CHAPITRE 1.2

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Le village était en effervescence. Suivant elfes et humains eux aussi arrivés par l’est, Inga inspira profondément et s’engagea sur la grande rue traversante.

 À l’entrée, un ferronnier, un orfèvre et de nombreux forgerons s’organisaient autour de l’atelier. Passant à côté, Inga plissa du nez, écœurée par la fumée puante de la houille. Le martèlement lourd de la masse sur l’enclume vibrait dans l’air et sifflait à ses oreilles comme une flèche perforant son crâne à chaque coup. Le pavillon dédié au métal lui était désagréable. Trop agressif pour ses sens. Elle se dépêcha d’avancer et ne prêta pas plus d’attention au chahut qui s’y agitait. Plus loin, elle passa devant le pavillon du cuir où les tanneurs venus du sud de la nation côtoyaient un bourrelier. Tout était plus modéré et Inga put se détendre pour apprécier à nouveau la vie à Leaucantrelle. Elle échangea des sourires avec les inconnus, quelques mots avec des connaissances et fut alpaguer par un elfe.

 — Mademoiselle ! Oui, vous, avec la belle chevelure de feu. Puis-je vous proposer l’une de nos barrette ?

 Il s’était approché d’elle avec entrain. Un charmant sourire marquant ses pommettes et de beaux objets en cuir en main. Gênée par cette attention soudaine, Elle voulût ne pas s’arrêter mais il était plus déterminé qu’elle n’était rapide et la foule faisait obstacle.

 — Elles sont belles mais… non, merci. refusa-t-elle un brin de politesse amusée dans la voix.

 — Allons, rétorqua-t-il sur le même ton. Elles vous iraient à ravir. Regardez.

 Il saisit, d’un geste léger, l’une des mèches de la druidesse, la laissa glisser entre ses doigts jusqu’à la pointe, puis maintint au dessus de ses cheveux roux l’une des barrette. L’objet était finement décoré de motifs elfiques aériens tout en spirales et en arabesque. Le cuir sombre mit en valeur par le contraste. Mais Inga refusa à nouveau. Ferme et douce. Le vendeur lâcha sa mèche, l’air à la fois déçu et attristé, mais souriant.

 — Quel dommage, soupira-t-il. À bientôt, j’espère.

 Il ponctua sa phrase d’un geste doux : du dos de son index il longea la ligne de la mâchoire d’Inga, de l’oreille au menton, étirant son mouvement dans l’air. Habituée aux mœurs elfiques, elle vivait, sans gêne avec la facilité des elfes à créer du contact. Profitant d’une vague dans la foule, Inga laissa les tanneurs pour marcher jusqu’au centre du village. Elle dut slalomer entre les nombreuses charrettes arrêtées pêle-mêle pour rejoindre, sous un auvent en toile, ses consœurs et confrères médecins.

 — La voilà qui arrive enfin ! s’exclama une femme avec enthousiasme en la saluant d’un geste ample de la main.

 Inga, ravie de revoir ces visages familiers, s’empressa de déposer ses affaires pour les retrouver. Elle s’approcha de l’accoucheuse : une femme débonnaire de petite taille, au visage oblong marqué par les années, qui lui ouvrait grand ses bras, un franc sourire étirant ses lèvres.

 — Bonjour Inga, c’est toujours un plaisir de te voir.

 — Bonjour Margaret, salua-t-elle en partageant une accolade familière. Locryn est absent ?

 — Il est occupé dans la tente à l’arrière avec un patient. répondit Margaret en jetant son pouce par dessus son épaule. Tu pourras le voir après. Installe-toi en attendant !

 Ce qu’elle fit. Inga disposa sur un coin de la table qui lui était destiné une partie de son chargement, arrangeant avec minutie plantes séchées et pots. Puis, elle saisit une tablette de cire sur laquelle étaient renseignées toutes ses commandes. Pendant sa lecture de vérification, elle entendit Margaret blâmer la météo en frottant ses mains noueuses pour les réchauffer.

 — Cette journée glacerait les os d’un nain.

 — Ils sont plus solides que nous Maggie ! Au fait, y-a-t-il eu des clients pour moi avant que je n’arrive ?

 — Oui ! Une dame est passée, grande, les cheveux clairs. Je n’ai pas retenu son nom mais elle cherchait des onguents pour apaiser la toux de son fils.

 Inga esquissa un sourire. Pour Margaret toutes les femmes étaient grandes et ici au nord du Croissant, elles étaient nombreuses à avoir des cheveux clairs. Heureusement, elle se souvenait de la description de la commande. Inga dessina un symbole au bout de la ligne.

 — Elle ne t’a pas dit quand elle repassera ?

 Margaret hocha négativement.

 Un gémissement difficilement retenu de douleur retentit alors. Puis, après quelques secondes de silence durant lesquelles ni Margaret, ni Inga ne bronchèrent, les toiles de la tente s’ouvrirent brusquement. Un elfe qui devait se pencher outre-mesure en sortit. À tâtons, il se dirigea jusqu’à une malle posée au sol, l’ouvrit et fourragea à l’intérieur.

 — Inga ? demanda-t-il soudain.

Elle s’approcha de lui, sentant la difficulté.

 — Oui, je suis là.

 Quand elle lui répondit, le visage crispé de Locryn se tourna dans sa direction et se détendit un peu. Ses yeux céruléens étaient nappés d’un voile blanc.

 — Il me semblait bien que j’avais reconnu ta voix. Je viendrai te saluer tout à l’heure. précisa-t-il de son timbre bas et rocailleux.

 Il lui tendit la main, paume vers le ciel. Elle y passa trois doigts comme on glisse un pinceau sur une toile.

 — Que s’est-t-il passé ? s’inquiéta Margaret.

 L’elfe saisit dans la malle quelques pots qu’il approcha de son visage au point où son nez en effleurait le bord. Il balbutia.

 — Je… crois avoir sous-dosé le colosse… Il s’est… évanoui… quand je lui ai arraché sa dent.

 Tandis, qu’il passait ses doigts à la surface de chaque récipient pour en reconnaître la rugosité et les lignes, Margaret eu une inspiration sifflante d’effarement. Inga tempera.

 — Pas d’inquiétude vous deux. Un évanouissement, ce n’est pas grave.

 Elle déposa une main rassurante sur l’épaule de l’elfe et sourit à Margaret. Inga était encore jeune mais avait tout le potentiel du bon médecin. Locryn et Margaret le savait. Elle représentait le précieux altruisme druidique. Tout ce qu’il lui manquait c’était quelques années d’expérience qui la libérerait de sa timidité.

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