Les leçons essentielles du tueur compulsif
Ceci est mon testament olographe.
Mon nom de naissance ne te dira rien. Je l’ai changé tant de fois. Mais puisqu’il faut le nommer ici, appelle-moi Aileen, Ted, Émile, Elizabeth ou Francis, si cela te plaît. Je suis au crépuscule de ma vie. Bientôt il ne restera plus qu’os et poussière ; ainsi que mon héritage, puisque, cher lecteur, tu tiens ce manuscrit entre tes mains.
Je lègue ci-après, les règles essentielles à respecter, si, comme moi, tu veux devenir un tueur compulsif.
Mon premier commandement est de ne point adorer autre personne que soi, et tu l’aimeras plus que tout. Tu es DIEU. Tu es tout-puissant.
Mon deuxième commandement est d’oublier ton nom. Oublie-le. Ne le prononce jamais, ne l’écris jamais. Trouve un nom d’emprunt.
Ma troisième règle sera de choisir avec soin ton jour de gloire et de le respecter comme une horloge. Tu es DIEU, tu es tout-puissant et lorsque le jour fatidique arrive, il sera craint de tous, aussi prévisible soit-il. Tes adeptes fêteront ce jour en ton honneur.
En quatrième, tu honoreras ton père et ta mère. Tu honoreras ta famille. Sans eux tu n’es rien. N’oublie jamais que tu es leur ange adoré, celui qui ne ferait jamais aucun mal. Et ce, même si tu sais très bien que tu es l’ange de la mort.
En cinquième, tu choisiras avec soin, de façon efficace et réfléchie, la manière dont ton prochain cessera d’exister. Tue promptement si cela te chante. Tue lentement. La mort peut être douce ou violente, mais elle restera silencieuse. Pas un cri, aucun son ne viendra perturber l’environnement dans lequel tu agis.
Mon sixième commandement est de ne commettre aucune impureté. Ne laisse aucune trace de ton acte. La scène du crime doit demeurer aussi neutre qu’avant ton passage : aucune empreinte digitale tu ne laisseras, aucun ADN, sinon celui d’un autre. Tu veilleras à ne laisser aucun déchet, aucune pollution. Tu agis comme un fantôme.
Mon septième est évident. Ne vole pas ta victime. Garde un souvenir de ton crime, un fétiche, si tu y tiens. Mais ne commets pas l’erreur de prendre sa richesse, car elle te perdra.
Mon huitième commandement est logique également. Reste une personne irréprochable. Couvre chacun de tes actes. Ton alibi est ton meilleur allié. Bien évidemment tu as le droit de contourner la vérité, mais à quoi bon vouloir la modifier, si le mensonge te conduit face au mur.
Ma neuvième règle est morale. Mène une vie normale. Celle du bon père de famille, celle de la bonne mère. Celle de l’amant. Enfouis bien tes secrets. Laisse flotter une part de mystère. Ne laisse pas tes émotions te guider, sinon le plaisir que te procure le meurtre.
La dixième et dernière règle, enfin, est la plus essentielle. Ne te mets jamais en situation de t’écarter des neuf précédentes. Car le jour où tu dévies, tu cesses d’être DIEU et tu deviens une proie.

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