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Héloïse fit entrer l’homme et referma la porte. Elle l’introduisit dans le salon, le fit asseoir dans un fauteuil.
Elle s'installa en face de lui et attendit sans un mot. Elle avait décidé de le laisser parler en premier.
L'homme posa son attaché-case à ses pieds et croisa les mains.
— Mademoiselle, sachez d’abord, comme vous l’avez probablement compris, que je fais partie d’un service rattaché au premier ministre, créé à la demande du président.
Il marqua une pause.
— Personne ne connait son existence. Nous n'avons pas de nom officiel et nous n'existons pas administrativement. Mais la situation actuelle exige que je vous mette au courant.
Héloïse l'écoutait attentivement, tous ses sens en alerte.
— Je vous fais un bref résumé de la situation et ensuite je répondrai à vos questions. Mais il est clair que cette conversation n’aura jamais eu lieu.
— Je vous écoute.
— Nous avons la conviction qu’il y a une taupe au sein de l’ANRI ce qui est, vous l’imaginez, très inquiétant pour la sécurité de notre pays. Une taupe qui travaille probablement pour les Russes. Peut-être pour d'autres.
Il se pencha légèrement en avant pour continuer.
— Les effectifs de notre service sont très réduits. Nous utilisons les compétences de hauts fonctionnaires loyaux susceptibles de nous fournir une aide précieuse. Des honorables correspondants, en quelque sorte. C'est le cas de votre père.
— Mais il n’est pas un espion !
— En effet, mais il a une parfaite connaissance du monde diplomatique. Il est en relation avec de nombreux diplomates étrangers et des politiciens de tous pays, ce qui lui permet de recueillir des informations précieuses qui sont analysées par nos services. Tous nos diplomates sont en quelque sorte d’honorables correspondants. Votre père nous a toujours fourni des renseignements de premier choix, surtout quand il était en poste à Moscou. Il y a noué des relations amicales avec des personnages de haut rang avec qui il est toujours resté en contact.
Héloïse serra les poings.
— Venez-en aux faits.
— Votre père était chargé d’une mission très spéciale dimanche soir. Il s’agissait pour lui de participer à une opération de l’ANSE qui avait pour but d’intoxiquer les services russes.
Il sortit un dossier mince de son attaché-case.
— Il devait pour cela retrouver Robin Lamarche à Neuilly et lui donner les informations à communiquer à l’agent russe. Des faux documents, des fausses pistes. Une opération d'intoxication classique.
— Et votre rôle dans cette opération ?
— Votre père travaille pour nous et nous permet d’avoir des renseignements sur les actions de l’ANRI afin de détecter les interventions de la taupe et de l’identifier. Une surveillance de nos propres services, en quelque sorte.
Héloïse se leva brusquement.
— Mais vous ne l’avez pas protégé !
— Notre équipe était sur les lieux mais les Russes ont été plus malins. Ou plutôt... ce n'étaient pas les Russes. Nous pensons que quelqu'un d'autre est intervenu.
Il se leva à son tour.
— Mais nous le recherchons activement et nous comptons aussi sur le commandant Malisse. C'est un excellent enquêteur. Nous ne savons pas si vous êtes vous-même en danger mais nous allons vous protéger discrètement. Vous n’aurez plus affaire à moi mais vous serez surveillée en permanence.
Il lui tendit une carte avec deux numéros écrits à la main.
— Si vous vous sentez en danger faites le 911 sur votre téléphone et si vous avez des informations qui peuvent nous être utiles faites le 33.
Héloïse prit la carte.
— Des informations ? Je risque d’être mise à l’écart de l’enquête !
— Certes, mais nous avons un accès discret à tous les rapports concernant l’affaire, et il n’est pas impossible que vous y retourniez. Le commandant Malisse semble vous faire confiance.
L'homme se dirigea vers la porte.
— Vous devez absolument me faciliter une rencontre discrète avec le commandant Malisse, dans la soirée si possible. Je vous propose de le faire venir ici. Contactez-le. Dites-lui que c'est urgent. Très urgent

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