HongSon
Le chef HongSon les toisa tour à tour, avec un regard plein de dédain.
C'était également un petit homme, d'un certain âge, le visage buriné par les années passées dans la jungle et son climat typique.
La tête enroulée par un foulard en soie bleu. Sa barbe poivre et sel marquait bien cet âge avancé. Il se mit à arborer une espèce de sourire carnassier quand il posa sur la tête baissée de cette jolie blonde occidentale.
En une fraction de seconde ce sourire s'effaça et tout son visage s'obscurcit.
Il se mit à crier :
- ဒါဆို မင်းက သူလျှိုတွေ၊ အနောက်ခွေးတွေလား။.
Bob et Vanessa sursauterent sous les cris, Kaneda l'observa et fut même surpris de la parfaite synchronisation de leurs épaules.
Bien sûr, ni Vanessa, ni son cameraman ne répondit.
La diarrhée verbale du chef continua à se déverser sur eux dans cette langue inconnue.
Vanessa releva la tête :
- Mais putain ! On ne parle pas votre langue ! WE ARE french press, no ennemies !
Son collègue la regarda en coin en essayant de rester le plus discret possible.
Surpris par ce sursaut d'impertinence, le petit chef se leva, et la saisit par la mâchoire et les joues lui serrant la bouche et rapprocha son visage d'elle. Il parla doucement avec un accent à couper au couteau :
- You must learn respect, blondie whore.
Étreinte par la gêne de la prise, salie par ces mots et sans savoir pourquoi, elle lui lâcha littéralement à la figure : fuck you ! Connard !
Il se releva et lui administra une gifle qui résonna dans toute la pièce.
Bob supplia en levant la tête : please no.
Il prit le revers instantanément, le chef donna trois ordres et le deuxième geôlier releva sans ménagement Bob et le sortit de la pièce.
Vanessa, elle, était tête baissée, rageait en respirant fort.
La voix de HongSon baissa peut être en volume mais, elle se fit plus plus sifflante, menaçante... Le chef semblait tourner dans la pièce, Vanessa ne remarqua pas la fine baguette en bambou qu'il prit soin de se saisir sans s'arrêter de parler.
Il s'arrêta derrière elle.
Il souleva la tunique et baissa le pantalon de Vanessa qui se retrouva à quatre pattes les fesses et le bas du dos à l'air.
Le calvaire commença, par le sifflement de la tige de bambou dans l'air qui se finit dans un claquement qui vient cingler la peau de ces blanches fesses en la zebrant de rouge.
Kaneda sursautait à chaque coup, il tentait de masquer son dégoût pour cette pratique, il n'avait aucune haine pour cette prisonnière. Vanessa,elle se raidissait à l'impact en poussant un cri rauque d'animal blessé chaque fois que le bambou cinglait sa peau.
Des larmes de rage coulaient sur son visage, dents serrées, elle ne voulait rien montrer à son tortionnaire.
Une fois défoulé, HongSon ordonna quelque chose à Kaneda qui accourut pour remettre la tunique sur la peau zébrée de Vanessa et il fit mine de l'aider à se relever. Elle fit un mouvement pour se soustraire en ce contact.
Kaneda était impressionné par le caractère de cette femme. Déjà un prisonnier qui se confronte au chef, il ne l'a vu que très rarement, et là, une femme ! Depuis quand une femme se dresse face à un homme ? Cette blanche que l'on pourrait croire faible et délicate qui regarde le chef dans les yeux et lui résiste ! Quel caractère ! Elle en devint encore plus belle à ses yeux.
En retournant à la cage, il ne comprenait traître mot de ce qu'elle marmonnait presque en boucle : mais quelle conne, mais quelle conne, tu ne peux pas te la fermer de temps en temps...
Une fois retournée dans sa prison, elle ne disait plus rien. S'assoir dignement malgré la brûlure des coups de trique.
Elle attendit que son geôlier tourne les talons.
Enfin seule, elle se mit à pleurer comme une petite fille apeurée.
Elle se coucha en chien de fusil, dans un coin, face à la rivière. Le sommeil ne vint pas de tout de suite.
Elle fixait les ondes du courant à la surface de la rivière, de temps à autre un poisson venait flirter avec celle-ci.
Un peu plus loin des enfants jouent, elle les entend rire.
Assise sur un banc, Vanessa porte son gobelet de café sous le nez pour le humer, elle aime ressentir la chaleur de cette volute cafeinée, des relents de noisette, la douceur de la mousse lactée. Dans les jeux du parc, les enfants jouent et rient en courant au milieu des balançoires, toboggan, le bateau pirate représenté là avec ses cordes, son gouvernail. Les mamans et papas surveillent et discutent entre eux devant les poussettes et vélos stationnés là.
Un chien passe là, serein, suivi par son maître qui est raccroché à lui par une laisse. Sur un des bancs deux étudiants qui n'ont rien trouvé de mieux comme travail à faire s'embrassent passionnément.
Deux vieux pigeons marchent au pas cadencé à la recherche d'un bout de goûter laissé tomber par un des enfants. Plus audacieux, un moineau se rapproche en sautillant de son banc. Il pepie en tournant la tête. Il semble quémander un bout de pain ou mieux de viennoiserie.
Au loin les bruits de la ville résonnent comme une musique de fond. Le soleil perce paisiblement au travers des branchages des platanes plantés là.
Vanessa se laisse réchauffer tranquillement par les rayons solaires au travers de ses vêtements et de ses paupières, la couleur orangée du fond de ses paupières fermées y rajoute un peu de chaleur.
Le moineau très très audacieux semble lui secouer la main posée là. D'abord timidement ensuite avec plus d'insistance. Après avoir pépié, il s'adresse à elle plus prestement :
- Psst psst
Les bruits de la ville se sont tus pour être remplacés par des cris aigus lointains et le bourdonnement de milliers d'insectes et le craquement sourd de branches d'arbres.
Vanessa ouvre les yeux ce n'est pas u moineau c'est un petit asiatique qui la regarde. Elle percute enfin.
Elle n'est pas dans un parc parisien par une belle après-midi d'été. Non, c'est un début de soirée, dans u village perdu dans une jungle asiatique... Elle est dans une cage en bambous.
Le moineau est ce petit geôlier qui a passé tant de temps à la regarder.
Il tend un petit bol en bois et des feuilles.
-ဒီကိုယူပါ၊ မင်းကို သက်သာစေဖို့ ခရင်မ်ပါ။
-Quoi ?
il fait mine de tremper les doigts dans le bol et de les passer sur ses fesses, puis montre les feuilles et fait signe de les déposer au même endroit :
- Crim Crim goud for you.
Il jette des regards furtifs à droite et à gauche, puis revient vers elle en souriant timidement, et hoche de la tête pour l'inciter à utiliser cet onguent lui semble-t-il.
Il se recule et se tourne.
Vanessa récupère le petit bol et se met dans une position la plus pudique possible. Quelle ironie ! Une cage en bambous sans mur plein, placée là au milieu du passage pas très loin de la petite plage qui donne sur la rivière. Quiconque regarde vers la cage, la voit.
Elle soulève doucement le tissu de sa tunique et de son pantalon, car le textile est collé à ses plaies. C'est douloureux, Elle serre les dents en gémissant silencieusement.
Elle trempe ses doigts dans le petit récipient. La crème gélatineuse d'une couleur vert pâle, est agréable au toucher.
Elle dépose ensuite cet onguent sur ses plaies. C'est frais, ça pique... Mais elle s'entête à étaler sur ses fesses et le bas de son dos sans frotter.
Elle applique ensuite les feuilles sans odeur de cette plante inconnue puis repose précautionneusement le tissu sur ce pansement ancestral.
La nuit tombe comme ses paupières sur ses yeux.
Le lendemain, ils furent de nouveau "convoqués" par le chef.
Vanessa s'était levée difficilement, ses plaies se rappelèrent à elle en la réveillant. Heureusement que son petit geôlier lui avait donné cet onguent. Le pansement végétal avait très certainement empêché au tissu de sa tunique de coller aux chairs.
Elle avait passé sa journée dans sa cage, sous l'oeil goguenard des autres gardiens. Elle avait ravalé son orgueil pour ne pas subir d'autres séances de flagellation. C'est en début d'après-midi qu'elle fut extraite de sa cage et amenée chez HongSong.
Elle ne fut pas sollicitée pour commencer.
Le chef s'adresse donc en premier à Bob dans son anglais :
- I want you make video for your countries. They must stop giving weapons that kill the minjis people.
Il pointe Bob, du doigt :
- You ! Camera or journalist ?
Bob répond tout simplement : moi caméraman.
Les ordres ne se sont pas fait attendre et rapidement, nos deux otages se seront retrouvés dans un studio télévision de fortune.
- Qu'est ce qu'on fait ? On joue le jeu ? demanda Bob.
- Je crois que c'est ce qu'il y a de mieux à faire. Ils ne nous demandent pas de répandre un message de haine, apparemment pas de rançon.
- Ok
Et plus bas :
- Vu qu'ils n'ont pas l'air de comprendre le français je glisserai quelques infos l'air de rien... On verra bien.
Bob pris un air inquiet :
- T'es sûre ?
- Oui, sûre.
- Bon... ok.

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