Chapitre 7 : Nouveau programme

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La situation n’évoluait pas. Seneth et ses collaborateurs étaient toujours confrontés au même problème, à savoir trouver un moyen de stabiliser le taux d’hyloplasme du Monseigneur. Seneth proposa à ses collègues de prendre du recul. Il pensait que des détails pouvaient leur échapper. La motivation du groupe déclinait un peu plus à chaque échec.

Pendant que son équipe préparait le matériel, Seneth prospecta les divers laboratoires dans l’espoir d’y découvrir une solution. À noter, les plantes médicinales commençaient à ne pratiquement plus produire d’effets, il devait impérativement présenter un autre procédé afin de gagner du temps.

Il profita de sa visite pour essayer de trouver un moyen de compromettre le Majestic 13. Quand bien même il dénicherait quelque chose, comment allait-il en apporter la preuve aux regards du monde ?

Soudain, il aperçut deux savants sortir par une porte dissimulée. Il n’hésita pas une seconde et l’emprunta. Elle donnait accès à un niveau inférieur dont il ignorait l’existence. Ce qu’il vit le tétanisa. Si ses yeux ne lui jouaient pas des tours, le corps allongé sur la table d’opération était celui de… Mwrida.

— Mais que manigancent-ils avec cette relique sainte ? Ils…

Brutalement, un puissant éclair blanc emplit la salle, puis plusieurs s’ensuivirent. Tous apparaissaient aléatoirement à l’instar de la foudre.

— On dirait qu’un dispositif attire et capte cette lumière puis la décharge dans le cadavre de Mwrida, constata Seneth. Oh ! C’est de la résurrection ! Mais bien sûr, son enveloppe charnelle demeurait la rémanence parfaite, une âme entière dans une dépouille presque authentique. Il ne lui manquait que l’énergie vitale pour se réveiller. Et c’est exactement ce qu’ils lui apportent.

Selon certains scientifiques, le corps se comporterait de la même manière qu’un condensateur, un accumulateur d’énergie. Beaucoup de paramètres restaient inconnus : la puissance du courant ainsi que la quantité d’énergie pour évaluer le temps de charge nécessaire. L’éclair servit de source, car c’était une manifestation naturelle. En théorie, une fois pleinement chargée d’électricité, l’organisme la convertirait en énergie vitale, c’est le début de la résurrection.

Seneth se demandait depuis quand ils essayaient de la ranimer. Il n’y avait qu’une seule façon de le savoir.

— Salut les gars ! Alors ! comment ça se passe ici ? interrogea-t-il.

— Hé ! Bah… rien de spécial, comme d’habitude, répondit un des opérateurs.

— Eh bien ! depuis le temps, vous avez du courage, déclara Seneth.

— Je n’ai pas vraiment à me plaindre, je suis nouveau moi. Va dire ça à Wain qui croupit là depuis toujours, se moqua le plus jeune.

— Qu’est-ce qu’il a, Wain ? clama-t-il en se retournant d’un air menaçant.

— Non, rien de grave ! Nous nous demandions si tu te rappelais depuis combien de temps tu bosses ici, reformula Seneth.

— Ah ! Si ce n’est que ça ! Je pense une bonne dizaine d’années. J’étais tout seul à l’époque, je devais tout effectuer moi-même, répondit-il.

Seneth n’en revenait pas, ces deux-là ne semblaient que de simples techniciens. Son bluff avait parfaitement marché. Soudain, un éclair de génie le traversa. Il avait découvert le moyen de mettre en porte-à-faux le Majestic 13. Si le corps de Mwrida se trouvait ici, alors à qui appartenait celui exposé dans le temple ? Sans nul doute, il s’agissait d’une réplique. Seneth se hâta de retourner à son poste avant d’éveiller les soupçons.

De retour au laboratoire transbiotique, une personne l’attendait.

— Excusez-moi, vous êtes bien monsieur Seneth Garlan ?

— Exact, c’est bien moi. Comment puis-je pour vous servir ?

— Je vous demanderais de bien vouloir me suivre, monsieur, votre femme est actuellement en train d’accoucher à la maternité du Temple. Elle a souhaité votre présence.

— Très bien alors, faisons vite.

C’est lancé à vive allure que le carrosse fonçait droit en direction de la maternité. L’homme venu chercher Seneth était un expert de la conduite de ce type de coche. Une course effrénée se déroulait dans la ville.

L’objectif en vue, Seneth descendit du véhicule et se hâta à l’intérieur. On l’emmena dans la chambre où Aniah était en train d’accoucher. Quand il entra dans la pièce, sa compagne tenait dans ses bras un adorable petit garçon.

Seneth fondit en larmes. Le personnel commença à quitter les lieux pour leur offrir un moment d’intimité.

— J’ai fait aussi vite que je pouvais, dit-il essoufflé.

— Tu es là, c’est l’essentiel. Et de toute façon, tu te serais évanoui, se moqua-t-elle.

— Ce n’est pas aimable ça, s’indigna-t-il en esquissant un sourire. C’est incroyable de le voir. J’ai du mal à réaliser.

— Ne t’inquiète pas, si la majorité des gens réussissent à élever des enfants alors pourquoi n’y parviendrons-nous pas ? interrogea-t-elle.

— Tu lui as déjà donné un prénom ?

— Non, le petit a décidé de sortir plus tôt, sans prévenir. Si tu as des suggestions, partage-les.

— Je n’ai aucune idée. Je n’arrive pas à réfléchir là, ajouta-t-il embarrassé.

— Très bien, faisons simple. Comme c’est un garçon, il va porter le même prénom que toi, enfin presque, je le trouve trop long le tien.

— J’ai compris. Allez Seth ! Viens dans mes bras.

Aniah et Seth restèrent quelques jours de plus à la maternité pour s’assurer de leur bon état santé. Seneth était parti préparer la chambre pour accueillir le nouvel arrivant.

— Alors, ainsi, j’ai un petit-fils ?

— Oui Papa. J’espère qu’il se montrera plus gentil que moi à cet âge, blagua-t-il.

— De toute façon, je suis prêt à faire face à n’importe quelle situation. Je ne parviens pas à admettre qu’Aniah et toi avez un enfant. Si l’on m’avait dit qu’un jour cela se produirait, je ne l’aurais jamais cru. Je me souviens encore de vous durant votre puberté. Vous nous en avez fait voir de toutes les couleurs avec votre mère. Ça ne me rajeunit pas, raconta-t-il d’un ton nostalgique. Si seulement Arch pouvait assister à ça, soupira le père.

—Arch? Qui est-ce ? questionna Seneth.

— Rien, je divague une fois de plus. En tout cas, ta mère va aimer la nouvelle.

Malgré cette euphorie générale, Seneth n’oubliait pas sa mission principale : faire tomber le Majestic 13.

Cependant, l’arrivée de Seth ne facilitait pas les choses. Son emploi actuel payait bien, très bien même. Il ne pouvait pas se permettre de le perdre pour le moment.

Aniah étudiait encore à l’université, elle ne pouvait donc pas travailler. Cette fois-ci, Seneth n’avait plus le choix, il devait sauver le grand-père de Seysus. Il avait beau chercher, il ne trouvait aucune solution.

En effectuant les cent pas, il eut une idée. Lorsque l’on construit un artéfact, l’élément manquant s’avère l’énergie vitale. Mais dans son cas, c’était l’hyloplasme qui lui faisait défaut. Où en dénicher en quantité suffisante ? Comment en injecter ? Eurêka ! Dans les rémanences ! Il se précipita dans le laboratoire transbiotique.

— J’ai trouvé ! jubila-t-il. Enfin, ce n’est encore qu’une hypothèse qui nécessite d’être vérifiée. Nous allons lui poser des greffes de rémanences.

— C’est possible ça ? demanda un scientifique.

— Il n’y a qu’une seule façon de le savoir, répondit Seneth. Localisez et rassemblez-en le plus que vous pourrez afin de maximiser nos chances de réussite.

La très grande majorité d’entre elles s’apparentait surtout à des os. En en possédant un nombre important, les adapter au corps du greffé paraissait envisageable.

Après quelques jours de collecte, ils disposaient d’un immense stock. Le temps vint de trier les différentes parties du squelette. Des mois s’avérèrent nécessaires pour classer de manière pertinente les rémanences. L’opération consistait à remplacer un bout de son tibia gauche par une de ces dernières.

Théoriquement, la seule complication pourrait provenir d’un rejet du greffon. C’était la première fois que l’on transformait une personne en… artéfact.

On ignorait totalement ce qu’il pouvait arriver à la fin de la procédure. Impossible d’estimer les chances de survie de Jeysus. À présent, ils devaient s’armer de patience et étudier l’évolution de son état.

Pendant ce temps, Seth grandissait. Aniah avait demandé le report de sa thèse dans les laboratoires de l’Université de Zenfei pour prendre soin de lui. Seneth semblait libre tant que le niveau de santé du Monseigneur paraissait stable. Il pouvait donc commencer à établir un plan pour faire tomber le Majestic 13.

Il avait déjà pu remarquer que le corps de Mwrida exposé au temple constituait une imitation. La première des choses consistait à procéder à l’échange entre la réplique et l’authentique.

Ensuite, il allait effectuer un acte de vandalisme sur la dépouille véritable. Bien avant que le monde s’en aperçoive, le Majestic 13 devrait s’empresser de remplacer ce qu’il pensait jouer le rôle du faux par le vrai.

Cela rassurerait l’esprit populaire et assiérait l’autorité de l’Ordre de Mwrida. En parallèle, la rumeur du blasphème se répandrait. Et qui dit blasphème, dit hérétique. Normalement, une enquête devrait être lancée pour démentir ou non cette rumeur.

L’analyse du corps montrerait alors qu’il demeure une réplique et l’Ordre de Mwrida serait obligé de s’expliquer. Seul problème, Seneth allait avoir besoin de l’aide de plusieurs personnes. Qui oserait s’attaquer à une société secrète qui dirigeait le monde ?

Il ne pouvait se permettre de mettre n’importe qui dans la confidence. Il ne pouvait pas non plus faire appel au service d’une guilde, les coûts seraient bien trop élevés. Il n’avait pas le choix, il allait devoir former son équipe avec son père et sa compagne. Mais trois membres, ce n’était pas assez pour ce double braquage. Les attaques devaient se dérouler en simultané. Recruter des personnes en plus dans le groupe semblait nécessaire.

Le soir du premier anniversaire de Seth, il décida de faire part de son projet.

— Comme ce soir nous sommes tous réunis, j’aimerais vous demander une faveur. Aniah se trouve déjà dans la confidence. Je prépare un plan pour faire tomber une société secrète depuis quelques mois : le Majestic 13, expliqua Seneth.

— Le Majestic 13 ? Qu’est-ce que c’est ? questionna son père.

— L’Ordre de Mwrida possède aussi sa propre Chambre, appelée le Majestic 13. Cette Chambre contrôle les douze autres.

— Tu es en train de nous dire que c’est l’Ordre de Mwrida qui domine le monde ? s’étouffa-t-il.

— En quelque sorte. Et sans le savoir, me voici un membre du Majestic 13. C’est mon ami Seysus, le nouveau Monseigneur qui en est le dirigeant. Malheureusement, je me sens condamné, car ma vie est liée à celle de Monseigneur Peymour Ier.

— N’est-il pas censé être mort ? interrogea la mère.

— Non, il est maintenu dans un coma profond et mon travail consiste à le réveiller. Et s’il décède, je succombe également. Je dois trouver une solution pour m’en sortir. Et je pense détenir un plan. Néanmoins, pour celui-ci, votre aide s’avère indispensable. Et c’est très risqué. Mais avant de vous dévoiler l’opération, nous allons avoir besoin d’un autre membre sûr, raconta Seneth.

— Tu sais, avec de la chance, je connais peut-être la personne qui pourra nous rendre service, déclara son père.

— C’est vrai ? Et on peut compter sur lui ? questionna promptement Seneth.

— Je lui confierai ma vie, affirma-t-il.

— Excellent, je vois que tu es très déterminé. Quand tu auras pris contact avec lui, je te laisserai organiser la prochaine réunion, finit Seneth.

Pendant que son père tentait de joindre le potentiel équipier, Seneth alla repérer les environs afin de tracer des plans et d’étudier la sécurité en place.

Seneth demanda à sa mère d’en faire de même dans le Temple de Mwrida tandis qu’il s’occupait du complexe du Majestic 13. Il devait recenser le nombre de personnes, leurs postes, leurs horaires ainsi qu’un tas d’autres détails, car ces paramètres avaient tous leur importance.

Dès lors, Seneth consacra de moins en moins de temps à sa famille. Seth passait beaucoup du sien avec son grand-père, car celui-ci pouvait le prendre avec lui à son bureau à la Polyclinique.

Et surtout, grâce à son dernier patient, il pouvait profiter de sa guilde pour séjourner à la campagne. La femme du paysan leur faisait découvrir les joies d’une nature paisible. Ensemble, ils cueillirent des fruits, ils ramassèrent des champignons, pêchèrent des poissons et cuisinaient de bons petits plats.

Voilà déjà plusieurs semaines que le père de Seneth avait contacté sa connaissance et toujours pas de réponse. Un beau jour, alors qu’il s’apprêtait à aller chasser en compagnie de Seth, quelqu’un frappa à la porte.

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