Madame la responsable des communications,
Vous dites souvent que « les médias parlent de ce que le public veut voir ».Mais si c’était vrai, comment expliquer qu’en 2025, le sport féminin reste presque invisible ?Peut-être que le public ne le demande pas parce qu’on ne le lui montre jamais.
Je comprends vos contraintes : les audiences, les contrats publicitaires, les chiffres. Oui, le sport masculin attire plus de monde. Mais cela ne justifie pas d’enfermer le sport féminin dans l’ombre.L’intérêt du public, ça se construit. Et ça, c’est votre rôle.
Vous dites que les chiffres ne mentent pas. Alors regardons-les ensemble.Selon l’UNESCO, en 2023, seulement 4 % de la couverture médiatique mondiale concernait le sport féminin. Au Canada, à peine 8 % des articles sportifs mentionnent une athlète. Pourtant, les femmes représentent près de 45 % des participants actifs dans les clubs et fédérations. Comment peut-on justifier un tel écart ?
Et ne dites pas que “le public ne regarde pas”. La Coupe du monde féminine de football 2023 a réuni plus de 2 milliards de téléspectateurs à travers le monde.
Lors de la finale de l’US Open 2021, plus de 9 millions de Britanniques ont regardé le match en direct, soit davantage que pour la finale masculine. Ces chiffres prouvent une chose : l’intérêt existe déjà.
Vous avancez souvent que les sportives rapportent moins aux annonceurs. Mais comment générer des revenus quand on ne bénéficie d’aucune visibilité ? En 2022, une étude Nielsen montrait que 80 % des amateurs de sport dans le monde se disent intéressés par le sport féminin, mais que la plupart ignorent où et quand les compétitions sont diffusées.Le problème n’est pas le manque d’intérêt, c’est le manque de couverture.
Chaque jour, vos choix déterminent qui a le droit d’exister dans le regard du public. Et trop souvent, les femmes en sont effacées. Pendant qu’on diffuse en boucle les mêmes visages masculins, les exploits féminins disparaissent dans l’indifférence. Pas par manque de talent, mais parce qu’on ne leur laisse pas la place qu’elles méritent.
Les sportives s’entraînent avec la même intensité, subissent les mêmes blessures et font les mêmes sacrifices. Ce qu’il leur manque, ce n’est pas le talent, c’est la lumière. Et cette lumière, c’est vous qui la contrôlez. Une caméra, une publication ou une entrevue peuvent suffire à inspirer toute une génération de jeunes filles.
Le sport féminin ne demande pas la pitié, il demande la chance de prouver sa valeur. Alors, la prochaine fois que vous planifierez vos diffusions, pensez à toutes celles qu’on ne voit jamais.
Pensez à celles qui rêvent qu’on parle d’elles non pas parce qu’elles sont des femmes, mais parce qu’elles sont des sportives.
Vous aimez dire que le sport, c’est pour tout le monde.
Alors prouvez-le.
Parce qu’au fond, la passion, ce n’est pas une question de couilles ou d’ovaires, juste une question de cœur et de courage.

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