Quand le fond est beau, la balade est… ?

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L’onde coule lascive sur les tombes éventrées et tant de poissons tant de petits poissons actifs et bien vivants en bleus lumineux sur la gangue des mortes machines en ors flamboyants sur les trésors invendus et déposés sagement rangés dans une attente qui s’éternise de jolis poissons en pâles transparences dans le jeu des tentacules confiantes des anémones indifférentes au sort qui s’est noué et terminé dans un massacre comme seuls les hommes de bonne volonté savent en créer pour le transformer ensuite en spectacle grandiose où touristes et nostalgiques viendront rêver de mondes disparus et à naître

Elle est belle la guerre sous les tropiques un carnage en représailles dont l’occident ne se vante pas tant et si peu qu’il est l’oublié des programmes scolaires Le mal par le mal Des morts des milliers de morts sept mille dit-on sans compter les dommages collatéraux parce qu’il n’y a pas de véritable guerre sans dommage collatéral genre l’équivalent de trois Pearl Harbor quand la guerre ne fait pas dans la dentelle

L’onde coule lascive sur les richesses englouties ici un tracteur aurait-on attendu un tracteur agricole quand tant d’empilements de tanks et d’avions et de bateaux et d’os rappellent que la vie n’est qu’écharpies mais si la vie est destruction elle est construction aussi et les hommes bâtissent et plantent et sèment et pas que des casernes et des chars et des bombes

Il y a la guerre et l’après la guerre avant la prochaine guerre

De vieux vins invitent au comptoir des coraux dans une onde si douce et caressante qu’on s’y attarderait volontiers ne serait-ce que pour écouter les raies-guitare et s’hypnotiser au ballet gracieux des grands voiliers des profondeurs sous le regard goguenard des requins biens nourris et l’inquiétude des rascasses bariolées que l’on évitera de déranger

Allez viens on va visiter les cockpits étroits les cuisines éteintes et les gogues béants les tourelles immobiles et les camions sans vitre les stocks de bouteilles vides et pleines parfois les engrenages les manomètres les câbles arrachés et les poutrelles intactes et les échelles et des échelles qu’on va descendre et qu’on va grimper tant de mètres en profondeur dans un lagon si clair et joyeux qu’on a envie de plonger lorsqu’on atteint le bout de la passerelle branlante qui ne mène nulle part Allez viens boire un coup le bar est ouvert pour nous et les copains les morts ne diront plus rien et le vieux bouddha qu’un passant a redressé près d’un crâne blanchi nous adressera son sourire bienveillant avec la panse rebondie de ceux qui ont tout vu et tout compris parce que la guerre c’est la guerre mais que tant qu’il y aura des cimetières ouverts où s’écoulent les ondes lascives sur des coraux multicolores il n’y a pas de raison de s’en faire car l’important tout le monde en a conscience est qu’importe où poussent les coraux du moment qu’ils poussent

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