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Naudin avait rapidement obtenu le feu vert de l'Élysée. Ils y arrivèrent dans une voiture banalisée, une Peugeot 508 grise et anonyme.
─ La grille du Coq, observa PJ. Mince alors, nous sommes reçus comme des chefs d'État !
Naudin eut un sourire sans joie.
─ C’est pour éviter les médias qui sont toujours à l’affut rue Saint Honoré. Et PJ… du doigté.
Ils furent accueillis par un huissier qui les conduisit vers les appartements privés, dans un petit salon où on leur demanda d’attendre.
Quelques minutes plus tard, une jeune fille arriva, les yeux rouges et gonflés. Elle se moucha bruyamment.
─ Bonjour messieurs, je suis Zoé Lamarche.
Sa voix était cassée par les larmes.
─ Je suis le commissaire divisionnaire Naudin et voici le commandant Malisse qui dirige l’enquête.
PJ s'avança.
─ Mademoiselle, nous sommes désolés de ce qui arrive à votre famille et nous faisons tout notre possible pour résoudre cette affaire le plus vite possible.
─ Comment puis-je vous aider ? Je ne suis au courant de rien.
PJ l'invita à s'asseoir, prit place en face d'elle.
─ Vous en savez surement plus que vous ne le pensez. Quand avez-vous vu Robin pour la dernière fois ?
─ Dimanche. Nous avons déjeuné ensemble au café de Flore. Il était en forme et de bonne humeur, ce qui était plutôt inhabituel.
─ Vraiment ?
─ Oui. Depuis l’élection présidentielle il a du mal à supporter les contraintes que l’on nous impose en termes de sécurité et de restrictions de liberté.
─ Il vous a quitté à quelle heure ?
─ Vers 15 heures, il n’avait pas l’air pressé.
PJ laissa passer un silence, puis :
─ Il se drogue ?
Zoé sursauta et rougit.
─ Alors ? Vous aussi, peut-être ?
Elle se redressa, furieuse.
─ Je vous interdis, je n’ai jamais touché à la drogue, je ne fume même pas !
─ Et Robin ?
─ Il fume de l’herbe.
─ Et ?
─ C’est tout.
PJ se pencha en avant, son regard dur planté dans celui de Zoé.
─ Vous me prenez pour un imbécile ? Vous voulez que je vous convoque en salle d’interrogatoire ? Ou que je vous mette en garde à vue ?
Zoé pâlit.
─ Je ne vous permets pas !
─ Vous vous croyez à l’abri ? Papa va vous protéger ?
Le commissaire fit les gros yeux à PJ qui reprit :
─ Alors, cocaïne ?
─ Rarement, à ma connaissance.
─ Héroïne ?
─ Non jamais. Ça, j'en suis sûre.
─ Bien. Un fonctionnaire viendra prendre votre déposition. Vous lui donnerez les noms et adresses des petites amies les plus récentes de votre frère. Et si quelque chose vous revient, même le détail le plus insignifiant, faites-nous signe. Un nom, un lieu, une conversation. Tout peut être important
Zoé hocha la tête, soulagée que l'interrogatoire soit terminé.
De retour dans la voiture, Naudin se tourna vers PJ.
─ Dis donc, tu as fait fort !
─ C’était nécessaire. Je te laisse, je vais voir si la perquisition chez le fiston a donné quelque chose.

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