Chapitre 12 : Tariq

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A la sortie de Kirkouk, le Defender s’élança à nouveau sur la route rectiligne, direction sud-est. La plaine s’ouvrait à mesure que Marc et Layal avançaient vers Bagdad, dans une alternance morne de collines arides, de villages austères et de check-points stressants.

A moitié somnolent, Marc se revoyait trois jours plus tôt, sur le parvis de la Défense, paniqué à l’idée d’intervenir en public. Maintenant il était en Irak, accompagné d’une ex-militaire dans un 4x4 rempli d’armes, sous une fausse identité… avec peut-être en prime des individus non identifiés à sa poursuite. Etonnamment, il se sentait moins stressé que le jour du colloque.

Après pratiquement deux heures de route sans qu’ils n’aient parlé, Marc sentit un changement dans la conduite de Layal. Elle devenait erratique, un coup ralentissant à l’extrême, un coup accélérant sans aucune raison.

Marc entrouvrit les yeux et tourna légèrement la tête vers la conductrice.

— Ça va ? demanda-t-il, la voix encore pâteuse.

Elle ne répondit pas tout de suite. Ses mains étaient crispées sur le volant, ses yeux allaient sans cesse de la route au rétroviseur, puis aux rétroviseurs latéraux. Elle doubla un camion-citerne bringuebalant et se rabattit juste devant lui, se calant à la même vitesse.

L’asphalte devenait très abîmé sur ce tronçon de route, il fallait éviter d’énormes nids-de-poule, les bas-côtés étaient défoncés.

— Ils sont toujours là, dit-elle enfin. Ils restent à bonne distance, mais ils nous pistent depuis au moins une heure.

— Les mêmes qu’à Kirkouk ?

— Probablement.

A quelques centaines de mètres devant eux, un vieux poids lourd roulait lentement, bien en dessous de la vitesse autorisée.

Layal allait déboiter pour le doubler, mais la voie de gauche était dans un tel état que des blocs bétons de chantier avaient été posés pour en empêcher l’accès.

Ils se retrouvaient coincés entre les deux engins.

— Merde, rumina Layal, regarde sur les bas-côtés.

Marc fronça les sourcils. A droite, puis à gauche, il vit des carcasses de voitures calcinées, disposées de manière un peu trop organisée pour être là par hasard.

Le camion devant eux pila brutalement, Layal écrasa le frein. Elle tenta immédiatement une marche arrière, mais le camion-citerne s’était collé à la voiture, empêchant toute manœuvre.

Au même moment, une détonation brutale claqua, suivie d’un impact violent sur les parois métalliques du Defender.

— Baisse-toi ! cria Layal.

Marc eut à peine le temps de se plaquer contre le tableau de bord, qu’une nouvelle rafale fit voler en mille morceaux le pare-brise et les vitres latérales du 4x4 dont plusieurs éclats lui entaillèrent le front et la joue droite.

Layal, pliée en deux, ouvrit le sac de sport qu’elle avait pris soin de mettre entre les deux sièges, en sortit une Kalachnikov, y inséra un chargeur et l’arma avec maîtrise.

Marc, tétanisé, s’était recroquevillé à genou sous le tableau de bord.

— C’est quoi ça bordel !

— Embuscade ! répondit-elle dans un souffle.

inzilū min es-sayyāra ! cria une voix proche de la voiture.

Layal se redressa à moitié, appuya l’arme sur la tranche de la porte côté conducteur et lâcha une courte rafale à travers la vitre brisée. Les détonations résonnèrent dans l’habitacle du véhicule, Marc prit sa tête entre ses mains.

Des cris fusèrent en retour, puis une nouvelle salve de balles percuta la carrosserie du Defender.

— A mon signal, tu sors et tu montes dans le camion devant, compris ? Cria-t-elle sans le regarder.

— Qu… quoi ?! Mais…

— Marc, écoute-moi ! Quand je te le dis, tu ouvres la portière, tu cours droit devant, tu ne te retournes pas, tu ne réfléchis pas.

Layal prit fermement son arme, s’apprêtant à tirer sur les assaillants, lorsqu’une violente explosion éclata à quelques mètres, projetant de la poussière et des éclats d’asphalte contre le Defender. Le moteur cala dans un râle lugubre.

Comme s’il visionnait une scène de film au ralenti, Marc, un sifflement intense dans les oreilles, vit Layal fouiller à nouveau dans le sac de sport pour en sortir deux grenades. Il regarda ses lèvres bouger sans comprendre ce qu'elle disait .

Elle les dégoupilla, attendit deux secondes, puis lança un explosif de son côté et un autre au travers du pare-brise vers le côté droit de la voiture.

Les explosions furent assourdissantes. Un souffle balaya l’habitacle, suivi d’une projection de débris. Les tirs s’étaient tus.

— Maintenant ! hurla Layal en ouvrant la portière.

Marc resta figé, comme si son cerveau n’était plus en capacité de commander les muscles de son corps.

— Marc, MAINTENANT !

Il se jeta hors du Defender. Le bitume lui râpa les paumes et les genoux lorsqu’il chuta, il se releva difficilement en titubant. Sur sa gauche il voyait Layal, l’arme à hauteur de sa tête, mettre en joue un homme qui peinait à se relever.

— Layal, je …

— Mais dépêche-toi bon sang !

Marc se dirigea en titubant sur le côté du véhicule. Un des hommes armés gisait au sol, la jambe gauche et une partie du torse carbonisés, certainement par la grenade lancée par Layal.

Au bord de la nausée, Marc enjamba le cadavre pour atteindre la porte du camion.

Elle était restée ouverte.

Mais au moment où il allait monter, la portière se referma brutalement dans un claquement métallique, projetée d’un coup de pied par un homme caché derrière. Il se tenait droit, le visage dissimulé par un keffieh sombre, le canon de son arme pointé sur lui.

Le temps sembla s’arrêter, Marc se figea, incapable du moindre mouvement.

Un coup de feu claqua.

Le combattant fut projeté en arrière, son corps heurtant le capot du véhicule avant de s’effondrer sur le bas-côté.

Marc tourna la tête, hagard, et vit au moins trois hommes en treillis beige et noir surgir sur les côtés du camion-citerne, ouvrant le feu sur ceux qui venaient de leur tendre l’embuscade.

— Monte !

Layal était sur le siège conducteur. Sans rien comprendre à ce qui se passait Marc lui obéit tel un pantin télécommandé.

Le camion s’arracha de la zone de combat dans un nuage de poussière et de fumée d’échappement.

Dans le rétroviseur, Marc vit les hommes en treillis beige, armes en main, les regarder s’éloigner. Il leur faudrait du temps pour dégager la zone de l’embuscade et se remettre à leur poursuite.

Pendant de longues minutes, personne ne parla. Marc tremblait. Il porta une main à son visage, la retira couverte de sang. Son souffle était court, haché.

Machinalement, il fouilla dans le vide poche de la portière, puis dans la boite à gant. Il y trouva un tas de vieux chiffons crasseux qu’il saisit nerveusement. Il tenta d’essuyer les coulures de sang sur son visage puis sur sa veste.

Layal posa sa main sur le genou de Marc et s’adressa à lui sur un ton posé, presque doux :

— Laisse, ça ne sert à rien, ça ne partira pas.

Il se tourna vers elle. Son visage était dur, concentré, elle scrutait encore régulièrement la route derrière eux.

— C’était qui ? lui demanda-t-il d’une voix tremblante.

— Lesquels ?

— Ceux en treillis beige.

Layal retira sa main de la jambe de Marc.

— Certainement les mêmes qui nous suivent depuis Kirkouk.

— Mais pourquoi est-ce qu’ils nous ont aidé ?

— Ça, c’est la bonne question. J’ai des hypothèses, mais elles ne sont pas plus rassurantes les unes que les autres. Dans tous les cas, une chose est certaine, c’est qu’ils savent qui tu es, et s’ils ne nous ont pas encore tué, c’est qu’ils ont besoin de toi vivant.

— C’est plutôt une bonne nouvelle alors.

— Non pas vraiment. Tu connais la fable de l’oiseau, de la vache et du renard ?

— Non, mais je t’avoue que je n’ai aucune envie d’entendre une fable, là.

— La morale c’est que ceux qui te sortent de la merde ne sont pas forcément tes amis.

— C’est bien beau ta morale, mais ça ne répond pas à ma question : c’est qui ces types ?

Layal resta silencieuse quelques secondes, les mains fermes sur le volant. Le camion filait à vive allure sur la route déserte, avalant les kilomètres dans un grondement continu.

— Je ne sais pas exactement qui ils sont, avoua-t-elle. Dans tous les cas, ce ne sont pas des amateurs, ni des pillards, ni des types qui improvisent une embuscade avec trois carcasses brûlées et un camion pourri.

Le silence retomba, seulement troublé par les vibrations du moteur.

— Tu dis qu’ils ont besoin de moi, reprit Marc. Besoin de moi pour quoi ?

— Si je le savais… Tariq t’en parlera, je pense qu’il a son idée là-dessus, mais il ne m’a rien dit. C’est en relation avec ce qu’il a découvert sur le site de l’ancienne Eridu. Il a longuement réfléchi avant de prendre le risque de te faire venir, il savait les dangers qu’il te faisait courir. Et c’est pour ça qu’il m’a demandé de t’accompagner.

Marc fixa le pare-brise fissuré, derrière lequel le paysage défilait, plat et aride.

La route étant à nouveau en bon état, Layal accéléra encore, plongeant droit vers le sud.

Vers Bagdad.

La nuit était tombée lorsqu’ils atteignirent les faubourgs nord de la ville.

Layal avait fini par abandonner le camion sur un terrain vague à la lisière d’un quartier industriel.

— On continue à pied, on prendra un taxi collectif dès que l’on en verra un.

— Tu as un peu d’argent ?

— Oui, j’ai pris tes papiers aussi. Tiens, prends-les.

Marc hocha la tête sans discuter en saisissant le passeport, la pièce d’identité et la carte de presse qu’il mit dans la poche intérieure de sa veste.

Ils marchèrent une quinzaine de minutes le long d’une rue mal éclairée jusqu’à atteindre une avenue sur laquelle ils trouvèrent une station de taxi improvisée devant une épicerie encore ouverte. Il y avait une enfilade de vieilles voitures et de minibus cabossés. Les chauffeurs, accroupis près des portières ouvertes, cigarettes aux lèvres, attendaient leur tour pour prendre les clients.

Layal échangea quelques mots rapides en arabe avec un des chauffeurs dont le véhicule était sur le point de partir. Celui-ci les dévisagea, insistant un peu sur Marc, puis acquiesça.

Ils montèrent à l’arrière du minibus, coincés entre un homme corpulent à la barbe hirsute, et une femme voilée tenant un enfant endormi contre elle. L’habitacle poussiéreux sentait le tabac brun. Layal n’avait pas claqué la portière que le taxi parti en trombe.

Marc contemplait les lumières diffuses du centre-ville de Bagdad au loin, l’alignement de bâtiments bas de chaque côté de l’avenue, certains murs encore criblés d’impact. Paradoxalement, il voyait également des chantiers d’immeubles neufs, une vie nocturne active et sereine, presque normale. Depuis l’arrivée au pouvoir de Mohammed Shia al-Soudani, des travaux importants de reconstruction étaient engagés et la ville semblait sécurisée.

— On est dans le quartier Chiite, dit-il tout haut sans attendre de réponse, pourtant ça a l’air calme.

— La vie quotidienne est globalement tranquille depuis plusieurs années, il n’y a plus de combats réguliers entre chiites et sunnites. Même s’il n’est pas question de se mélanger, chacun reste dans son quartier.

— Layal, j’ai une question.

— Oui ?

— Je t’ai vu mettre un homme en joue en sortant de la voiture dans l’embuscade. Tu l’as tué ?

Layal regardait dans le vide au travers la vitre du taxi, elle prit quelques secondes avant de répondre.

— Oui.

— Ça t’est déjà arrivé je suppose ?

— Oui, c’est mon métier… du moins ça l’a été.

— Tu n’as pas l’air plus perturbée que ça. Moi c’est la première fois de ma vie que je vois un homme mourir sous mes yeux, et j’ai du mal à encaisser.

— Détrompe-toi si tu crois que je passe des nuits tranquilles. C’est loin d’être le cas. On ne s’y fait jamais et ça laisse des séquelles. Mais c’était eux, ou nous. Et je préfère que ce soit eux.

Le silence s’installa dans l’habitacle, chacun dans ses pensées. Le taxi se dirigeait vers le centre-ville, slalomant entre les vieilles mobylettes, les piétons et les autres voitures, à coup de klaxon.

Layal s’adressa soudain au chauffeur d’une voix autoritaire :

waqif hna !

Le taxi fit une embardée sur la droite et stoppa net sa course le long du trottoir. Elle échangea quelques mots avec le chauffeur, des billets changèrent de mains, et ils sortirent tous les deux du véhicule.

— On va où, maintenant ?

Layal se mit en marche.

— Chez Tariq.

Ils s’enfoncèrent pendant quelques minutes dans un dédale de rues étroites et sombres, puis s’arrêtèrent devant la porte d’un petit immeuble miteux, coincée entre deux boutiques aux rideaux de fer baissés.

Elle n’était pas fermée. Layal la poussa et ils s’engagèrent dans le couloir d’entrée. Elle enclencha la minuterie, une ampoule nue et jaune s’alluma au plafond éclairant la peinture ocre et écaillée des murs. Le carrelage au sol n’était plus qu’un souvenir épars.

Il n’y avait aucun bruit, pas même derrière les deux portes d’appartement situées de chaque côté du couloir.

Layal s’engagea prudemment dans l’escalier menant à l’étage et se posta devant la porte de droite. Elle frappa trois coups brefs.

La porte s’ouvrit presque aussitôt, comme si quelqu’un attendait derrière depuis longtemps.

L’homme qui leur faisait face était grand et sec, habillé d’un jean bleu et d’un t-shirt blanc ajusté à son corps qui semblait taillé dans un bloc de bois dur. Agé d’une soixante d’années, sa peau, sombre et rugueuse, était tannée par le soleil. Des rides profondes parcouraient son visage doté d’une barbe poivre et sel soigneusement entretenue, à l’instar de ses cheveux, coupés courts. Ses yeux marrons très clair accrochaient le regard malgré la pénombre du couloir.

Tariq.

Il resta immobile une fraction de seconde, détaillant Marc de haut en bas : le visage couvert de traces de sang séché, les vêtements salis et les mains encore tremblantes. Puis son regard glissa vers Layal, s’attarda un instant sur elle.

— Tu as fait attention à ne pas être suivie ?

— A ton avis ? rétorqua-t-elle.

— Entrez, dit-il simplement.

Sa voix était grave, posée, même un peu rude au goût de Marc qui fût surpris par la froideur de l’accueil.

Tariq recula pour les laisser passer, referma la porte derrière eux et verrouilla sans un mot. L’appartement n’était pas très grand. La pièce principale, plutôt sombre, était meublée d’une imposante bibliothèque débordant de livres en désordre et d’une longue table encombrée de dossiers, de cartes et de notes manuscrites .

Tariq les rejoint dans la pièce.

— Vous êtes en retard, lança-t-il d’un ton neutre.

Marc esquissa un sourire nerveux, aussitôt rattrapé par une grimace de douleur.

— Content de te voir aussi, répondit-il.

Pendant un instant, aucun des deux ne parla. Ils se regardèrent comme pour s’imprégner de la présence de l’autre, comme pour reformer le lien. Puis Tariq posa brusquement une main sur l’épaule de Marc, la serra avec force ;

— Tu as mauvaise mine, dit-il en esquissant un sourire.

— Toi, tu n’as pas changé, sauf tes cheveux qui ont blanchis.

— Assieds-toi, je reviens.

Marc obéit sans discuter. La fatigue l’envahissait d’un coup, écrasante. Layal restait debout, adossée à la bibliothèque, observant la scène en silence.

Tariq revint avec une trousse de premiers secours, s’assit sur une chaise devant Marc et entreprit de nettoyer les plaies de son visage avec des gestes assurés et précis.

— Qu’est ce qui s’est passé pour que vous arriviez dans cet état ?

Marc se tourna vers Layal :

— Je te laisse raconter ?

Layal hocha la tête et expliqua à Tariq sans rien omettre de leur traversée, la voiture qui les avait suivis jusqu’à Kirkouk, l’embuscade, les hommes en treillis beige comme si elle rédigeait un rapport d’intervention.

Après quelques secondes de silence, Tariq posa les compresses et le sparadraps qu’il avait encore dans les mains, puis se leva :

— Tout cela confirme mes craintes, nous ne sommes pas les seuls à chercher.

— Tariq, il va falloir que tu te décides à m’expliquer ce qui se passe. Ta découverte de la partie haute de la tablette de Nippur est exceptionnelle, mais ça n’en reste pas moins qu’une tablette. Tu as des problèmes avec des pilleurs de tombe ? Des trafiquants ?

Tariq se posta devant Marc de toute sa hauteur, et lui répondit d’une voix grave :

— Non, ce ne sont pas des trafiquants, et ce que j’ai sorti des ruines d’Eridu est bien plus qu’une simple tablette.

Il contourna la table, écarta quelques papiers et cartes pour découvrir un objet rectangulaire recouvert d’un tissu épais qu’il déplia.

— Viens voir.

Marc se leva pesamment et rejoint Tariq, qui s’écarta légèrement afin qu’il puisse regarder l’objet.

Le fragment de tablette tenait sans peine dans les deux mains. C’était une plaque d’argile ocre d’une quinzaine de centimètres côté et deux d’épaisseur, cuite depuis des millénaires, et étonnamment dense, lourde pour sa taille.

La face portait des lignes cunéiformes profondément incisées, encore nettes malgré l’érosion. Les signes avaient été enfoncés avec force, par un calame sûr, laissant de petites arêtes vives que le doigt sentait immédiatement en les effleurant.

Il reconnaissait plusieurs des signes, des mots, quelques morceaux de phrases. Une étude approfondie lui permettrait certainement de déchiffrer ce texte, qui venait de traverser cinq millénaires pour se retrouver entre ses mains.

— Tu ne remarques rien ? Murmura Tariq au creux de son oreille en se penchant vers lui.

Marc scrutait la tablette. Malgré qu’elle soit polie par l’usure et la brisure en bas, elle était parfaite.

— Elle me paraît beaucoup plus lourde et dense que ce que l’on trouve habituellement. Et son état de conservation est incroyable.

— Passe ton doigt sur les premiers vers.

En bon chercheur, Marc eut d’abord le réflexe de mettre des gants, il se ravisa très vite : il n’était pas au laboratoire et de toute façon il n’en avait pas. Mais il conservait l’appréhension d’abîmer l’objet qu’il avait sous les yeux.

Comme s’il avait lu dans ses pensées, Tariq reprit :

— Vas-y, ça ne craint rien.

Marc avança précautionneusement sa main de l’objet, posa son doigt sur le premier signe cunéiforme du premier vers et le fit glisser doucement sur la droite.

Il releva subitement le bras, les yeux écarquillés. Le début de la phrase, après le passage de son doigt, s’était teinté d’une légère lueur bleutée.

— Tariq… qu’est-ce que ça veut dire ? dit-il, interloqué.

— Je ne sais pas, Marc. C’est comme cela sur tout le texte. Maintenant retourne la tablette.

Marc s’exécuta et eut la surprise de voir à nouveau trois vers gravés dans l’argile, puis quelques incises sur une dernière ligne ainsi qu’un entrelacs de signes inhabituels.

Marc reconnu immédiatement le mot inscrit en sumérien sur le vers final.

— Ce… ce n’est pas possible… bredouilla-t-il en tournant la tête vers Tariq.

— Si, c’est possible, et c’est sous tes yeux. Tu as reconnu le mot de la dernière ligne n’est-ce-pas ? demanda-t-il avec un grand sourire aux lèvres.

— Oui, c’est Adapa, mais c’est impossible, c’est un personnage de légende, il n’y a aucune preuve qu’il ait existé.

— Maintenant tu l’as, la preuve. Et tu as un de ses textes sous les yeux.

Puis après un instant il reprit :

— Marc, te rends tu comptes ? Adapa, l’homme qui a reçu le pouvoir de l’écriture du dieu Enki. Le scribe de la première cité de l’histoire l’humanité, Eridu.

— Il faut que je traduise tout le texte Tariq.

— Tu comprends maintenant pourquoi tu devais venir ?

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