Le corps en alerte
Ça commence toujours par la mâchoire cachée par sa bouche appât de toute tension...
Un serrement minuscule, presque élégant. Les dents se cherchent, se frottent, grincent à peine. Rien de grave, pense-t-on. Pourtant la tension a déjà trouvé son point d’ancrage. Elle sait où entrer.
Elle descend ensuite dans le cou. Les épaules montent d’un millimètre, puis d’un autre. Elles ne redescendent plus. Elles se figent là. Le souffle se raccourcit sans prévenir. Inspirer devient un acte volontaire. Expirer, un abandon.
La tension aime la lenteur.
Elle s’installe dans le ventre, en boule compacte, dense, chaude. Elle contracte les organes comme on serre un poing.
Dans la poitrine, quelque chose tire. Un fil invisible, tendu entre le cœur et la gorge. Le cœur tape trop vite, puis trop fort, comme s’il cognait contre des parois trop étroites. Chaque battement résonne d'attente.
Les mains tremblent à peine. Les doigts se replient, cherchent une résistance : le tissu du pantalon, le bord d’une table, une cuisse. La peau devient hypersensible. Le moindre contact est une excitation.
Dans la tête, les pensées s’empilent, se superposent, se compressent. Des phrases inachevées. Des images floues. Des souvenirs qui n’ont rien demandé. Tout se tend là-haut aussi, mais sans muscles, sans chair. Une tension sèche, électrique, qui crépite derrière les yeux.
Les tempes battent. Le front se plisse. Les paupières clignent trop souvent, ou pas assez.
Le corps entier est en tension.
Jusqu’au moment où la tension n’a plus d’espace pour exister.
Alors, sans prévenir, elle lâche.
Les muscles cessent de lutter.
Le souffle s’échappe d’un coup.
Et à ce moment précis où tout s’éteint, le corps est vidé, apaisé, et magnifiquement vivant.

Annotations
Versions