2) Le verre de trop

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Un toussotement insistant retentit à sa droite. Alors qu'un sourire invisible lui chatouillait les lèvres, Vanessa tourna nonchalamment la tête vers la femme-camaïeu qui s'était déplacée sur le siège voisin. Elle la parcourut du regard en feignant l'indifférence. Ses yeux sombres, ses joues creusées et son menton fuyant. Le grand décolleté rond qui révélait tout juste la naissance de ses seins et ses épaules maigres. Les clavicules marquées formaient comme un collier et sa petite poitrine semblait ferme et heureuse dans le léger chandail qui lui moulait les os davantage que la chair. Les manches étirées cachaient tout juste les stries de ses poignets mutilés. « Joli minois, convint Vanessa, mais pas franchement séduisante. »

— Merci pour le verre, lança l'inconnue en le vidant cul-sec. Tu m'en offres un deuxième ?

Elle s'avérait moins farouche que les apparences ne le laissaient présager. Néanmoins, Vanessa ne se démonta pas.

— Si ça peut te faire plaisir.

Elle désigna doucement le verre vide de sa proie et la serveuse moribonde le remplit jalousement.

— Tu ne te fais pas prier, dis-moi ! se moqua l'inconnue. T'essayerais pas de me rendre ivre pour abuser de moi, par hasard ?

Vanessa pouffa de rire, en même temps que ses joues s'empourpraient. Pour une croqueuse de femmes, elle s'efforçait de garder une ligne de conduite proche de l'intégrité. Elle n'avait pas coutume de profiter impunément de la faiblesse d'une autre et ne mentait jamais sur la nature des relations qu'elle recherchait. Toutefois, elle savait d'expérience que l'alcool forçait l'honnêteté. Aussi la plaisanterie ferait office de défense.

— Mince, on dirait que je ne vais pas réussir à te saouler ce soir ! Si tu me disais ton nom et qu'on allait s'installer là-bas, au calme, pour discuter un peu ?

Et l'autre de se relever pour lui tendre la main.

— Nelly.

— Enchantée. Vanessa.

Sans plus attendre, la frêle Nelly empoigna leurs deux verres et les porta plus loin, sur une table vacante. Déconcertée par l'impudence insoupçonnée de ce gibier chétif, Vanessa lui emboîta le pas d'un rythme machinal, comme une somnambule qui courrait malgré elle à la poursuite d'un songe prêt à s'évaporer. Sans doute la vodka lui montait-elle à la tête ; elle perdait pied, en proie à une sorte de transe. La suite promettait d'être riche en surprises, et elle s'en délectait.

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