Chapitre 9
Je suis perdue. Je ne sais pas si je dois lui courir après ou le laisser digérer. Et si je lui cours après, je lui dis quoi ? « Finalement je renonce à mon rêve… » ? Ou « Viens avec moi ! » Ou encore « Tu me soules ! » Ouais, peut-être pas ça. C’est un coup à le perdre vraiment. Je ne veux pas le perdre. Je refuse de le perdre…
Je lui envoie un message : « Pardon… ». Je ne sais pas quoi lui dire de plus. J’aimerais lui dire que je l’aime et que ça me tue de le voir si triste et en colère, mais je ne suis qu’une amie. Sa meilleure amie.
Je me jette sur mon lit et pleure. Si je n’arrive pas à vivre sans lui alors qu’il habite tout près, comment je vais faire quand j’aurais mon van ? Mon bus ? Il a ses rêves à lui. Je ne peux pas lui demander de tout lâcher pour me suivre. Pourtant j’en rêve. D’ailleurs, je n’oserai jamais dire ce qu’il se passe dans certains de ces songes… Jamaiiiiiiiiis… Mes joues brûlent rien que d’y penser.
Et puis zut… si je ne lui pose pas la question, je vais me haïr jusqu’à la fin de ma vie. Je lui renvoie un SMS : « Si je te le demandais, tu voyagerais avec moi ? ». Voilà, plus qu’à… Ah bah non, pas besoin d’attendre… « Demande toujours et tu verras. ». J’ai l’impression que l’oxygène arrive de nouveau à trouver le chemin de mes poumons. Si il pouvait aussi irriguer mon cerveau, ce serait top. J’inspire un grand coup. « Tu veux voyager avec moi ? ». Ça y est, c’est dit. Merde, je l’ai vraiment fait. Et si il dit non ? Mais s’il pensait dire non, il ne m’aurait pas envoyé ce message… Si ? Argh je deviens folle… Et il ne répond pas en plus. Il veut ma peau. Y’a pas d’autre explication.
VLAN ! La porte de ma chambre s’ouvre en claquant contre le mur, et Matteo se jette dans mes bras en me traitant d’idiote et en disant de le prévenir au moment de faire nos valises.
- Si j’ai bien compris, tu veux venir avec moi ?
- T’as d’autres questions débiles du même genre ? Autant faire tout le package d’un coup, tu gagneras du temps.
- Tu es prêt à sacrifier ton rêve pour réaliser le mien ?
- Mon rêve, c’est de créer un jeu vidéo. Ça, je peux le faire de n’importe où. Et puis, je vais avoir besoin de ma graphiste préférée.
- Préférée hein ? Tu dis juste ça pour que je te le fasse gratis.
- Même pas vrai… enfin pas totalement.u
- Crevard… Je te préviens, on va devoir bosser à deux dans les vignes et ailleurs pour gagner assez pour ne serait-ce que partir.
- Tout ce que tu veux.
- Mmmmh tu sais que si tu dis ça, je vais le prendre au pied de la lettre ?
- Yep.
- Et tu sais que, dans le van, y’aura pas une place infinie et que tu vas devoir dormir avec moi ?
- J’espère pour toi que tu ne ronfles pas, sinon je te filerai des coups de pieds.
- Connard.
- Peste !
- J’t’emmerde…
Il me prend dans ses bras et j’ai l’impression qu’il s’accroche à une bouée dans une tempête. Je le garde contre moi le plus possible. Je réfléchis aussi à l’organisation que ça va être. Heureusement que j’ai prévu un bus à étages, faudra juste que je fasse deux chambres au lieu d’une. Ça va juste me tuer de le savoir si près et en même temps si loin.
- Tu sais qu’on va en chier avant d’y arriver, Matt ?
- Ouais. Mais ça va le faire. Tu crois que je vais te laisser partir seule avec les tarés qu’il y a partout ?
- Bah…
- Bah rien du tout idiote. Et puis…
- Et puis quoi ?
- Tu m’aurais trop manqué.
- Toi aussi…
- Mytho ! Si c’était vrai, tu serais jamais partie.
- Crétin…
On reste encore blottis l’un contre l’autre quelques minutes, puis il part pour rentrer chez lui. J’ai du mal à réaliser encore. Je vais devoir évacuer tout ça en dessinant. Matteo va voyager avec moi… Même en le répétant à haute voix, j’y crois pas.
Peut-être que si j’essaye dans d’autres langues ? « Matteo will travel with me. » Non… « Matteo viaggerà con me .» Toujours pas… « Matteo wird mit mir reisen. » Nope… « Matteo viajará conmigo. » Rien à faire, ça veut pas rentrer dans ma tête qui pense encore que j’ai rêvé ce moment. Encore.

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