Chapitre 2 - Poursuite nocturne

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[17 ans après les évènements du chapitre précédent]

Shynava City était la plus grande ville de tout le pays, la plus peuplée, la plus moderne, la plus populaire, la plus avancée technologiquement. Et pour les gens venus des régions reculées, cette ville était des plus étranges.

Des panneaux lumineux étaient suspendus aux bâtiments, un nombre incalculable de piétons traversait de grandes routes en même temps, des véhicules rapides allaient et venaient. Il n’avait jamais vu quelque chose de similaire avant cette nuit.

C'était l'hiver. Les trottoirs de la ville étaient tous recouverts de neige. Lui, pour fuir les rues lumineuses et surpeuplées, il se faufilait dans les sombres et étroites ruelles.

— Ta pièce d’identité, lui demanda l’homme derrière le comptoir lorsqu’il se présenta à la réception.

La question le laissa confus. Il regarda autour de lui, et vit les autres clients sortir de leurs portefeuilles une carte avec leur photo dessus.

— J’ai pas de pièce d’identité, murmura-t-il discrètement.

— Dans ce cas, s’il t’arrive quoique ce soit tu seras le seul responsable face à la police, d’accord ? Donne-moi ton âge et ton prénom, je vais te marquer ça sur une feuille, arrangea le monsieur avec complaisance. Tu viens de la campagne ?

— Dix-sept ans, Yono.

— Bien. Et pense à régler tes papiers dans l’avenir, t’es nouveau ça se voit, mais ici il faut s’adapter pour vivre, et une pièce d’identité te sera bien utile à Shynava City. Tiens, garçon, la chambre numéro vingt-six au troisième étage.

Yono hocha la tête, il saisit la clé que lui tendit l’homme puis rentra dans l’auberge. Il avait à peine fait un pas à l’intérieur qu’il se figea, son regard devenu soudainement sombre.

— Monsieur, j’ai changé d’avis pour la chambre. Je vais dormir ailleurs.

Il posa la clé sur le petit bureau, et sans demander son reste il se retira de la salle d’accueil.

Discret et rapide, il se fondit dans la masse, essayant de son mieux de suivre les murs des rues animées de la ville.

Pour lui, l'hiver était une saison terrible, il devait se battre contre le froid et la faim. Mais cette année, les choses étaient doublement difficiles, car il était traqué. Traqué comme un animal sauvage. Voilà pourquoi il se méfiait de chaque ombre qui passait à côté de lui, de chaque geste qu’on faisait en sa direction. Continuellement, il jetait son regard autour de lui. Il était à la recherche de quelque chose... À la recherche d'un abri, d'une protection.

L'adolescent doutait de sa capacité de supporter une nuit de plus dans ces conditions-là.

Des voix se rapprochèrent de lui, le faisant sursauter d’embarras. Il se recula avec méfiance puis leva son regard vers les bâtiments qui l'entouraient. Après une courte hésitation, il se retira au fond de la rue et grimpa les petits balcons métalliques attachés au mur. En un instant il se trouvait déjà sur la terrasse de l'immeuble.

Appuyé sur un genou, le garçon se pencha au bord de la terrasse pour observer la rue d’en bas. Une rue, aussi ordinaire que les autres, elles se ressemblaient toutes à vrai dire. Il soupira d'angoisse. Il était presque perdu dans cette grande ville qui était étrangère pour lui.

Yono était à la recherche de personnes qui pourront l'assister et lui accorder leur aide. On lui avait recommandé de déposer plainte à la police, mais à peine il avait mentionné qu’il était en danger que la situation commençait à s’inverser, le rendant coupable plutôt que victime. Les gens dans cette ville, c’était compliqué de discuter avec eux et de se faire comprendre.

Puis, il avait entendu parler d’une agence spécialisée dans les enquêtes pour particuliers, ils s’intéressaient aux affaires secrètes et inaccoutumées. Un homme dans un café en parlait avec son collègue, et après avoir écouté quelques uns de leurs exploits, Yono s’était dit qu’ils étaient exactement ce dont il avait besoin. Ils s’appelaient les Ninjas. Mais tout comme ils se mêlaient aux affaires secrètes, le lieu de leur entreprise n’était pas connu. Les trouver rien qu'avec son flair était un vrai défi, mais c'était ce qu'il faisait, il n'avait pas d'autre choix. Vu son allure, les habitants de cette ville n’étaient pas très communicatifs avec lui.

Ses vêtements étaient usés, impossible de s'en procurer d’autres. Son chapeau iconique le protégeait du vent, mais lui cachait aussi la tête. Et sa longue cape verte qui lui tombait sur les épaules, il n'en avait pas vu d'autres en porter ici. Etrange. C'était le mot qui le définissait, étrange.

Soudain, tout ce qui était dans son champs de vision s'assombrit. Une ombre menaçante venait de s'abattre sur lui.

Le garçon ressentit un frisson lui parcourir le dos. C'est avec la respiration coupée et le sang glacé dans ses vaines qu'il se redressa. Il tourna lentement sur ses talons en fronçant les sourcils pour envisager son traqueur.

C'était un samouraï, un véritable guerrier expérimenté au combat. Yono s'était déjà battu avec lui durant son trajet vers Shynava City, et il savait parfaitement les risques d'une autre bataille avec lui. Pitié n'était pas un mot qu'il connaissait. Le garçon posa sa main sur son épaule gauche qui souffrait déjà d'une blessure d'un combat précédent.

Le guerrier leva lentement son sabre vers le garçon, et sans tarder, il s'élança en avant avec l'intention de le percuter. Attaque prévue. Yono s’inclina sur son genou et évita l’assassin de justesse grâce à son excellence souplesse.

Ne voulant pas risquer sa vie encore plus longtemps en se rebattant avec ce maître au combat, le garçon se sauva dès la première occasion. Le samouraï se lança à sa poursuite. Leur course persista sur les toits des maisons et les terrasses des immeubles de la ville.

Leurs silhouettes illuminées par les rayons de la lune sautaient de toit en toit.

Au bout d'un moment, Yono se trouva coincé face à un mur. Le bâtiment qu'il envisageait était trop haut, pas de fenêtres ni de balcons sur ce côté, impossible de l'atteindre. Embarrassé, il retourna sur ses pas, et c'est en faisant cela qu'il se cogna contre le torse de son traqueur.

Le cœur serré, il fit un rapide volte-face et croisa le regard meurtrier du samouraï.

Soudain, et d'un geste rapide de la main, le guerrier lui affligea un coup de sabre au niveau de la poitrine. Yono tomba sur ses genoux, sa main posée sur son buste.

Le garçon passa ses doigts sur son kimono déchiré, son vêtement commençait à devenir pourpre.

— Ta fin est inévitable, dis-moi où tu caches la pierre avant de mourir, lui ordonna le samouraï.

— La pierre ?

— Ne fais pas l’imbécile. Pour qui tu me prends ? Je te traque depuis bien longtemps maintenant, je sais qu’elle est avec toi.

Le garçon se releva difficilement et fit quelques pas déséquilibrés en arrière. Son pied faillit trébucher dans le vide. Il baissa son regard derrière son épaule et se trouva au bord du bâtiment. Il risqua un regard en contrebas avant de se reculer brusquement. En bas de ces centaines d'étages, il n'y avait que les voitures aux phares lumineux qui passaient rapidement sur l'autoroute en laissant des files colorées derrière elles.

Voyant le désespoir s’afficher sur le visage du garçon, le samouraï glissa un sourire malicieux, laissant apparaître ses dents blanches. Il jeta un regard supérieur sur sa proie blessée et laissa échapper un rire victorieux.

— Tu n'as plus où aller maintenant. Tu ferais mieux de te rendre.

— Jamais ! cria le garçon de toutes ses forces. Je n'abandonnerai jamais !

Toujours avec son sabre dans la main, le samouraï fit un pas menaçant en avant.

— Aller, ça suffit. Tu sais comme moi que ta résistance ne te sert plus à rien. T’étais le gardien, mais t’as échoué, envisages cette vérité.

Haletant, Yono essaya vainement de garder le dos droit. Son épaule lui faisait mal. Il fixa son regard épuisé dans celui du samouraï. Le regard noir, glacial, et effrayant. Désobéir voulait dire sa fin. Et obéir était semblable à se trahir. Non, il ne devait pas abandonner. Résister. Poursuive, quoiqu'il en coûte.

Quand le samouraï vit le garçon mettre sa main dans sa poche, un sourire railleur glissa sur ses lèvres.

— Haha, enfin ! La pierre de Midora !

L'adolescent se figea un instant. La pierre de Midora. Il n'avait jamais entendu ce nom auparavant.

Intrigué, le garçon sortit vite la pierre précieuse de sa poche. Il la contempla avec beaucoup d'attention, comme si c'était la première fois qu'il la voyait. Etonnant comment les noms étaient capables de changer la vision des choses. Pensif, il regarda le reflet de son visage sur la pierre. Cette pierre lisse qui avait la couleur verte d'une émeraude.

« Après tant d'années de t'avoir en ma possession, je n'apprends cela que maintenant. C'est ainsi que tu t'appelles ? La pierre de Midora. »

— C’est pour quand ? Tu t'es enfin décidé de me la donner ? grogna le guerrier à bout de patience.

En entendant cette phrase, le garçon ferma ses yeux avec détermination. Il resta silencieux et immobile quelques secondes, pesant le pour et le contre. Ensuite, il leva calmement son regard vers le samouraï.

— Vu que tu connais son nom j'imagine que tu connais d'autres choses sur elle, pas vrai ?

Le samouraï fit rouler ses yeux. Ça commençait à devenir long.

— J’ai jamais vu un gardien aussi ignorant.

— Je suis le gardien, mais de quoi ? s’énerva Yono.

— Je vais te faire cette faveur et t'expliquer un peu avant de me régaler à te tuer… La pierre de Midora peut rendre n’importe quel homme imbattable, insensible à la douleur, et lui donner une force inhumaine. C’est une pierre rare qui s’hérite de génération en génération, mais tu n’es pas celui qui doit l’avoir car tu ne fais partit de la chaîne.

Yono fronça les sourcils, irrité, et tendit la pierre par-dessus la terrasse.

— Tu vas t’en débarrasser ? Et faire honte à ta mission de gardien ? Donne-la-moi et peut-être que je te laisserai vivre. Moi aussi j’ai une mission : récupérer cette pierre à tout prix.

Qu'il n'allait pas le regretter juste tout à l’heure était une chose que Yono doutait vraiment. Maintenant il se posait plein de questions. Qui était le maître de ce samouraï ? De qui il recevait les ordres ? Que voulait-il faire de la pierre ?

Si ce samouraï était puissant, son maître avait raisonnablement une force et un talent au combat supérieur à lui. C'était ainsi dans la hiérarchie des samouraïs à Shynava. Et avec le pouvoir de la pierre de Midora, surement un grand danger sera produit.

Le garçon baissa sa tête.

— Je savais pour le pouvoir, dit-il en cachant son regard derrière son chapeau. Et sache que je suis capable de l'utiliser, car je suis son gardien, que je fasse partie de la chaîne ou pas. Alors tu as intérêt de t'écarter de mon chemin, termina-t-il avec une pointe d'ironie.

Le samouraï, furieux par l'aplomb du garçon, serra ses dents.

— Dans tous les cas, les jeunes choisissent toujours la manière difficile...

Ceci dit, le guerrier attrapa son sabre avec ses deux mains, prêt à l'attaque.

Le garçon glissa un discret sourire malicieux puis ferma ses yeux. Il soupira profondément, voulant retrouver son calme et dégagea sa tête de toutes ses idées.

Concentration.

Le guerrier se mit à courir vers lui pour l'abattre.

Concentration.

Le garçon resta confiant, calme, immobile. Aucun geste. Toute son attention, il la donnait à la pierre qu'il tenait dans sa main droite. Sa froideur. Sa rondeur.

Soudain, des rayons vifs se mirent à traverser ses doigts et une aura verte couvrit toute sa main. La pierre de Midora brilla puis disparut instantanément pour s'unir avec son possesseur.

Le garçon sentit l'énergie couler dans ses veines, cette force qu'il avait habitude d'utiliser se mélangeait avec son sang. Au moment culminant, il ouvrit ses yeux qui étaient devenus verts en raison de la présence de l’énergie en lui.

Ce spectacle lumineux n'avait pas empêché le samouraï de continuer de foncer vers lui. Le garçon sourit sous son chapeau. Il donna à l'homme le temps de l'atteindre, puis arrivé face à lui, il plaqua ses mains devant lui, arrêtant le sabre juste près de son visage. La force qu'il possédait maintenant empêcha le samouraï de libérer son arme de sa capture.

Et de plus, il ne ressentait plus la douleur de son épaule ou la blessure qu'il venait d'avoir sur la poitrine. Toutes ses douleurs physiques, le pouvoir de la pierre se chargeait de les diminuer.

Surpris, le samouraï leva son regard vers le garçon. Ses yeux qui étaient habituellement clairs et gris brillaient maintenant d'un vert éclatant.

— Alors c’est vrai… tu sais utiliser le pouvoir de la pierre, s'exclama-t-il stupéfié.

— C'est ce qui semble, répondit le garçon en bousculant l’assassin en arrière.

Le guerrier fit quelques pas déséquilibrés en arrière et parvint à ne pas tomber. Après s'être stabilisé sur ses jambes, il fixa le garçon d'un regard menaçant.

Ce dernier leva calmement sa main devant lui. Il se concentra sur son énergie. Puis une flamme verte s'alluma dans le creux de sa paume.

— Si tu ne veux pas affronter cette énergie que j'ai en ma possession, je te conseille de te retirer. Et que tu dises à ton maître de me laisser tranquille, dit-il calmement avec toute autorité.

Le samouraï jeta un regard dégoûté sur le garçon et sur sa main en feu.

— Souviens-toi que je ne te lâcherai pas, lui conseilla le samouraï. Je reviendrai avec du renfort. Et dès que le grand Général Roku saura que tu l'as défié, il n'hésitera pas avant de venir pour te tuer de ses propres mains. Grave bien ses mots dans ta tête.

Yono fronça les sourcils, encore plus intrigué par ces paroles. Il voulait tout mieux comprendre, mais peut-être que pour ce soir, ça suffisait.

— Fais ce que tu veux. Maintenant, je suis à Shynava City... Pas de samouraïs ici. Cette ville où se trouvent des héros qui n'hésiterons pas à m'aider, dit-il d'un air rassuré.

Un sourire carnassier étira les lèvres du samouraï et ses yeux brillèrent de malice.

— J'espère pour toi.

Ceci dit, le samouraï jeta un dernier regard vers le garçon avant de faire demi-tour et de s'en aller pour disparaître dans l'ombre.

C'est à ce moment-là que la neige se mit à tomber.

Ce fut un silence suspect qui poursuivit cette bataille.

Le garçon admira la flamme verte qui valsait dans sa paume. Après une longue minute de méditation, il referma brusquement sa main pour la faire disparaître.

Hésitant, il tourna sur ses talons afin d'observer l'horizon. Il leva la tête et regarda le ciel de la nuit avec incertitude. Un vent glacial souffla. Les dents serrées, il cacha ses mains sous sa cape verte.

Est-ce que le reste de cette nuit allait être calme ?

Les Ninjas, il ne les avait pas encore trouvés. Il n’avait même pas de piste. Il avait récolté zéros indice jusqu’à présent. Et puis, même s’il arrivait à les trouver, qu’allait-il leur donner en retour de leur aide ? Il n’y avait pas pensé. Rien ne lui disait qu'ils allaient accepter de le soutenir. Il valait la peine qu'on l'aide, lui ? Il ne faisait même pas partie d’une chaîne.

Le garçon soupira.

— J'espère aussi...

Il glissa un sourire confiant.

— Je suis le gardien de la pierre de Midora, je peux le faire.

Une sorte de chaleur calma son cœur. Il avait la même sensation à chaque fois qu’il apprenait quelque chose sur lui-même, à chaque fois qu’il gagnait un repère.

Il rangea la pierre dans sa poche, ses iris redevenus argentés comme à l’ordinaire.

— Mon ennemi s’appelle ainsi : le Général Roku.

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