Si le feu est éteint, il faut le rallumer | 1

2 minutes de lecture

La Grande Traversée s’élevait enfin de la planète qui l’avait vu naître dans l’esprit comme dans la matière. Des années de recherches et d’expériences aboutissant en un vaisseau doté de nouvelles technologies. Un immense véhicule arrondi supporté par cinq anneaux tourbillonnants autour de la structure.

La dernière trace de l’humanité disparaissait. S’élançait comme ses prédécesseurs vers un avenir incertain, dans une tentative, peut-être vaine, d’échapper à l’extinction.

La nuit se mourait, lente et paisible. Le jour s’extirpait, annonçait une catastrophe imminente, un tumulte d’une puissance autre, le souffle enragé d’une planète.

Les volcans s’éveillaient, les uns après les autres, comme s’ils s’étaient passé le mot. Leurs cris provoquaient des coulées de lave. Des panaches de fumée obscurcissaient l’aube naissante. Les océans s’agitaient. Leurs vagues déferlaient sur les côtes, dévoraient les falaises et les plages. Les villes portuaires succombaient à leur suite. La nature se noyait. Le ciel s’habillait d’un manteau sombre, s’armait d’éclairs, usait de la force de ses larmes.

Le vaisseau demeurait imperturbable. Il s’évadait avec aise, manœuvré par des ordinateurs et par des pilotes aguerris. Quasiment la totalité de l’équipage était cryogénisée, seuls restaient les membres du commandement. Aidé par les vents violents, les moteurs propulsaient le navire à une vitesse supérieure que celle prévue au départ, vers l’orbite basse terrestre.

« Ajustement de la vitesse. »

La Terre perdait un peu plus le pied. Le sol s’affaissait emportant les dernières structures humaines, changeait au rythme des déplacements des plaques tectoniques, avalait plaines et vallées. Les fleuves débordaient. Les forêts s’abandonnaient. La nature entière s’effaçait.

La Grande Traversée entra en orbite. Son équipage ne put néanmoins en tirer un soulagement. Le système du vaisseau détectait une menace imminente. L’obscurité de l’espace fut abruptement illuminée d’un objet non identifié, d’une grandeur sans pareille, dont la course évita de peu le navire spatial, se heurtant à la Terre. Il déchira le ciel telle une flèche embrasée.

« Correction du système de navigation. »

Les plans originaux chamboulés, l’équipage dériva volontairement de sa trajectoire afin de contourner la catastrophe imminente.

« Activation de la procédure d’urgence. »

La Terre succombait.

La Grande Traversée survivait.

Et l’Inconnu, lui, jubilait.

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