Chapitre 3

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3 ans plus tôt. Lilly.

  • Pourquoi toujours tout doit être une source de conflits avec toi ? Pourquoi tu ne peux pas comprendre que je suis occupé ? J’ai plein de choses à faire et la principale est de m’occuper de toi. Je le sais, tu le sais. Je t’aime Lily. Je t’aime comme je n'ai jamais aimé avant quelqu’un. Tu es ma priorité dans la vie. Mais je ne peux pas t’apporter ce que tu veux, en permanence, comprends-le s’il te plait, et cesse d’être aussi exigeante. Tu connais ma vie, tu sais que je ne peux pas être tout le temps derrière mon téléphone, tu sais que je ne peux pas être tous les jours avec toi. Et pourtant je le voudrais. Tu le sais. Dû moins, tu devrais le savoir. Tu es la personne qui lit en moi. Tu es en permanence dans ma tête. Arrête d’être si difficile. On se voit demain à la fac.

Après avoir fini son monologue, il s’avance vers moi pour m’embrasser. Je tourne la tête et lui tend ma joue. C’est incroyable l’effet qu’il a sur moi. Cette puissance me fait tellement peur. Ce courant électrique qui me transperce dès qu’il entre en contact avec moi. Sans le voir venir, cet homme a volé mon coeur et tel l'enchanteresse dans Suicide Squad, il peut me manipuler aussi facilement qu'il le souhaite.

  • Si je ne te conviens pas, tu peux me quitter, tu le sais hein ! Non, je t’en prie, ne le fais pas.
  • Je n’ai pas dit ça et tu le sais, je viens de te dire que… Je t’aime bordel.
  • Si tu ne t’en sens pas capable je peux le faire pour toi, l’interrompis-je. Rattrape moi.
  • Ok très bien. Si c’est ce que tu veux, alors c’est terminé. Dis non.
  • Si c’est ce que tu veux, très bien. Dis non.
  • D’accord, me souffla-t-il. Je ne suis pas d’accord, putain, Lil…
  • D’accord, répondis-je, tentant de masquer les larmes dans ma voix. Putain, Julien…
  • Alors, au revoir, Lil. Reste.
  • Adieu, Matt. Pars.

Son visage se décompose. Le mien est-il identique ? Ses bras tombent le long de son coeur. Le bruit sourd qu'ils font en tapant sur ses hanches équivant au son que fait mon coeur en s'écroulant au sole. Je me détourne. Mon coeur rate un battement. C’est une énième dispute, et il ne veut pas comprendre. Il ne peut pas comprendre pourquoi c’est si difficile d’en attendre si peu de la vie. J'aimerais tellement partir loin de tout ça. Non j'en ai besoin. Je veux quitter cette vie minable et prendre ce que je mérite. J'aimerais tellement qu'il rejoigne mon combat, qu'il comprenne pourquoi mes yeux se voilent parfois devant un film.Il faut que je parte le plus loin possible de lui et de son sourire, de son visage, de son odeur qui me colle encore à la peau. Mais qu’est-ce qui me prend. Je veux être nul part ailleurs que dans ses bras. Il va me rattraper de toute façon, n’est-ce pas ? On ne va pas tout arrêter comme ça. Si ?Plus j’avance et plus je réalise qu’il ne le fera pas. Il l'aurait déjà fait s'il devait le faire. Lors de nos dernières disputes il l'avait déjà fait. Bordel. Lassé de ces échanges, il doit sûrement se dire qu'il a assez donné. Je ne pensais pas que l’amour pouvait faire si mal. Je ne respire plus. Qu’est-ce qu’il m’arrive ? Mes jambes ne me portent plus, je ne sais même pas comme je fais pour arriver sur le quai de la gare. Mon coeur percute de pleins fouet la vérité. On vient de se séparer. Habituellement, je ressens ce léger pique en plein coeur après une séparation, qui disparait dans la minute car aucun ne lui arrivait à la cheville. Est-ce normal que je me sentes comme ça ? Comme si… comme si le monde entier venait de s’arrêter, comme s’il venait de disparaître entièrement ? Le bruit assourdissant du métro me prévient de son arrivée. Le vacarme me pousse à quitter mes pensées. J’ai réfléchi, quand je vais sortir des transports, je vais lui dire que je regrette, que ce n’est pas ce que je veux, qu’on a été encore trop fiers et qu’on se déchire pour rien. Que je suis stupide et que je n’entends que ce que je veux entendre, parce que j’ai peur. Peur de ce que je ressens. Je n’ai jamais appris à aimer, parce qu’on m’a enlevé ce droit quand je suis née. Les larmes coulent en silence sur mon visage, mais je m’en rends compte seulement quand elles s’écrasent sur mon pull. Je baisse la tête en espèrant croiser aucun regard. Je ne ressens plus rien à l’intérieur de moi. C’est le néant. En sortant du métro, je tente de le joindre trois fois, il ne répond pas. Je n'insisterais pas. J’arrive devant chez moi, j’ordonne à mon coeur de se taire un peu, pour laisser à mon cerveau un peu d’espace pour nous sauver. J’enfile ce foutu masque que j’ai l’habitude de porter pour cacher ce que je ressens vraiment. Je tourne la clé dans la serrure, maintenant il est l’heure de faire face à ma mère. ________ Deux mois plus tard. Je ne pensais pas qu’un coeur brisé pouvait signifier la fin d’une vie. Le réveil sonne, mais cela fait déjà... quoi ? Quatre semaines que je suis réveillée ? J’attends près de mon téléphone que son nom s’affiche. Pourquoi m’a-t-il quitté ? Pourquoi ai-je, par fierté, laissé faire ? Les souvenirs affluent. Mon coeur se serre. Les larmes menacent de s’écraser à nouveau sur mes joues et il n’est que 8h. Enfin, je crois. Je ne sais même plus lorsqu’il fait jour ou nuit. Je suis enfouie dans mon lit, avec comme seule protection, ma couverture. Nous étions les plus heureux du monde. Nous avions un lien que personne ne voyait, ne pouvait déceler. C’était mon plus beau secret. Les heures que nous passions sous la lune à parler, à rigoler, me semblent si loin. Je ne sais même plus si je pourrais à nouveau rire. C’était tellement différent. Parfois il suffisait d’un regard pour se comprendre, il voyait dans mes yeux ce que les autres ne comprenaient que dans mes mots. Parfois sa main attrapait la mienne car il entendait la tempête gronder à l'interieur de moi. Tel un paratonnerre, ses doigts contenaient entre ses phalanges, les foudres de mon orage, et faisait revenir le soleil. Je pouvais tout faire, tout dire avec lui. Il était ma maison. Et ce lien se ressentait dans tous les plans de notre vie. Je n’ai jamais autant joui de ma vie. Il m'avait appris par coeur et en le laissant faire, je n'ai pas réalisé que je lui offrais le mien. Désormais, lorsque nous nous croisons en classe, je sens bien qu’il est malheureux, qu’il se force à ne plus me regarder, à ne pas me parler. Pour exemple, la dernière fois, notre prof d'éco nous a demandé de venir devant la classe et de s'affronter pour un duel de questions/réponses afin de nous entrainer pour le bac. Son regard voilé, se perdait au dessus de ma tête, comme si j'étais invisible. Mais je sais qu’il meurt intérieurement avec moi. Alors à quoi bon ? Si nous ne sommes pas heureux, tous les deux, c’est que ce n’était pas la bonne décision. N’est-ce pas ? Ces questions me rendent folle. Je ne peux pas vivre ça une nouvelle journée. Je n’arrive pas à sortir du lit. Ma tristesse m’emprisonne. Ses bras m'étreignent et je ne parviens pas à m'en défaire. Pour la première fois, je suis prisonnière de mes sentiments. Il n’y a que dans mes rêves que je suis heureuse. Une autre fin se profile. Enfin, c’est le cas seulement lorsque mon esprit ne me ramène pas à ce moment… Pourquoi ai-je accepté par fierté…Mon téléphone sonne. J’ai un faible espoir de voir son nom, même si je sais au fond de moi que ce sera probablement la situaiton la plus improbable. Tout autant que si le voisin me tenait la porte d'entrée en partant le matin. Probabilité : zéro. Je tend la main pour lire le message de ma meilleure amie, Menya. Je ne perds pas au change… Mais mes bras sont tellement lourds, je ne peux pas lui répondre. Elle ne parvient pas à comprendre comment ce garçon a pu me plonger dans un si profond puit de tristesse, alors avec elle aussi, je dois garder ce masque. Le jour où son coeur flanchera à son tour, je sais qu'elle comprendra. J'ai l'impression chaque matin d'avoir une seconde pour prendre une seule bouffée d'air qui me permettra de survivre la journée entière. Plongée dans le noir, je lutte contre le sommeil. Elle doit sûrement vouloir savoir pourquoi je ne suis toujours pas en bas de chez elle, pour aller à l’école. Nos autres amis m’envoient des messages pour me dire que peu importe ce que je ressens, au moins, je ressens, que je finirais par trouver à nouveau quelqu’un, qu'il ne me méritait pas. Nous sommes d’accord sur la partie ressentiment. Mais si on pouvait me faire une lobotomie, j’apprécierais grandement… Enfin… Non, je crois que je préfère ne rien oublier. Je ne veux pas l’oublier. Je prefererais souffrir un siècle entier, plutôt que d'oublier le goût de ses lèvres, d'effacer de mon souvenir la chaleur de sa peau sous ma bouche, de ne plus pouvoir me rappeler la beauté de son sourire. Alors, si on pouvait juste faire un retour dans le passé, me mettre une claque et me dire d’arrêter d’être si impatiente avec lui. Si on pouvait me donner l’occasion de me rattraper avant qu’il ne soit trop tard…J’entends sonner à la porte. Je sais que c’est ma meilleure amie. Que quelqu’un lui dise que je suis malade. Malade d’amour. Depuis le départ et le silence de Julien, j’ai perdu 8 kilos. Mes os se voient même sur ma cage thoracique. Je l'ai vu sur une photo où, posée sur un banc dans un parc, je pose en rigolant. Ce sourire est tellement faux que si c'était une contrefation de sac, je me ferais arreter dans la minute par des policiers. Ma mère ne s’inquiète pas, je suis plus belle comme ça, selon elle. L’ignorance est vraiment la pire des tortures. Le fait qu’il ne s’adresse à moi que quand il en est vraiment obligé, qu’il regarde derrière moi comme si j’étais invisible quand il se retrouve face à moi, me détruit au plus profond de moi. Je suis prête à tout pour qu’il me revienne, alors que j’ai toujours haî les personnes utilisant la manipulation pour retenir quelqu’un. Je suis en train de devenir ce que j’ai toujours critiqué. Ça doit être sûrement être une leçon de la vie, pour avoir brisé des coeurs et de ne pas avoir assez l’esprit ouvert, de ne pas avoir réalisé avant que ce soit mon tour que l'amour est bien plus puissant que ce que je pouvais imaginer…Qu’on me pardonne. Qu’on cesse de me tuer…

  • Pitié… Peu importe qui vous êtes là-haut à bien vous moquer de moi… Arrêtez-ça… Dites moi, ce que vous voulez, et je le ferais. Je sais que je dois être forte, vous savez que je le suis. Pourquoi me rendre si faible pour un homme hein ? Je sais bien… Sûrement qu’il n’était pas le bon et que vous faites ça pour me protéger… Mais pourquoi ai-je si mal ? Quelle est la leçon là-dedans… ?

Putain, c'était le signal pour que les larmes s'échappent...
_______________Six mois plus tard.J’ai tout essayé. J’ai supplié, j’ai donné de mon temps où je pouvais pour le maintenir loin de mon esprit. J’ai sauvé des couples, écouté des amis, mais on ne m’a toujours pas rendu Julien. J’ai fini par coupé les ponts avec mes amis en commun avec lui, et pour ceux qui m’étaient indispensables, je leur ai fait coupé les ponts avec lui. Le temps passe mais je ne guéris pas. Bientôt un an. J’ai rencontré des hommes. Ils sont comme lui. Ils sont à l’opposé de ce qu’il est. J’ai essayé d’aimer, mais je ne ressens rien. Mon coeur ne se résume plus qu’à pomper mon sang. Je sors avec mes amis, je pleure devant des films ou sous la douche, pour que personne ne s’inquiète. Je promets que je suis guérie. Je rigole plus fort. En soirée, j’enchaîne verre sur verre, parce que ça me fait rire et dormir. Pour une fille qui n’a jamais bu, ça en a surpris plus d’un, mais personne n’a rien dit. Le sommeil me manquait. Mais rien ne me manque plus que lui. À chaque fois que je rentre, je m’effondre. Ma vision se brouille à cause de larmes. Je laisse la voiture rouler jusqu’à la maison. On ne m’avait jamais prévenu que ça faisait si mal. Si j'avais su, je n’aurais jamais pris le risque d’aimer. Les risques n’en valent pas la peine. Je ne suis plus que l’ombre de moi-même. Je me déteste. Je le déteste pour m’avoir rendu comme ça. Il y a quelques semaines, je l’ai croisé dans les couloirs. Ses doigts ont attrapé les miens. Le contact n’a duré qu’un instant mais il a remis en marche la machine à l’intérieur de moi qui s’était éteinte. Je suis revenue à la vie pendant une seconde. Durant les jours suivants, comme une droguée, je l’ai cherché en vain. Pour qu’il me retrouve finalement, il y a une semaine, devant chez moi. Nous n’avons pas parlé, mais nos bouches ont trouvé une autre utilité. Ses baisers se faisaient intenses. Sa langue franchissait la barrière de mes lèvres pour retrouver la mienne. Tout mon corps se réanimait. Je sentais son coeur battre sous ma main. Il était si bruyant qu'il masquait le bruit de la ville. J’en voulais encore plus. Je devais remplir ces réservoirs qui se sont asséchés pendant son absence. Son corps se collait au mien. Son désir était palpable. Il redevenait à moi. Ma moitié, mon âme, ma maison. Tel un film en noir et blanc, je traversais l'année 1967 pour revenir en couleurs. Il s’est amusé de ces aller-retour entre présence et absence. J’ai fini par protéger mon coeur de ce petit jeu. J’ai fini par habituer mon cerveau à recevoir sa dose d’ocytocine une fois de temps en temps. J’ai fini par me laisser mourir, abandonner le combat de l’amour. J’ai fini par postuler dans une école, le plus loin possible de lui, le jour où, face à ce train, j’ai hésité à sauter. ____________3 ans plus tôt.Joan.La porte claque violemment contre le mur. Stéphanie tente de me retenir, mais je ne m’arrêterais pas avant de l’avoir tué, à nouveau, ou alors je vais l’envoyer dans un autre monde, où ses petits jeux en amuseront plus d’un. Pourquoi as-tu fait ça ?

  • Pourquoi ai-je fais quoi ? Brisé le petit coeur de ta petite copine ?
  • Qu… Quoi ? Réponds à la question William ! Tu n’avais pas le droit ! Nous en avions discuté. Elle était bonne pour lui, elle allait lui donner des opportunités de vie, elle.
  • Je sais. Mais il s’est avéré que dans le plan de sa vie, si Lilly le quittait, il apprendrait une plus belle leçon : savoir laisser partir la personne que l’on aime lorsque l’on n’est pas à la hauteur. Elle allait se tuer à essayer de le sauver.
  • Elle aurait réussi à le sauver.
  • Tu n’en sais rien, et à quel prix Joan ? Réfléchis donc. Tu ne vois rien, rien et encore rien quand il s’agit d’elle. Tu n’as même pas encore réalisé à quelle point elle devenait dépendante de lui, à force de la laisser se jeter à corps perdu dans cette histoire. Il n'était pas à sa hauteur. Il allait la tenir en bas, et elle allait y rester parce qu'elle l'aime. Et je parle pas de cet amour de gamin, je parle du grand amour. Elle aurait donné sa vie pour lui. Cette voie n'est pas envisageable.
  • Elle avait le droit de vivre ça, pour une fois. Elle méritait d’être heureuse… Regarde la, c'est un fantôme.
  • Mais à quel prix, encore une fois Joan ? Tu ne peux pas la pousser vers quelque chose qui n’est pas bon pour elle, et tu le sais. Je ne sais même pas pourquoi tu voulais à tout prix qu’elle finisse sa vie avec. C’est parce qu’elle aurait été prise donc tu n’aurais plus été tenté par elle, c’est ça ? Au détriment de son bonheur ? Tu étais incapable de la regarder quand elle était avec lui. Et je t’ai même entendu hurler de rage la dernière fois qu’ils ont couché ensemble et que tu l’as entendu jouir en prononcant son nom à lui. Tu es en train de faire n’importe quoi… Ressaisis-toi, et rapidement ! Tu es en train d’enfreindre la première règle, et je suis en train de te sauver le cul.

Il a tord, de quoi il me parle là ? D’amour ? Il m’insulte à me penser si faible pour aimer une humaine.

  • Je vais te tuer, criais-je en levant le poing,

Je m’attendais à entendre son visage craquer à la suite de mon coup, or mon bras s’immobilise dans les airs. Mon supérieur vient d’intervenir et de sauver William. Il n’y a pas eu discussion. J’ai été exclu sur le champs. J’ai enfreint la première règle. Six mois plus tard, mon procès avait lieu. Ma punition fût de passer dix ans sur Terre, afin de guérir mon coeur. Combattre le mal par le mal comme ils disent. Pendant ces dix années, mes cas ont été redistribués.

Quel bonheur d’apprendre que Lilly a eu comme superviseur, William.

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