Chapitre 37 : La campagne de l'an 5133

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Andrei

4 mai 5133

Arnov a été prise en deux semaines ! L’ennemi n’était clairement pas prêt ! Mes nombreuses relations et leur désapprobation vis-à-vis de Stanislas les ont poussés à faire preuve de bien mauvaise volonté et d’une grande incompétence dans la défense de la ville. C’est donc une cité avec peu de vivres et de moral qui s’est offerte à nous. En trois assauts minutieusement préparés par le marquis de l’est les portes nous fûmes ouvertes. Quelques seigneurs nous ont même rejoints à cette occasion et nous avons reçu, il y a une semaine, mille cinq-cents hommes d’Isgar accompagnés par une cinquantaine de chevaliers et par la totalité de la compagnie de Sviatoslav, désireuse de purger sa terre du roi impie. C’est donc avec presque trente-mille hommes et deux mille cinq-cents chevaliers que nous avançons vers Vanov.

Seul point noir, il semble que Stanislas soit en passe d’arriver à temps pour sauver son principal dépôt. Qu’importe, ses troupes seront épuisées et nous l’engagerons dès que possible. Il ne pourra pas refuser l’affrontement sans quoi nous mettrons le siège devant Vanov et il se verra coupé de ses vivres. Troquer la fatigue contre la faim n’est pas forcément un bon échange. Notre supériorité numérique et la justesse de notre cause feront le reste.

Valentyn ne cesse de prier jour après jour et chaque vampire le suit tant sa dévotion est source d’exemple. Pendant trop longtemps nous avions oublié qu’un chevalier est avant tout un guerrier de Valass. « Sans état de grâce nul ne peut prétendre au triomphe sur terre ni au salut dans les cieux ». Il met véritablement la foi au cœur de chacune de ses actions. Ainsi le souverain d’Isgar ne tarit pas d’éloge sur les prêtres de la compagnie de Sviatoslav : « Ces nobles seigneurs ayant déserté le royaume d’Orania pour qui la foi n’était devenu qu’un instrument de la politique et non l’inverse ».

Valentyn, le marquis et moi ne nous relâchons pas pour autant. Nous préparons la suite de la campagne et la bataille à venir avec le plus grand soin. En effet Stanislas demeure pour l’instant invaincu et, si sa chevalerie n’est composée que de parvenus sans foi ni loi, son infanterie demeure excellente. Il semble avoir oublié jusqu’au premier et plus important précepte de notre Dieu : « Pour Valass que vivent et règnent les vampires ».

Son hérésie est inégalée dans notre histoire et faire d’une armée d’hommes le pilier de son règne de terreur ne saurait rester impuni ! Plus le temps passe moins je regrette ma défection car, comme me l’a assuré Valentyn, « Vous n’avez pas trahi puisque votre loyauté doit aller à Valass avant n’importe quel vampire, fut-il roi ». Les faveurs du Dieu vampire, le génie du marquis et les gros bataillons sont avec nous. Sous peu Alexeï deviendra roi d’Ortov lorsque son père sera châtié et peut-être même d’Orania ! La fin du règne de Stanislas laissera un grand vide et peut-être que dans un élan de sagesse les grands seigneurs appelleront Alexeï sur le trône plutôt que de risquer une guerre civile.

Lazare

Cet hiver fut épuisant et c’est presque avec soulagement que nous apprîmes que la campagne allait reprendre. Au départ nous ne fîmes que reculer devant l’ennemi qui nous surpassait de beaucoup en nombre. Il faut dire que l’hiver et ces absurdes séances d’entrainement avaient affaibli notre armée plus que de raison. Nombre d’entre nous étaient blessés avant même la première passe d’arme et nous n’avions en tout et pour tout que huit-mille hommes valides et sept-cents chevaliers.

Arnov est également tombé bien vite nous faisant encore perdre des effectifs, néanmoins il semble qu’elle ait tenu juste assez pour permettre au roi de venir à notre secours. A peine avions-nous fait notre jonction que les vampires se montrèrent moins agressifs à notre égard. Le seigneur Lev s’enquit de notre situation et, avec mon père, fit de son mieux pour amoindrir notre peine. J’étais plus que ravi de revoir les quelques personnes d’influences qui tenaient à nous et j’eus même l’occasion de discuter quelque peu avec le général mon père. Néanmoins son rang ne me permit que d’échanger quelques banalités plus professionnelles que personnelles et ce pendant tout juste quelques minutes. Ceci-dit je m’en voudrais d’handicaper l’armée de la rédemption en m’accaparant le temps de son chef.

Toujours est-il que le moral est remonté en flèche et nous aurions presque pu être heureux si l’armée ennemie ne campait pas à une lieue d’ici prête à nous attaquer. J’appris durant ma courte entrevue avec mon père que nous allions enfin cesser de reculer et que l’affrontement aurait sans doute lieu demain.

Naturellement j’étais inquiet, nous n’étions pas vingt-mille hommes et deux-mille vampires contre une armée pléthorique et ce, sans compter notre fatigue. Cependant je ne décelai pas une once de tracas dans les yeux de mon interlocuteur :

« Lazare, écoute… Pourquoi as-tu peur ? Tel est notre devoir : de racheter les péchés des hommes, par notre sang s’il le faut ! Toi comme moi avons été formés pour cela. C’est notre mission et notre fierté ! Cependant ne t’en fais pas trop. Le roi est confiant. Il est invaincu et a minutieusement préparé sa bataille. Nous ne serons pas sacrifiés en vain et, en ce qui me concerne, je pense même qu’on a de bonnes chances d’en sortir vivants et couverts de gloire ! »

Je ne savais pas ce que Stanislas préparait mais il était de loin le vampire en qui j’avais le plus confiance et douter de lui m’était inconcevable. En tant qu’officier je fus mis au courant dans l’après-midi du plan qui était convenu mais seulement concernant mon unité aussi n’avais-je aucune idée de la manœuvre globale. Les ordres que je reçus me parurent d’ailleurs étrange mais qu’importe, à la guerre il vaut mieux un mauvais plan suivi à fond qu’un bon discuté et mal appliqué. Sans compter que je n’ai aucune raison de douter de la qualité générale de la stratégie.

Demain je rachèterai mon honneur sur le champ de bataille sous le regard de mon roi !

Lev

Durant toute notre marche vers Vanov je n’ai cessé de m’entretenir avec le souverain sur les questions stratégiques. Plus je passe de temps avec lui plus je décerne un esprit en cours d’aguerrissement. Il n’est pas le plus fin mais est des plus ouvert et apprend très vite. Il faut dire que si la haute noblesse ne l’a pas rejoint, nombre de petits seigneurs se sont précipités à ses côtés. En ce sens la politique de distribution de terres à largement fonctionné.

Force est également de constater que si nombre de chevaliers sont de moindre naissance que nos opposants, ils n’ont rien à leur envier en ce qui concerne les compétences. Bien des seigneurs se sont ainsi largement illustrés à des postes de commandement qu’ils n’auraient jamais pu obtenir sans cette désertion massive de la haute noblesse. Ainsi, à défaut d’avoir des comtes et des ducs à la tête de nos forces, nous avons des barons et simples seigneurs qui ont fait autre chose que sortir du ventre de leur mère pour en arriver là. Certes, cela implique certains problèmes de discipline dus à un manque de légitimité de ces généraux nouvellement promus ; toutefois la stature et la popularité du roi acquises au fil des victoires et des récompenses permettent de souder tous ces vampires.

Cette monté en grade de la petite noblesse a également favorisé l’organisation de l’armée. Des tâches auparavant déléguées aux seigneurs les moins importants, telles que la logistique, la topographie, l’analyse des combats ou encore la reconnaissance sont désormais prises très au sérieux par le haut commandement du fait que beaucoup des promus viennent de ces corps-ci. Les services annexes se sont ainsi beaucoup améliorés. Les rapports des observateurs sont lus et analysés avec plus de sérieux, les reconnaissances sont effectuées de façon rationnelle avec de grandes unités afin d’aveugler l’ennemi en repoussant leurs propres éclaireurs tandis que les cartes sont réalisées avec une plus grande précision grâce aux renseignements demandés aux seigneurs locaux et parfois même aux humains. Cela nous a d’ailleurs permis de découvrir des chemins inconnus jusqu’ici et d’ainsi optimiser nos déplacements nous faisant de ce fait gagner quelques précieuses heures dans notre course pour Vanov..

Pour ma part je ne cesse d’entrainer et d’améliorer autant que possible les conditions de vie des hommes et, grâce à cela, j’ai pu entrer dans l’état-major du roi. Il est toujours accompagné par ses fidèles et multiples conseillers et, aidé par sa passion pour la chose militaire, Stanislas progresse inlassablement dans l’art de la guerre. Il a notamment préparé cette campagne bien plus minutieusement qu’auparavant. Il tient tout particulièrement à ce que la déconvenue survenu l’année dernière où nous avions poursuivis un simple détachement avec toutes nos forces ne se reproduise pas.

C’est dans ces conditions que nous sommes arrivés à Vanov et où j’ai découvert l’armée du grand-duc d’Ortov. De toute évidence ces grands nobles sont bien incapables de gérer une armée et les atrocités qu’ils font subir aux hommes ne sont compensées que par celles qu’infligent les vampires d’en face à leurs propres soldats. Néanmoins jamais je n’avais vu une troupe en si mauvais état sans même avoir combattu. Il est difficile d’être humain dans une armée dirigée par des vampires mais il est encore pire de l’être après une défaite. Invariablement les fantassins deviennent les boucs-émissaires de tous les maux.

Hélas je n’eus pas le temps d’arranger cela et c’est donc avec dix-huit-mille hommes et mille-cinq-cents vampires que nous affronteront l’armée ennemie. Le roi est malgré tout confiant. Demain aura lieu la grande explication entre le monde d’hier dominé par des biens nés fanatisés et le monde de demain qui sera dirigé par les gens d’esprit et qui aura pour horizon la réconciliation entre humains et vampires !

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