- 19 avril 2020 (Les Juges)
Les Français ne retrouveront “pas tout de suite et probablement pas avant longtemps” leur “vie d’avant” la crise du coronavirus, a averti le Premier Ministre Édouard Philippe, en esquissant les principes d’un déconfinement extrêmement progressif à partir du 11 mai, reposant sur des tests massifs et l’isolement des malades.
Moi : « Bonjour vous deux !
Elle et l’autre : — Bonjour !
Elle : — Quel jour on est ?
Moi : — Dimanche. Hier on était samedi.
Elle : — Ah c’est vrai. Tu vois, Ursula, en temps normal, elle m’aurait sortie de mon juste sommeil à cinq heures du mat’, et on aurait pris la route dans le petit matin glacial vers un trou perdu de l’Artois.
Moi : — OU un coin du Saillant d’Ypres, OU le Cambrésis, OU le nord de la Somme… Tu nous fais une fixette sur l’Artois, ma parole !
Elle : — Bref, on se serait caillées allègrement sur les petites routes…
Moi : — Je me serais gelé les doigts pour prendre mes premières photos…
Elle : — Il faut dire que certaines s’extasient dès qu’il y a un petit peu de givre !
Moi : — Et alors ? Les premiers rayons du soleil matutinal sur une rangée de stèles britanniques qui étincellent par la grâce d’un frimas printanier, c’est beau.
Elle (à voix basse) : — Elle et moi, on cultive pas tout à fait le même sens de l’esthétique…
L’autre : — Je ne comprends pas très bien ce que vous allez voir comme ça.
Moi : — Eh bien, les cimetières militaires datant de la Première Guerre mondiale. Il y en a des centaines dans la région.
L’autre : — Une guerre ? Mais avec qui ?
Elle : — Moi je sais ! Moi je sais ! Je peux lui dire ?
Moi : — Après tous les kilomètres faits ensemble, ce serait dommage que tu ne saches pas ! Allez vas-y, instruis-la…
Elle : — Plusieurs pays se sont frittés grave il y a un peu plus de cent ans. Ça a fait beaucoup de morts.
L’autre : — Quoi ? Déjà une pandémie ?
Moi : — Tout de suite les grands mots ! Madame von Steckrübe, apprenez donc qu’il y a eu d’autres pandémies avant celle que nous connaissons à l’heure actuelle, et ensuite le frittage dont parle Marie-Apolline était juste un peu plus grave.
L’autre : — Mais quels pays étaient concernés ?
Moi : — Eh bien, en Europe, il y a eu la France, le Royaume-Uni, l’Italie, l’Autriche-Hongrie, la Russie… et l’Allemagne.
L’autre : — L’Allemagne ? Qu’est-ce que nous serions allés faire dans un conflit qui devait à peine nous intéresser ?
Elle : — Tu rigoles ? L’Allemagne était impliquée à donf !
L’autre : — Was? Nous sommes un peuple pacifique, nous…
Moi : — Allemagne : principal protagoniste de la Première Guerre mondiale, a déclaré la guerre à peu près à tout ce qui bouge en Europe de l’ouest. C’est un fait.
Elle : — Et surtout, les Allemands ont lâché un paquet de boules puantes sur Ypres, même que ça empeste encore pas mal là-bas.
Moi : — Je t’ai déjà expliqué que ça sent la vache dans la campagne, rien de plus.
Elle : — Non mais les pets de vache, c’est à peine mieux que l’ypérite.
Moi : — Tu exagères, ça n’atteint pas le système neurobiologique.
Elle : — En es-tu bien sûre ? (Un silence s’installe)
Moi : — Et puis l’odeur de l’ypérite rappelle un peu la moutarde, d’où son surnom de gaz moutarde, mais pas tant que ça…
Elle : — Han ! N’empêche, ça doit sentir horrible, la moutarde. Ils n’avaient pas encore inventé les pots catalytiques ?
Moi : — Non, pas vraiment.
L’autre : — Donc il y a eu beaucoup de morts ?
Moi : — Des dizaines de millions.
Elle : — Et aussi les soldats arrêtaient pas de se casser la gueule. D’où leur surnom.
Moi : — Il y a visiblement des notions à revoir. Ou alors c’est moi qui t’ai raconté trop d’inepties.
Elle : — Ah, Ursula, la Première Guerre mondiale… une horreur, tu peux pas imaginer. Les soldats se battaient avec des lance-flammes et des bonbonnes de gaz, des obus… et résultat, ils finissaient braisés et défigurés. Je suppose qu’en plus ils ont tous fini bien fatigués. D’où le wagon-restaurant pour conclure : on devait bien un repas aux généraux.
Moi : — Bon, c’est fini, ces bêtises ?
Elle : — Et puis j’oubliais, les Allemands, c’étaient les méchants de l’histoire !
L’autre : — Pardon ?
Elle : — Les Allemands font toujours tout mieux : gérer la crise, jouer au foot, garder les virus sous contrôle… Ils sont meilleurs aussi en conneries historiques.
L’autre : — C’est pitoyable. Votre frustration nationale ne concerne pas les grandes marques, dont je suis une éminente représentante. Dans le secteur automobile, l’excellence est allemande. Point.
Moi : — Certes, mais les Allemands ont eu leurs ratés. Par exemple, ils ont singulièrement voté en 1933. Je n’ose penser ce que le résultat aurait été avec moins d’intelligence de leur part.
L’autre : — 1933 ? Si j’ai bien compris, ce que vous appelez Première Guerre mondiale était terminé, non ?
Moi : — Oui, c’était fini, mais pas tout à fait. De fait, les Allemands ont voté pour un ancien combattant. Qui en plus a créé Volkswagen !
L’autre : — Et c’est mal, ça ?
Moi : — C’est plutôt tout ce qu’il a fait autour qui est gênant. Ses actes ont mené directement à la Seconde Guerre mondiale.
Elle : — Mais tu ne me parles jamais de cette seconde guerre-là !
Moi : — Si la guerre de 14-18 est la Première, c’est bien qu’il y en a eu après.
Elle : — Non ?… C’est une trilogie ?
L’autre : — En tout cas, la création de Volkswagen, cela me parle un peu plus.
Moi : — Décidément, vos connaissances historiques tiennent sur un bout de pare-brise.
L’autre : — Parce que rien n’existe vraiment en dehors de la voiture, voilà tout !
Moi : — La pandémie actuelle met un peu à mal l’hégémonie de la bagnole, vous savez.
L’autre : — Non, nous sommes de la race des seigneurs. Rien ne viendra nous détrôner.
Moi : — Et vous régnerez pendant mille ans, c’est ça ?
L’autre : — In der Tat. Comment l’avez-vous deviné ?
Moi : — Parce qu’avec ce genre d’affirmation, vos origines parlent… »

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