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Il marchait d'un pas aérien, léger, semblable aux battements d'ailes d'un papillon. On aurait dit qu'il dansait, ses fins cheveux s'agitaient doucement et paraissaient défier la gravité. Il s'arrêta d'un coup, sa peau blanche brillait à la lumière de la lune. Devant lui, se dressait enfin celle qu'il avait longtemps cherchée... La chapelle...
Un bruit le fit tressaillir, ses grands yeux bleus se braquèrent dans la direction. Une chouette, ce n'était qu'une chouette... Il pensa à la déesse Athéna et trouva qu'il s'agissait d'un bon présage. Il ne mourrait peut-être pas ce soir... Il continua néanmoins à observer autour de lui. Et s'ils étaient arrivés avant lui ?
Il essaya de se persuader que non, mais les évènements vécus remontèrent à la surface avec la force d'un torrent. La peur, l'envie, le sang... Ses yeux devinrent liquides, accentuant encore cette impression de plonger dans deux flaques d'eau dès qu'on croisait son regard. Il secoua la tête avec force pour chasser les images et passa sa main dans ses cheveux bouclés. Simplement mais précisement, voilà comment il se coiffait.
L'air était humide, de nombreuses flaques parsemaient le chemin. Il reprit sa marche évitant soigneusement de faire le moindre bruit ou laisser la plus petite trace. Son regard croisa son reflet, la flaque d'eau lui renvoya l'image d'un jeune homme au corps surmoulé, aux mains plutôt petites. Reflet plutôt flatteur, il sourit, il choisissait toujours soigneusement ses vêtements. Serrés pour que ses ennemis n'aient pas le moindre doute sur ses capacités, noirs et bleus pour se fondre dans le décor jusqu'au dernier moment.
La chapelle n'était plus qu'à une centaine de mètres, il lui restait le cimetière à traverser. Souplement, il passa le mur et accroupit slaloma entre les tombes. On aurait dit qu'un papillon Morpho voletait, ayant confondu le clair de lune et le soleil...
Le temps pressait, ils allaient arriver d'un moment à l'autre, s'il n'agissait pas vite tout serait perdu. La Chevêche passa près de lui, le faisant surtauter, et alla se percher au-dessus du clocher. Décidément... Quitte à prendre sa présence pour un présage divin, autant aller le vérifier tout de suite. Il poussa la porte qui s'ouvrit en grinçant, "Évidemment" pensa-t-il. Une chapelle abandonnée au milieu de nulle part, une nuit de pleine lune, la porte ne pouvait que grincer... Au moins, il les entendrait entrer.
La chapelle était en bon état, il ne manquait rien, le temps s'était probablement arrêté en ce lieu. Il repoussa la porte et s'avança jusqu'à l'autel. Où pouvait se trouver cette maudite épée ? Il soupira, si seulement il avait pu voler l'indice ou même le voir... Résoudre l'énigme était un jeu d'enfant, pour le reste, qui avait bien pu cacher une épée dans un tel lieu ?
Il restait planter là, à laisser son regard glisser sur les murs, cherchant une solution qui ne venait pas. Il y avait des taches de couleur partout, du rouge, du vert, du bleu passaient sur son visage et semblaient se plaire sur son grand nez. Les couleurs chassées se réfugiaient dans ses courts cheveux ambrés.
Le vitrail... Il était bizarre... Pas vraiment le genre qu'on trouve dans une chapelle. Personne n'avait d'auréole. D'ailleurs, il y avait des vitraux tout autour, d'énormes vitraux. Et ces taches de couleur... on jurerait qu'elles veulent cacher quelque chose...On distinguait à peine les pierres de l'autel... Il passa la main sur ces dernières et le sentit. Le marquage...
Le cri de la chouette brisa le silence, ils approchaient.
Plus le temps, il devait trouver le mécanisme d'ouverture. Au hasard, il appuya sur une des branches du marquage. Quelque chose passa près de son visage en sifflant, ça s'était joué à deux centimètres, s'il n'avait pas pris un peu de recul pour mieux voir, s'il n'avait pas été aussi grand il serait mort... Pas le bon... La panique le gagnait petit à petit. S'il ne trouvait pas cette épée... Encore une fois les images lui sautèrent aux yeux.
Eux, eux qui investissent les lieux et les siens qui périssent...
Les portes qui claquent contre les murs, les fenêtres qui explosent, les cris des siens, l'odeur du sang, la peur. Il avait eu si peur, il avait survécu, impossible de bouger, pétrifié, dans le petit bureau, ça l'avait sauvé, lui, pas les siens. Ils n'étaient pas venus jusque-là, pas eut l'idée, pas sentis sa présence. Quand il était ressorti, il avait vu les corps partout et le sang qui coulait encore des blessures. Il n'était en vie que parce qu'il avait fait une bêtise... et qu'il attendait d'être puni. Un autre élève l'avait frappé et il avait répliqué... Trop violemment selon les adultes. Ce n'était pourtant que quelques bleus, un nez cassé et un oeil au beurre noir...
Depuis il détestait ces démons et avait juré leurs pertes. Et l'épée avait refait surface 15ans après comme par miracle, au moment précis où il était là. 15 ans qu'il cherchait leurs traces, 15ans à passer toutes les épreuves et le moment où il y arrive, l'épée est là. L'épée de légende, celle forgée par les dieux, celle qui permet de tuer les démons...
Ils devaient être à 100 mètres... Il devait faire vite...Respirer calmement... Inspirer... Expirer... Toucher la pierre... Sentir un autre motif... Il appuya. Lorsque le clac se fit entendre, il tressaillit. La pierre bascula en arrière en même temps que les portes heurtèrent les murs. Une seconde de silence avant qu'il ne saisisse l'épée. Les portes avaient claqué, les fenêtres volèrent en éclats, les démons entrèrent en hurlant. Immobile au milieu de la chappelle, il attendis. Enfin il dansa, ballet nocturne d'un papillon interompu par des éclairs d'acier... L'odeur du sang et de la peur... Et le silence.
Lorsqu'il parti, la chouette hululait tranquillement. Elle le suivi des yeux un instant et s'envola...

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