9. La route Arc en ciel - Samira

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Ha ! ha ! Famille nombreuse

Famille heureuse

Quand on est frère et sœur

Ha ! ha ! C’est le bonheur

On a du cœur

Quand on nait frère et sœur

Les Négresses Vertes - Famille nombreuse

Vendredi 16 juillet 2021

Ce matin, je me suis levée tôt dans l’espoir de pouvoir aller à la plage, mais depuis hier, il pleut et le ciel reste désespérément gris. Du coup, j’ai trainé au lit en lisant un webtoon saphique trop mignon, et je me suis rendormie. Lorsque j’émerge de mes doux rêves vers 11h, l’odeur de pain chaud m’incite à me lever.

En m’approchant de la cuisine, une autre odeur arrive jusqu’à moi et me donne aussitôt le sourire. Ma mère est en train de faire griller un long poivron vert directement sur la flamme de la gazinière. Sur le plan de travail, plusieurs poivrons sont déjà noircis.

— Tu prépares du felfla ?

— Oui, j’ai pensé que ça te ferait plaisir.

— Mais trop ! Merci !

De plus, j’adore la regarder faire. Une fois le dernier poivron grillé, elle les met dans un sac en plastique et recouvre le tout d’un torchon.

— Je m’en occupe !

— Tu sais qu’il faut attendre au moins un quart d’heure, me répond-elle, amusée.

Pendant ce temps, je mets la cafetière en route et fais un peu de vaisselle. Puis, je m’installe sur la table de la cuisine avec un gros morceau de matlouh encore tout chaud que je tartine généreusement de Nutella.

Une fois refroidis, les poivrons sont beaucoup plus faciles à éplucher. J’ai toujours adoré faire ça. Je m’y attèle avec application. Il faut tirer délicatement sur la peau et elle se détache toute seule. C’est tellement satisfaisant.

— Tu sors aujourd’hui ? me demande ma mère.

Depuis que je suis rentrée chez mes parents, mis à part pour le boulot, je sors peu.

— Je voulais aller à la plage, mais le temps est vraiment trop pourri.

— Tu pourrais aller voir tes amies, me suggère-t-elle.

Celles à qui je n’ai pas donné de nouvelles depuis un an, et avec lesquelles je vais devoir faire semblant d’être une autre. La grosse flemme.

Celle que j’ai envie de voir, c’est Billie. Malheureusement, le ciel est contre moi. J’aimerais tant pouvoir, de nouveau, discuter avec elle. J’ai bien aimé nos échanges lors de la fête, c’était fluide, comme si on était déjà amies.

— J’ai envie de trainer à la maison.

— Fatiha ne va pas tarder à arriver, elle déjeune avec nous.

— Ah, c’est pour ça que tu me demandes si je sors ? demandè-je amusée. Tu veux être tranquille pour papoter avec elle !

— Non, pas du tout ! se défend ma mère. Samira, je ne te chasse pas ! C’est toujours chez toi ici ! Surtout qu’elle sera ravie de te voir.

— D’accord maman, dis-je avec un petit sourire.

Fatiha est une cousine de ma mère dont j’ai beaucoup entendu parler, mais que je connais peu. Je l’ai croisée quelques fois en Algérie lors de nos vacances et j’en garde un bon souvenir. Elle est marrante et n’a pas sa langue dans sa poche. Il y a un an, juste avant que je parte à la fac, elle est arrivée en France. Je ne connais pas les détails de l’histoire, mais je sais qu’elle a quitté son mari et que cela a créé un gros scandale. Ma mère l’a aidée à s’installer à Mirevant et à trouver un travail. Elles sont très proches.

— Je vais m’habiller !

Je me délecte de ma dernière cuillère de Tiramisu.

— Maman, c’est une tuerie !

— Je confirme ! déclare Fatiha.

— C’est une nouvelle recette ? demandè-je.

— Oui, j’ai eu l’idée en regardant « Un diner presque parfait ».

— C’était un déjeuner parfait ! dit Fatiha.

— Quand est-ce que tu t’inscris ?

Ma mère lève les yeux au ciel. C’est une grande fan de cette émission et je lui ai posé cette question des dizaines de fois.

— Mais oui ! s’exclame Fatiha. Je lui ai dit aussi !

— C’est un complot ! proteste ma mère.

— Arrête, répond sa cousine, tu en as envie.

— Peut-être un peu… mais ce n’est pas pour moi, se défend ma mère. Je n’ai pas le niveau !

— Mais si, répond-on en cœur.

— Ça doit être marrant de participer à ce genre d’émission, argumente Fatiha. C’est aussi l’occasion de rencontrer d’autres passionnés de cuisine.

— Oui… Mais tu me vois inviter des gens ici ?

— Bien sûr, pourquoi pas ?

Cette fois, ma mère ne proteste pas et semble sérieusement envisager la question. Fatiha et moi échangeons un regard complice.

— On va réussir à l’inscrire, me souffle-t-elle. Et sinon, comment ça se passe pour toi à Paris ?

— Très bien, j’ai eu de bons résultats à mes examens. Je suis contente.

— Félicitations, mais il n’y a pas que les études et le travail dans la vie. Faut aussi s’amuser ! Surtout à ton âge !

— Je profite aussi de la vie parisienne, je sors et j’ai rencontré des gens cools.

— Bien ! Et les amours ? Un petit ami ?

Je m’efforce de sourire.

— Euh, non, bafouillè-je. Je n’ai personne…

Ce qui, actuellement, n’est que la stricte vérité. Mais comment cela se passera-t-il lorsque je rencontrerai quelqu’un et que je ne pourrais pas leur en parler ?

— Même pas un beau garçon en vue ?

— Arrête de l’embêter, intervient ma mère.

— Khadi, ne fais pas genre ! Toi aussi, tu veux savoir !

— Oui, d’accord, admet ma mère. Mais je ne la harcèle pas de questions, j’attends que ça vienne d’elle, qu’elle ait envie de me raconter. Ce n’est pas parce que je suis sa mère que je dois tout savoir. Mes enfants ont droit à leur intimité.

Sa bienveillance me touche énormément. Malheureusement, cette belle sensation est rapidement chassée par la honte de ne pas pouvoir me confier à elle.

Fatiha acquiesce lentement, puis se tourne vers moi.

— Excuse-moi, ma chérie. Ta mère a raison, comme toujours. Surtout que ma question était idiote. Tu n’as pas besoin d’un homme pour exister !

Son revirement me fait sourire, mais elle ne sourit pas, elle semble même préoccupée. Après un petit silence, elle pose sa main sur la mienne et reprend la parole.

— Le plus important c’est que tu sois heureuse.

— Merci.

— J’aime ma nouvelle vie ici, mais j’aurais aimé le comprendre plus tôt. Donc, écoute ton cœur et vis ta vie pour toi. Quitte à jouer les rebelles, comme ta mère. C’est elle qui a raison, toujours !

— Les rebelles ?

Ma mère n’a rien d’une rebelle, bien au contraire, elle nous a toujours appris à suivre les règles et à ne pas faire de vagues. Je me tourne vers elle, ses lèvres sont pincées et son regard fuyant.

— Attends… tu ne lui as jamais raconté ? demande Fatiha.

— Raconté quoi ? demandè-je de plus en plus intriguée.

— La rencontre de tes parents !

— Ah si, je connais l’histoire. Ils se sont rencontrés un été en Algérie. Papa était un ami de la famille, ils se sont tout de suite bien entendus. Ils se sont mariés et maman l’a suivi en France, où il vivait déjà et travaillait.

Fatiha se met à rire et ma mère lui fait gentiment les gros yeux.

— Oh ça va ! Y’a prescription. Et puis, tu n’as pas à avoir honte, bien au contraire, tu es un modèle ! C’est important qu’elle comprenne qu’on a le choix, ou qu’on doit le prendre, comme tu as fait !

L’admiration pour ma mère se lit dans le regard de sa cousine. J’essaye de comprendre les sous-entendus, Fatiha, de son côté, n’a pas eu le choix. J’ai toujours pensé que ma mère non plus, mais qu’elle avait juste eu un coup de bol en tombant sur mon père. Il y a autre chose ?

— Mais de quoi est-ce que vous parlez ? demandè-je. Maman, tu veux bien me raconter ?

Une conversation secrète et silencieuse se joue entre elles. De son regard, Fatiha semble l’encourager et ma mère finit par céder. Ses deux mains posées devant elle sur la table, elle prend une grande inspiration, puis se lance.

— Cet été-là, je devais effectivement me marier, avec le fils d’un ami de mon père. Tout avait été arrangé. Mais, j’ai fait la connaissance de ton père, nous sommes tout de suite tombés amoureux…

Ce souvenir lui donne le sourire.

— … Il m’a proposé de le suivre en France pour vivre avec lui. Et j’ai accepté.

— Wouah, comme ça ? Comment tu as su ?

— Je ne sais pas, j’étais jeune, mais pourtant, j’ai su que c’était l’homme de ma vie.

— Comme dans les films.

Elle acquiesce.

— Elle a disparu du jour au lendemain, m’explique Fatiha, son père et ses oncles ont retourné tout le village à sa recherche, c’était quelque chose !

— Tu t’es sauvée sans rien dire à personne ? demandè-je, ébahie.

— Oui. J’ai causé beaucoup de problèmes à ma famille, et je n’en suis pas fière.

— P… purée ! Mais Grand-mère adore papa !

— Maintenant oui, ça n’a pas été facile, mais heureusement, la situation s’est arrangée. Disons que le mariage, puis la naissance d’Ali ont apaisé les tensions.

Fatiha rit de nouveau.

— Ils cachent bien leur jeu, non ?

— J’en reviens pas, dis-je.

— C’était une folie, mais j’ai eu de la chance. Votre père est un homme bon, nous nous sommes tout de suite bien entendus, et soutenus.

— Tu as écouté ton cœur !

J’ai encore tellement de questions, mais je les garde pour plus tard. Ma mère est gênée par ses confidences et semble toujours un peu honteuse de ce qu’elle a fait. De mon côté, j’ai besoin d’un peu de temps pour enregistrer l’information. Je n’en reviens pas. Mes parents jeunes amoureux en fuite. Ma mère a tout quitté par amour. C’est tellement romantique. Je me sens fière d’eux. Ça a dû être difficile, surtout pour elle, d’aller à l’encontre de sa famille et de quitter tout, du jour au lendemain.

Je débarrasse et propose de m’occuper de la vaisselle. Ma mère et sa cousine repartent sur des discussions plus légères, quant à moi, je me perds dans mes pensées.

Fatiha m’a dit de faire les bons choix, mais pour ma situation, il ne s’agit même pas de choix. J’aime les filles. C’est juste comme ça que je suis. Je n’ai rien demandé ni choisi.

— Tu nous accompagnes à la mosquée ?

Il n’y a aucune pression dans la demande de ma mère, et pourtant, un nœud se forme dans mon ventre. Je n’ai aucune envie d’y aller. Ma relation avec Allah est compliquée. De plus, la semaine prochaine, c’est la fête de l’Aïd-el-Kébir. Je ne pourrais pas y échapper. Enfin si, je pourrais, mais ça me couperait de nombreux moments avec ma famille.

— Merci, mais je crois que je vais rester à la maison.

— Comme tu veux, tu as besoin de te reposer !

Elle se tourne vers Fatiha.

— Elle travaille ce week-end, explique-t-elle avec fierté.

— Ravie d’avoir pu discuter avec toi, me dit Fatiha.

— Oh moi aussi !

On rit toutes les deux avec complicité. Ma mère secoue la tête, le sourire aux lèvres.

Une fois seule dans l’appart, je me vautre dans le salon et lance la série Sense8. Je l’ai déjà vue, mais j’y prends toujours autant de plaisir, j’attends avec impatience les scènes avec Amanita et Nomi, leur couple est tellement beau, je les adore ! Enfin, des lesbiennes qui ne meurent pas !

J’en profite pour discuter en ligne avec Axel et lui raconte ma soirée avec Billie.

Alex : qu’est ce que tu attends ?

Sam : non non et non

Axel : t’as retrouvé la Queen Lesbos et tu vas la laisser partir ?

Sam : déjà, elle est en couple, donc non, je tenterais rien

Sam : et puis, non, ici c’est un très mauvais plan

Axel : Calin

Axel : tu veux dire que tu vas devoir tenir tout l’été sans draguer ?

Sam : ??

Sam : je t’assure que c’est pas si compliqué !

Axel : heureusement qu’il y a d’autres reines de par le monde

Axel : et n’oublie pas que je suis également là pour toi ma chérie !

Axel : ??

Alex : et je ne suis pas jaloux !

Je ricane à ses bêtises, puis je me laisse de nouveau absorber par ma série.

Ali : t’es à la maison ?

Samira : oui pourquoi

Ali : et les parents ?

Samira : non, maman est avec Fatiha et papa est chez tonton mohamed. Ils vont rentrer tard

Samira : mais pourquoi ?

Aucune réponse. Il m’énerve quand il fait ça. Je n’ai pas longtemps à attendre, cinq minutes plus tard, il déboule dans l’appartement et fonce directement dans sa chambre.

— Salut à toi aussi mon cher frère ! lancè-je.

Là encore, pas de réponse. Derrière la porte fermée, des choses tombent sur le sol, puis mon frère qui jure.

— Ali ? Ça va ?

J’ouvre la porte sans attendre. Il sursaute.

— Putain Samira, tu connais l’intimité ?

— Tu me répondais pas et …

Son T-shirt est couvert de sang, et son visage porte des marques. Je me précipite vers lui.

— Ali, qu’est-ce qui s’est passé ? Tu vas bien ?

— Rien. Je suis tombé et j’ai saigné du nez.

— Tombé ? Tu te fous de ma gueule ?

— Fais pas chier…

Mon frère n’est pas un sanguin, mais son regard sombre et la rage dans sa voix indiquent que ce n’est pas le moment de le questionner.

— Viens dans la salle de bain, faut nettoyer ça !

Je l’attrape par le bras et l’entraine. Il se laisse faire. Il retire son T-shirt et son jean tachés, que je mets immédiatement au lave-linge. Je le fais assoir sur le bord de la baignoire et nettoie son visage. Il grimace, mais serre les dents.

— Tu sais que les parents vont jamais croire à ton mensonge. T’as des sacrées marques. Ta joue est bleue et ça risque d’empirer.

Il se relève d’un bond pour se regarder dans le miroir.

— Fait chier, souffle-t-il.

— Par contre, si tu veux, on peut mettre un peu de fond de teint. Tu veux que je te montre comment faire ?

Il me regarde longuement. Il fait peine à voir. Qui a osé toucher à mon frère. J’essaye de contenir la colère qui gronde en moi, on a déjà bien assez de la sienne pour le moment.

— Ouais, c’est une bonne idée… Merci.

— Fatiha est venue déjeuner, tu croiras jamais ce que j’ai appris sur les parents.

Il hausse un sourcil curieux, surpris que je change si facilement de sujet. Je lui raconte pendant que je le maquille. Au début, il n’écoute que d’une oreille, mais lorsque je lâche la bombe, il écarquille les yeux.

— Nos parents ? Non, impossible ! proteste-t-il. Tu inventes !

— Non, je t’assure !

— Alors, elles t’ont fait une blague.

— Non plus, maman était vraiment gênée. Elle s’est vraiment sauvée avec baba !

— C’est quoi cette dinguerie ? Eux qui sont tellement respectueux des règles et de la famille.

— Je sais, moi aussi j’ai eu du mal à y croire. Et là encore, ça me parait fou.

— Pourquoi je suis toujours le dernier au courant des trucs marrants ?

— C’est pas juste marrant, c’est assez incroyable.

— J’avoue. Je vais questionner baba, quand on sera seuls, au boulot.

— Sans Fatiha, on n’aurait jamais su ! Pourquoi est-ce qu’ils n’en ont jamais parlé ? demandè-je. Ni eux ni le reste de la famille !

— La pudeur, répond-il en penchant la tête sur le côté.

— Est-ce que tu parles de cette pudeur étouffante qui nous empêche de nous confier ? Même à ceux qui nous aiment ? Alors qu’on s’inquiète pour eux…

Ali me regarde en coin.

— Je sais ce que tu essayes de faire…

— Et ça marche ?

— Toz ! me lance-t-il en levant le majeur.

Il agite son majeur, mais n’arrive pas à retenir un petit sourire. Je sais que j’ai gagné et en profite pour me glisser dans la brèche.

— Avec qui tu t’es battu ?

— Kamal, ce chien de menteur…

— Mais quel connard ! dis-je

Il se met à ricaner, un rire mauvais.

— Moi c’est rien ! T’as pas vu dans quel état je l’ai laissé. Je l’ai massacré. Mais ouais c’est un connard… merdeux.

— Qu’est-ce qui s’est passé ?

— J’étais au gymnase, en train de faire mes tractions, tranquille quand il a débarqué. Il a commencé à raconter à tout le monde que… qu’Ulysse m’avait…

Ali grimace.

— Je lui ai dit d’arrêter, trois fois ! Mais il ne faisait que ricaner en me traitant de tapette qui ne savait pas se battre. Alors, je lui ai montré !

La colère que je lis dans ses yeux me fait peur.

— … je suis pas comme ça, ajoute-t-il avec une nouvelle grimace de dégout. Si jamais Ulysse avait tenté un truc…

— Ali, le connard dans l’histoire, c’est Kamal, pas Ulysse !

— Ouais… c’est vrai, dit-il d’une voix plus calme. Mais quand même, il n’a pas intérêt à me toucher.

Je secoue la tête sidérée et honteuse de ne pas réussir à lui livrer le fond de ma pensée.

— Voilà, j’ai terminé.

Mon frère se regarde dans la glace.

— T’as assuré, on voit presque plus rien, merci.

Je me contente de hausser les épaules, ma voix toujours bloquée dans ma gorge.

— Pour Ulysse, tu crois que c’est vrai ? demande-t-il. Tu crois qu’il est vraiment…

Il hésite.

— Le mot que tu cherches, c’est « gay », ce n’est pas un gros mot.

Il fait la moue. Je sais bien que, parmi les gens qu’il fréquente, c’est une insulte. Merci, Kamal pour cette démonstration

— Et donc… tu crois qu’il est… gay ?

Il a tellement de difficultés à prononcer ce mot que ça me fait mal.

— Qu’est-ce que ça change ? Même s’il est gay, ça ne veut pas dire que vous ne pouvez pas être amis !

— Ben… ça me fait bizarre.

— Pourquoi ?

— On était super proches… Ça me dégoute. T’imagines s’il m’avait fait des trucs…

Il semble au bord de la nausée.

— T’es vraiment très con ! Vous aviez dix ans !

— Mais si on avait continué à être amis. Il aurait pu tenter des choses !

— Pourquoi il aurait fait ça ? Déjà, y’a aucune raison de croire qu’il aurait été attiré par toi. T’es loin d’être irrésistible…

J’appuie là où ça fait mal, je suis en colère, à sa tête, je vois que j’aie fait mouche.

— Et puis, faut arrêter de croire que les mecs gays sautent sur les hétéros. Selon les statistiques, c’est lui qui est en danger avec toi pas l’inverse !

— Comment ça ?

— Ce sont les mecs hétéros qui piègent les homos pour les tabasser !

— Je ne ferai jamais de mal à Ulysse !

Il est choqué.

— Tu crois qu’Ulysse se fait emmerder à cause de … ça ?

Je lève les yeux au ciel.

— Tu as déjà oublié le comportement de Kamal à la fête ? Et avec toi aujourd’hui ?

Il est tout penaud.

— J’avais jamais pensé à ça. Enfin, si je suis au courant que ça existe, mais là… savoir que ça touche un proche, ça me fait… bizarre.

J’ai de plus en plus de mal à contenir la colère qui gronde en moi.

— Plus ou moins bizarre que d’apprendre qu’il aime peut-être les garçons ? le questionnè-je.

— Je sais pas. En le revoyant, j’ai eu tellement de bons souvenirs qui me sont revenus. Mais j’ai l’impression de ne plus le connaitre. Tout ça est… bizarre.

— Hmar, ça fait quinze fois que tu répètes bizarre, on a compris !

— Ça va, t’énerve pas non plus ! J’ai la dalle, on se commande des pizzas ?

Je me contente de hausser les épaules.

— …sinon, y’a des boulettes de viande au congel. Je pourrais préparer des spaghettis.

Il me fait son sourire charmeur et me parle nourriture ! Quel fourbe !

Je suis toujours en colère, mais au final, pas mécontente qu’on change de sujet. Ça m’évitera de dire des choses que je regretterais.

Après un bon repas, on joue à la console. On profite de l’absence de nos parents pour se chamailler comme on aime le faire. La compétition a autant lieu sur l’écran que sur le canapé. Tous les coups sont possibles pour gêner l’autre.

En pleine partie de Mario Kart, mon frère se met à ricaner. Je pense d’abord à une fourberie de sa part, puis commence à m’inquiéter de sa santé mentale.

— Y’a quoi ?

— Je repensais à Ulysse, explique-t-il. J’aurais dû m’en douter !

— Hein ?

— Il voulait toujours faire la route Arc en ciel !

Il repart dans un nouveau fou rire.

Est-ce qu’un jour, je pourrais lui dire que c’est également ma route préférée ?

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