Chapitre 21 : Dansent les ombres sombres (première partie)

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La plaine est silencieuse, calme, à cette heure du milieu de nuit. Pourtant, sous une des tentes dressées, on s'agite.

- Majesté, j'ai appris que les Gardiens se sont entretenus plusieurs fois avec la reine. Leur présence ici est ennuyeuse.

- Oui, mais nous ne pouvons pas nous opposer à eux, pas directement. Pas encore. Il faut être patient.

- Certes... Ne craignez-vous pas qu'ils fassent pencher la reine pour votre frère ?

- Non, non... Ne t'inquiète pas de cela. La reine sera mienne. Tôt ou tard. Mon frère n'a aucune chance.

- Et les archers Aériens qui ont quitté la ville ce matin ?

- Limur est un fidèle de la reine. C'est un homme dangereux. Il faudra veiller à l'éliminer. Mais pas encore. Il se peut qu'il œuvre pour nous, sans le savoir.

- Que fait-on pour la licorne ? Elle représente un vrai danger pour vous !

- Oui. Elle est plus dangereuse que les Gardiens. Et celui qui l'a amené m'intrigue beaucoup. Il faut vraiment apprendre qui il est !

- Un Gardien ?

- Je ne le pense pas. Jamais un Gardien ne se serait présenté pour demander la main de la reine. C'est impossible. Mais il a pu être aidé par un Gardien, pour approcher la licorne.

- Que pouvons-nous faire ?

- Dans l'immédiat ? Rien. Nous devons attendre l'annonce du choix de la reine. Nous agirons en conséquence.

- Et si ce n'est vous ?

- Il faudra éliminer notre rival. Vite et proprement. Mais nous aviserons en fonction de son identité. Si c'est mon frère... Laissons-le l'épouser, nous nous débarrasserons de lui ensuite. La reine devenue veuve devra se tourner vers moi. J'aime assez cette perspective, je dois le reconnaître...

Trois torches éclairent l'intérieur de la tente, aux pans opaques, ce qui permet de ne pas être vus depuis l'extérieur. Elles sont disposées à intervalles réguliers, formant comme un triangle. Leur lumière tombe au milieu, éclairant vivement le sol sur une surface équivalente à celle d'un petit foyer. Il est exempt de tapis, d'herbe, ou de tout objet. Seule la terre, grise et sèche est apparente. D'étranges signes ont été tracés dans la poussière.

La porte de la tente s'écarte un instant, une silhouette fait un pas au-dehors, regarde vers le ciel.

- L'heure est proche, Majesté. N'est-ce pas trop risqué cependant ?

- Je dois le faire venir.

- Les Gardiens ?

- Ne t'inquiète pas. Ils n'en sauront rien. J'ai pris mes précautions.

L'homme qui a parlé s'avance vers la lumière, mais en prenant bien soin de ne pas marcher dans le cercle lumineux et encore moins dans les signes tracés au sol. Il place cependant ses mains dans la lumière. Sur ses paumes, on peut voir également des traces noires, comme des reflets de celles qui sont au sol. Il ferme les yeux et commence une étrange mélopée.

Du sol monte une fine fumée, si fine qu'au début, son assistant ne peut la voir et se demande si ce n'est pas une illusion formée par les torches. Puis la fumée s'épaissit, de gris clair, elle devient sombre, puis noire. D'abord simples volutes, elle semble vouloir prendre forme, prendre vie.

Une voix très grave, comme sortie d'outre-tombe, se fait entendre.

- Qui m'appelle... ? Met fin à mon sommeil !

- Grand Seigneur, votre heure est proche. Je suis votre serviteur.

- Les forces contraires sont proches. Quelle folie de me faire venir ici !

- Non pas, Grand Seigneur. Elles vacillent. Ne le sentez-vous pas ? Ne sentez-vous pas les doutes dans lesquels elles s'abîment ?

- Si fait. Mais elles ont des alliés.

- Aucun qui ne puisse être abattu. Parlez et nous obéirons.

- La mort et la désolation. La désolation et la mort. Le règne des temps nouveaux. Détruire l'amour, détruire l'espérance, détruire l'innocence. Mort et désolation. Désolation et mort.

A ces derniers mots, la forme disparaît en un bruit sourd et l'assistant se demande alors s'il n'a pas rêvé. Le Grand Seigneur leur est-il apparu ?

Il sort de sa torpeur en entendant son maître soupirer et retomber dans son fauteuil.

- Majesté !

- N'aie crainte. Le Grand Seigneur a pris mon énergie pour parler, mais cela va aller. Donne-moi l'écuelle, là-bas.

L'homme prend ce que son seigneur lui a désigné, le lui tend. Il l'avale d'une traite, ferme encore un instant les yeux, puis les rouvre. Un éclat d'une grande cruauté fait briller son regard.

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