Les opératrices — Fin de service pour les gardes
2050... Dans un monde parallèle, un tout petit pays insulaire est tombé sous la coupe d'une
organisation totalitaire et totalement opaque, dirigée par une intelligence artificielle : Systéma.
Partout dans le pays flottent des drapeaux blancs sur lesquels figure un immense S, en premier
lieu dans la capitale où est regroupée la plus grande partie de la garde de l'organisation. Elle
est composée de 480 gardes placés sous l'autorité d'une femme - la Commandante - qui attend
d'eux une totale soumission et signale à Systéma le moindre écart. Ainsi les gardes déviants
( insubordonnés ; trop curieux ) et les gardes défaillants ( erreurs ; incompétence ; comportement
instable ) sont impitoyablement éliminés par des opératrices spécialisées, parfaitement formées
au combat rapproché.
Les gardes sont tous des hommes jeunes de taille moyenne. Ils portent un pull vert kaki et un
pantalon noir ajusté, cet uniforme étant complété par un ceinturon avec poches. Administrati-
vement, ils sont désignés par un numéro. Sélectionnés et formatés, ils ne sont pas des soldats
classiques mais des agents de stabilité. Ils font régner l'ordre par la peur et la contrainte et leur
surveillance est permanente. Ce sont 480 exécutants, 480 corps entraînés à obéir qui sont observés,
évalués, et pour un petit nombre d'entre eux , les déviants et les défaillants , il n'y a pas d'échappa-
toire...
Plus précisément, l'inspection de la Commandante qui a lieu toutes les semaines est particulière-
ment redoutée par les gardes car celle-ci peut signaler tel ou tel et on ne les revoit jamais. La Com-
mandante indique simplement qu'ils ont été retirés des effectifs sans autre précision. Ainsi aujour-
d'hui - semaine 17 - deux gardes manquent à l'appel. Il y a deux jours, après l'inspection, l'adjoint
de la Commandante est venu les chercher pour les conduire jusqu'à un grand bâtiment blanc où ils
ont été pris en charge par une sergente : " Les deux gardes en me voyant se sont immédiatement
mis au garde-à-vous. J'ai vérifié leurs identifiants puis je leur ai ordonné de me suivre. L'un d'eux
m'a demandé : Pourquoi sommes-nous là ? J'ai répondu : ... pour une vérification. Il a rétorqué : Vé-
rification de quoi ? J'ai haussé le ton : Tu parles trop, garde ! Sur ce, nous avons remonté le couloir
central en silence, et après avoir sonné, je les ai laissés devant la porte de la salle des opératrices.
Les deux gardes étaient calmes. Ils sont toujours calmes à ce stade-là. "
La suite se déroula ainsi : la porte s'ouvrit et les gardes entrèrent dans une pièce sans fenêtres d'en-
viron 20 m2 au décor minimaliste - une table métallique, un terminal , deux chaises - avec deux
petites caméras au plafond. Deux opératrices portant une combinaison noire tactique munie d'une
ceinture fonctionnelle, et des bottes noires, les fixèrent du regard. Mara, la plus grande, ordonna : "
Avancez, gardes ! " Mira, l'autre opératrice ordonna à son tour d'un ton très ferme : "Position !" Les
deux gardes obéirent et se mirent au garde-à-vous. Mara reprit la parole : " Vous avez été signalés."
Les gardes réagirent, visiblement surpris : " Signalés ? " Mira : " Oui. Défaillance opérationnelle ". Un
silence et elle ajouta : " Regardez-nous, gardes ! " Sans comprendre, les gardes fixèrent les opéra-
trices. Discrètement, elles se rapprochèrent des gardes et pivotèrent légèrement. La voix de la Com-
mandante résonna dans la pièce : " Procédez "...et la porte de la pièce se verrouilla à cet instant. Les
gardes comprirent enfin ! Trop tard ! Les gestes vifs et précis des opératrices eurent raison d'eux en
quelques secondes. Il n'y eut pas de lutte, juste un semblant de résistance. Mara et Mira relâchèrent
les corps des gardes avec soin et réajustèrent leur tenue. Sans un regard pour les "gisants" elles se
tournèrent vers l'écran et validèrent : " Régulation effectuée - Séquence terminée ". Puis Mira pressa
un bouton. Quelques minutes après, l'équipe d'évacuation des "éléments" ( les corps des gardes éli-
minés ) arriva. Ils furent transférés dans une salle de transit où ils furent délestés de leur uniforme
avant d'être acheminés vers l'unité médico-technique. Dans quelques heures ou quelques jours, il
n'en resterait plus grand chose...
Froides, rapides, précises, parfaitement coordonnées, Mara et Mira ne tenaient aucune comptabilité
mais savaient que le nombre de gardes qu'elles avaient déjà "traités" était élevé. Un seul mot de la
Commandante et elles élimineraient de nouveaux gardes, ne laissant derrière elles que le silence.

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