65 : PS / I love you

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« […] je t’écris ma cinquième lettre et je m’attends à ton cinquième silence. […] Je ne te reverrai pas et je le sais aussi et pourtant, je voudrais qu’on me dise où tu es. Où tu es ? Tu vis et tu ne réponds pas. […] je dirais n’importe quoi pour te parler de moi. Ce n’est pas ton indifférence qui me tourmente, c’est le nom que je lui donne : la rancune, l’oubli. »

Lettre de Rosalie à son amant David (Sami Frey), lue en voix off par Romy Schneider dans le film César et Rosalie (1972), réalisé par Claude Sautet.

Route du port

Saint-Jorioz (74)

le 17 mars 2008

19:52

Je quitte L’Étoile du Lac et me dirige vers ma voiture.

Parce qu’il est bientôt l’heure.

Parce que je m’impatiente…

***

« Ça dépend des latitudes /

Ça dépend d’ton attitude /

C’est cent ans de solitude… » (34)

***

Je fredonne cet air de Lavilliers en compilant mes souvenirs.

J’ai vécu tant d’années avec toi, j’aurais voulu en vivre tant d’autres.

Ce n’est pas moi qui t’ai quittée, tu sais.

Les autres l’ont fait, oui, mais pas moi.

Moi, je revendique encore le droit de te tenir dans mes bras parce que je ne serais jamais parti.

Pas comme Lui, pas comme Rodrigue…

Alors pourquoi ne m’as-tu pas emmené avec toi, Solenn ?

Pourquoi m’as-tu abandonné là ?

***

Buenos-Aires, le 20 juillet 1994

Ma Solenn…

Non, le possessif est de trop, et puis on n’appartient jamais à personne ; on ne s’appartient qu’à soi.

Solenn donc…

Tu vois, je ne sais comment débuter ma lettre. Et pas seulement parce que j’imagine qu’elle restera comme toutes les autres, sans réponse. A quoi bon m’entêter à poursuivre cette correspondance à sens unique, de celles qui se perdent chiffonnées dans les eaux de la Seine…

« Bien fait pour toi ! », c’est ce que tu pourrais dire, et tu aurais mille fois raison. La distance n’était qu’une excuse bidon pour te larguer. Paris, Buenos-Aires ou Nueva-York (35), qu’importe ! J’avais juste peur de nous, de toi, de moi. Peur de ne pas être une épaule assez solide pour te soutenir. Parce que je te sentais flancher, et moi impuissant à lutter contre ça. Contre quoi que ce soit d’ailleurs… C’était plus facile de dire que ma vie était là-bas, et la tienne située à un endroit qui était son exact opposé. Ma carrière de chanteur, ta carrière de comédienne… C’était des prétextes tout ça, c’était ne pas savoir dire « je t’aime », ne pas savoir être là pour toi alors que tu étais en train de te noyer dans ton spleen, je le voyais bien. Mais j’ai été trop lâche…

Je t’ai laissée là, regagner seule les berges de la Seine. Personne ne croyait vraiment qu’un jour, tu remonterais à la surface de ton existence. Mais tu leur as montré, à tous, de quoi tu étais capable. Tu leur as montré, à tous, et surtout à moi.

T’as jamais eu besoin de personne pour mener tes combats. Personnels ou altruistes. Mais moi, je sais rien faire sans toi. Non, sans toi, vivre n’a pas de sens. Et désormais, c’est moi qui ai besoin de toi, pero no lo entiendes (36)

C’est idiot, c’est vrai, on dirait la supplique d’un gosse, d’un adolescent maladroit. C’est ce que je suis quand je te fantasme ou te vois à la télé, dans les magazines… Oui, je connais tout de toi, ton actualité, ce qu’on dit de toi dans les médias. Je te suis partout, comme un chien – je pense à Brel, à son Ne me quitte pas que tu détestes tant –, ou un fan amoureux fou. J’aurais même tant aimé que tu me convies moi aussi à Paris pour y donner ce concert, ce soir-là. Je ferais n’importe quoi pour toi, oui, je ferais tout pour un simple regard ou un sourire de toi. Je me ferais même parisien, tu sais, pour me lover ne serait-ce qu’une seule fois encore dans tes draps. Et pas seulement pour une nuit. Mais j’ai gâché ma chance et tu ne me le pardonnes pas. Ne restent entre nous que mes mots et ton silence…

Sabes, no soy nadie sin tigo, no soy nadie en Buenos-Aires (37). Je suis juste là, à errer dans les Bosques de Palermo, à envier tous les couples que j’y croise, moi qui aimerais tant les arpenter avec toi. L’inspiration paysagère y est française, Paris-Boulogne, alors forcément, ça me ramène à toi… Moi aussi, j’aimerais être un sans-papier, un réfugié entre tes bras, mais tu ne me les ouvres pas, ne me les ouvres plus depuis…

Sabes, no puedo olvidar todos estos momentos compartidos contigo, nuestro dúo, la complicidad Riad, todo lo que me diste, todo lo que has sido y sigue siendo para mí. No, no puedo olvidarte. Perdóname mi amor, perdóname una vez más por ser solo yo… Te quiero… (38)

Rodrigue

(34) : paroles extraites du titre Noir et Blanc, écrit composé et interprété par Bernard Lavilliers.

(35) : New-York.

(36) : mais tu ne l’entends pas…

(37) : Tu sais, je ne suis rien sans toi, je ne suis rien à Buenos-Aires.

(38) : Tu sais, je ne peux pas oublier tous ces moments partagés avec toi, notre duo, la complicité Riyad, tout ce que tu m’as donné, tout ce que tu as été et es encore pour moi. Non, je ne peux pas t’oublier. Pardonne-moi mon amour, pardonne-moi encore une fois de n’être que moi… Je t’aime…

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