regard. Quelque chose passa entre eux — brut, irréversible. Il passa une main dans ses cheveux, les tira doucement en arrière. Elle insista, provocante, consciente de l’effet qu’elle produisait. Le pantalon glissa à terre. Javier se débarrassa du reste sans la quitter des yeux. Puis il se colla à elle.
Alexie ferma brièvement les paupières sous le contact.
Elle embrassait son torse, ses épaules, sa peau tendue. Ses mains exploraient, prenaient, réclamaient. Il la guida sans rompre le contact, l’allongea sur le bain de soleil tout proche. Il ne la lâchait pas. Comme s’il craignait qu’elle ne disparaisse.
Lorsqu’il se redressa un instant, elle le regarda pleinement.
Sa virilité, offerte, sans équivoque. Elle se mordit la lèvre, incapable de masquer le désir qui la traversait. L’air vibrait autour d’eux. Javier se pencha vers elle. Ses lèvres trouvèrent l’un de ses seins. Il le prit d’abord doucement, le frôlant, le taquinant, laissant planer l’attente avant d’y poser une attention plus appuyée.
Alexie cambra le dos, un souffle lui échappa. Il recommença, lentement, sur l’autre sein. Son souffle chaud glissait sur sa peau, ses dents mordillaient la pointe sensible avec une précision troublante. Ses mains, elles, ne restaient jamais immobiles : elles dessinaient des arabesques sur son ventre, exploraient, revenaient, descendaient encore. Alexie voulait plus.
Ses mains à elle parcouraient son torse, le caressaient, parfois s’y accrochaient, ou se perdaient dans ses cheveux lorsqu’il faisait durer, lorsqu’il la poussait trop près de la limite. Quand il s’écarta un instant, elle en profita. Elle tendit la main, le toucha, sûre d’elle. Ses doigts encerclèrent son sexe, et elle sentit aussitôt la réaction de son corps sous sa paume.
Les yeux de Javier se rétrécirent légèrement. Un sourire de côté apparut, surpris — presque amusé par son audace. Elle le caressa lentement, guidant sa main, appuyant juste ce qu’il fallait, remontant, redescendant, attentive à chacune de ses réactions.
Un souffle plus court trahit sa tension. Il ne pouvait pas la laisser continuer ainsi.
Pas encore. Il se déplaça brusquement, la fit frissonner.
— Ne sois pas pressée, mi amor…
Sa voix était basse, maîtrisée, mais chargée de promesses. Ses doigts retrouvèrent son intimité. L’un d’eux s’insinua doucement, pendant que son pouce dessinait des cercles précis, insistants, là où elle était déjà trop sensible. Alexie se mit à bouger le bassin sans même s’en rendre compte. Son corps suivait le rythme, répondait à la moindre pression, à la moindre variation.
C’était plus fort qu’elle.
Un râle rauque s’échappa de ses lèvres, une plainte à peine retenue, une demande muette de plus. Il n’en fallut pas davantage à Javier. Il avait atteint ce point précis où l’on ne recule plus. Il la regarda droit dans les yeux. Il se positionna entre ses jambes, lentement, comme pour graver l’instant, et entra en elle avec une retenue presque douloureuse.
Mon Dieu… elle était si étroite.
Il avança encore, centimètre après centimètre, savourant la tension, la résistance, l’accueil brûlant de son corps. Alexie souleva légèrement le bassin, l’invitant à entrer plus loin. C’en fut trop. Il la pénétra entièrement, et le mouvement qu’il amorça alors fut instinctif, profond, maîtrisé.
Alexie suivait chacun de ses va-et-vient, se cambrait, tentait de le retenir plus profondément encore, comme si son corps cherchait à l’engloutir tout entier. Le bassin de Javier effleurait à chaque mouvement son bouton gonflé et sensible, à fleur de peau.
Ils s’ancraient l’un à l’autre, sans distance, sans retenue, portés par un rythme commun, presque animal. Puis, dans un dernier mouvement, plus appuyé, plus précis, ils basculèrent ensemble. L’orgasme les traversa d’un seul élan, mêlant leurs corps, , jusqu’à ne plus savoir où l’un finissait et où l’autre commençait.
Le reste se fit sans bruit. La piscine resta immobile. La maison, silencieuse.

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