13. Tu me fais tourner la tête - Samira
In my garden, you're in the sun
Give you a lesson in seduction
It feels different, it feels fun
You make me wanna be someone you love
Dans mon jardin, tu es au soleil
Je te donnerai une leçon de séduction
C’est différent, c’est amusant
Tu me donnes envie d’être quelqu’un que tu aimes
Marina - Je ne sais quoi
Dimanche 18 juillet 2021
La robe rouge pétant ou celle avec les grosses fleurs jaunes ? Ça fait la cinquième tenue que j’essaye et y’a absolument rien qui va ! J’attrape mon téléphone et appelle Axel à mon secours.
Son visage apparait aussitôt sur l’écran. Il a pris le soleil et ses taches de rousseur ressortent.
— SOS Amitié, j’écoute ! Que puis-je faire pour vous ?
— Je suis en panique totale ! J’ai besoin de toi !
— Je sais, et je suis là ! dit-il en retirant ses lunettes de soleil. Dis-moi tout ma Sam-sam !
— Je vois Billie ce soir…
Il ricane, mais je l’ignore.
— … et je ne sais pas quoi mettre !
Il éclate d’un rire joyeux.
— Tu t’es crue dans une romcom américaine ?
— Hein ?
— Tu sais bien ! Le perso du meilleur ami gay, dont la seule fonction est d’aider l’héroïne à choisir ses tenues ! À chaque fois, y’a un mini défilé où elle se déhanche, il la conseille, après il applaudit et ils se tombent dans les bras, parfois y’a même des confettis. Désolé, chérie, mais tu as déjà oublié comment je m’habille ?
— Malheureusement non, tes T-shirts idiots sont inoubliables.
Je laisse échapper un petit grognement de frustration.
— Tu veux que je te passe Tristan ? propose-t-il. Lui, il saura te conseiller ! Et pour les confettis, je peux m’arranger, je suis sure que ma grand-mère doit en avoir…
— Non, ne les embête pas ! Je vais me débrouiller. Laisse couler…
— Laisser couler ? Tu veux dire comme Rose avec Jack ? Alors qu’il y avait largement la place pour deux sur la planche ? Jamais je te laisserai tomber !
J’éclate de rire, alors qu’Axel continue de débiter ses bêtises.
— Tu sais Sam, l’emballage n’a pas tant d’importance, c’est toi qu’elle va regarder. Elle ne s’intéresse peut-être pas à la mode.
— Elle est dans une école de stylisme !
— Ah merde, dit-il en ayant du mal à garder son sérieux. Et t’as pensé au club naturiste ? Comme ça, plus de problème de tenue.
— T’es vraiment con !
Il affiche une moue dégoutée et je repars dans un fou rire.
— Bon allez, montre-moi, me dit-il.
Axel joue le jeu du défilé, effectivement, il n’est pas de grand conseil vestimentaire, mais il me fait rire. Et c’est, beaucoup plus détendue, que je me décide pour la robe longue verte, décorée d’arabesques jaune et orange.
— Merci Axel !
— Quand tu veux !
— Tes vacances en Bretagne se passent bien ?
— Oui, c’est très cool. Je suis content de voir mes grands-parents et de passer du temps avec Tristan, mais Liang me manque !
— Déjà ? Ça fait quoi ? Une semaine que tu es parti ?
— Cinq jours !
Je sors de ma chambre, mon téléphone en main, toujours en pleine conversation avec Axel quand je tombe sur mon frère que je manque de bousculer.
— Qu’est-ce que tu fais là ? lui demandè-je.
— J’habite ici…
Le rire d’Axel s’échappe du haut-parleur, le sourire d’Ali s’élargit.
— … désolé, je voulais pas te déranger. Axel va bien ?
— Ça fait longtemps que tu es rentré ?
— Oui, ça fait un petit moment, annonce-t-il, content de lui.
Merde, merde, merde. J’étais persuadée d’être seule dans l’appartement. Je me demande ce qu’il a entendu. Comme une imbécile, j’avais laissé ma porte grande ouverte. Faut vraiment que je sois plus prudente.
— Axel, je dois te laisser…
— Pas de problème chériie ! braille-t-il de l’autre côté. Passe une bonne soirée ! Je te fais plein de bisous ! Je t’aime !
— Euh… d’accord ! À bientôt.
J’ai l’impression d’avoir les joues en feu.
— Tu sors ? me demande Ali, un sourire narquois sur les lèvres.
— Oui, je vais voir des copines.
— T’as cinq minutes avant de partir ? Y’a un truc dont je voulais te parler.
Mon cœur s’arrête et l’angoisse monte d’un cran. Pendant un instant, j’envisage sérieusement de fuir, mais mon sac à main est dans ma chambre.
— Euh… oui.
— Est-ce que tu pourrais m’apprendre quelques phrases de base en anglais ? C’est pour le stand ? En ce moment, y’a pas mal de touristes étrangers dans la région, et je me sens toujours comme un con quand je dois leur parler.
— Mais oui ! Bien sûr, dis-je, soulagée.
Mon frère n’a jamais aimé l’école, ou plutôt l’école ne l’a jamais aimé. Pourtant, il est loin d’être idiot et aime apprendre, mais pas de manière scolaire. À seize ans, il a voulu arrêter l’école pour travailler avec mon père. Déjà enfant, il adorait l’accompagner sur les marchés. Mes parents lui ont demandé d’aller jusqu’au bac. Le lycée a été une torture pour lui. Il a été orienté dans un bac pro qui ne lui convenait pas et a loupé l’examen. Mais il a enfin pu faire ce qui lui plaisait et entrer dans la vie active. Depuis, il est beaucoup plus épanoui.
***
« Vous en voulez encoooore core core… ? »
Les annonces des manèges, les lumières colorées, la musique, l’odeur de la barbe à papa et des pommes d’amour, tout se mélange dans une joyeuse cacophonie. Je descends la grande allée, heureuse de retrouver l’ambiance du Luna Park, la fête foraine qui vient tous les étés à Mirevant.
« Qui attrapera la queue du p’tit Mickey ? »
Sam : je suis à la fête foraine
Axel : c’est un code lesbien ?
Axel : ??
Axel : si c’est le cas, je peux pas faire grand chose pour toi
Axel : mais bravo !
Sam : Nan, je suis vraiment à la fête foraine
Je prends un selfie et lui envoie.
Axel : et attention au départ !
Axel : ca a été avec ton frangin ?
Sam : oui
Sam : je sais pas ce qu’il a entendu, mais il n’a pas posé de questions
Sam : enfin, si… il a demandé comment tu allais
Axel : j’assure grave en faux petit ami hétéro
Sam : trop ! merci
Sam : y’a un manège pour toi
Axel : les chaises volantes ?
Sam : nan, mais pourquoi ?
Axel : pour s’envoyer en l’air !
Sam : ??
Sam : nan… c’est le manège où faut attraper la queue du p’tit Mickey
Sam : j’ai tout de suite pensé à toi !
Axel : ??
Axel : je préfère les lapins, désolé
Percevant du mouvement devant moi, je relève les yeux de mon téléphone. Billie me fait un petit signe de la main, tout en s’avançant vers moi. Elle est accompagnée de son amie Kloé et de Milo, un grand brun que j’avais croisé sur la plage, lors de la soirée du 14 juillet. Nous échangeons des salutations polies.
— Tu es venue seule, fait remarquer Kloé.
— Euh oui, mon frère avait déjà un truc de prévu.
« Et Attention au départ ! »
Mon regard s’attarde sur Billie. Elle porte une robe blanche courte, avec des volants et un gilet noir ajouré. Elle est magnifique.
— J’adore ta tenue !
— Ah merci, je suis pas vraiment satisfaite des bretelles.
Pour accompagner sa parole, elle fait glisser son gilet et dévoile une jolie épaule.
— Je la trouve très bien ! Mais, attends, c’est toi qui as fait cette robe ?
— Oui, répond-elle avec une certaine fierté.
— Elle est incroyable !
— La robe ou fille ? me taquine Kloé.
Elle prend Billie par la main et la fait tourner sur elle-même pour faire virevolter les jupons.
— Les deux… soufflè-je, sous le charme.
Nos regards se croisent, Billie laisse échapper un délicieux petit rire.
— Bon, on commence par quoi ? demande Kloé en se frottant les mains.
Peut-être un baiser sur cette belle épaule.
— Montagnes russes ? propose Billie.
Dommage.
Dans la file d’attente, Kloé discute avec Milo, j’en profite pour faire pareil avec Billie.
— Concernant mon frère, la vérité, c’est que je ne lui en ai pas parlé.
— Oh, répond-elle, étonnée. Je croyais que vous vous entendiez bien.
— Oui, très bien ! Même si parfois, il est couillon.
Elle rit franchement, faisant apparaitre ses dents du bonheur, j’ai l’impression que, la plupart du temps, elle essaye de les cacher. C’est vraiment dommage, car je trouve ça adorable.
— Je ne lui ai pas proposé, car j’espérais passer un peu de temps avec toi.
Je réalise trop tard que j’ai dit ça à haute voix. Ses lèvres se pincent puis s’étirent en un grand sourire.
— J’en suis ravie, souffle-t-elle.
« Vitesse Ma maxiMUM »
— Je suis sincèrement désolée pour ce matin, expliquè-je. Je voulais vraiment te rejoindre sur la plage, pour le yoga. Mais rien ne s’est déroulé comme prévu. J’ai passé une mauvaise nuit, du coup, quand mon réveil a sonné, je l’ai éteint et je me suis rendormie. Heureusement que ma mère m’a réveillée. Ensuite, je suis partie sans mes clés, j’ai dû retourner les chercher, et j’ai loupé mon bus.
Ma nuit a été hantée de cauchemars. Je n’ai pas arrêté de penser à ce qui était arrivé à Ulysse. Malheureusement, je sais que c’est courant, mais être rejeté par ma famille est ma plus grande peur. Billie semble proche d’Ulysse, elle doit être au courant. Pendant un instant, j’hésite à lui en parler, mais pour lui dire quoi ? Et puis, j’ai peur de gâcher cette belle soirée.
— Ce n’est pas grave, on aura d’autres occasions, me rassure-t-elle. Je suis là jusqu’à fin aout.
— Moi aussi !
— Parfait, donc, on a tout l’été pour en profiter.
— Je serai là demain matin !
On enchaine les différents manèges. Kloé et Milo semblent flirter, je me retrouve avec Billie, ce qui n’est pas pour me déplaire. Je suis vraiment heureuse d’apprendre à la connaitre. Elle m’intrigue depuis que je suis en seconde et elle est tout aussi fascinante que je l’avais imaginée.
Lorsque nous arrivons devant le train fantôme, Milo s’immobilise.
— Vous êtes sures ? demande-t-il.
— Souvent c’est plus marrant qu’autre chose, lui répond Kloé pour le rassurer.
— Je n’ai pas peur, se rétorque-t-il, amusé, mais ça a l’air un peu naze, non ?
— C’est justement ça qui est drôle, dis-je.
La devanture ressemble à un château en carton-pâte, avec deux tourelles. Sur le balcon se tient une galerie de monstres, effectivement, peu effrayants. On entend pourtant des cris qui proviennent de l’intérieur.
— J’ai du mal à comprendre le principe, dit-il.
— T’as jamais fait de train fantôme ? On va te baptiser !
Sans attendre sa réponse, Kloé l’attrape par la main et l’entraine vers l’entrée.
— Ça te dit ? demandè-je à Billie.
— Tu me protègeras ?
— Carrément, dis-je en me grandissant. Tu peux compter sur moi !
— Alors go.
Avant d’arriver aux wagons, on suit un petit parcours. Je sursaute en me prenant un jet de fumée dans le visage.
— Bienvenue en enfer ! nous annonce un squelette ricaneur.
Nous passons ensuite à côté d’une cage dans laquelle se trouve un clone de Freddy. Il s’amuse à faire crisser ses longues griffes sur les barreaux. Le bruit est assez insupportable.
Kloé et Milo montent dans un wagon qui redémarre aussitôt et foncent sur une porte représentant une grande bouche qui s’ouvre au dernier moment. Juste avant qu’ils disparaissent, on entend Kloé hurler. Billie et moi nous mettons à ricaner nerveusement en nous installant dans le wagon suivant.
Derrière la porte, on est plongées dans le noir. Nos épaules, nos bras, nos cuisses sont collés l’un à l’autre. Des flashs lumineux, au-dessus de nous, font apparaitre des toiles d’araignées et des chauves-souris en plastique. On éclate de rire. Le wagon fait ensuite un brusque demi-tour qui m’arrache un petit cri. Un mec avec un chapeau melon noir et une blouse blanche couverte de sang nous fait face. Il ouvre grand la bouche et dévoile des dents pointues. Je pouffe de rire et Billie se colle un peu plus à moi.
— Ça va ? lui demandè-je.
— Oui oui.
Mais nous n’avons pas le temps pour la conversation, les monstres ne nous aucun répit. À présent un truc effleure mes cheveux et je me recroqueville sur moi-même en laissant échapper un mélange de rires et de cris aigus. Nos mains se frôlent, nous échangeons un regard complice. Un nouveau cri attire mon attention, en le voyant, je me fige Le visage blafard, les cheveux rouges, un sourire si large qu’il atteint ses yeux. Une collerette blanche autour du cou et un ballon rouge à la main.
— Non pas les clowns ! me lamentè-je.
— Je suis là, me répond Billie, amusée.
Ils flottent. En bas, nous flottons tous. Viens flotter avec nous.
— Samira ? Ça va ?
Le wagon est arrêté, Billie me tire par la main pour en sortir, puis, elle m’amène à l’écart sur un banc.
— Tu es toute blanche ! dit-elle inquiète. Tu te sens mal ?
Milo et Kloé nous rejoignent, cette dernière me tend un coca.
— Du sucre, ça fait toujours du bien !
Je réalise que je tiens fermement le poignet de Billie dans ma main.
— Pardon, dis-je en la libérant.
Je prends la canette et en bois une bonne gorgée.
— Tu te sens mieux ? demande Milo.
— Merci. Ça va, ne vous inquiétez pas. C’est juste que… tout, mais pas clowns ! Il devrait y avoir un avertissement pour ça ! J’ai failli mourir !
— Heureusement que Billie t’a sauvé la vie ! s’exclame joyeusement Kloé. J’ai même pas vu qu’il y avait un clown ! On va devoir y retourner.
Elle échange un regard complice avec Milo qui éclate de rire. On n’est définitivement pas les seules à flirter.
— Ok, si tu veux.
— Nous, va rester là, propose Billie.
— Non, mais ça va, dis-je en me relevant. Tu peux y aller !
Elle fait non de la tête et s’assoit à mes côtés.
— Je préfère rester avec toi.
« Amateurs de sensations fortes et de petits bolides, prenez place pour un tout tout tout tout nouveau départ ! »
— Désolée de ne pas avoir réagi plus tôt. J’ai vraiment cru que tu rigolais.
— Tout va bien, tu ne pouvais pas savoir. Et puis, tu as fait ce qu’il fallait, comme le dit Kloé, je te dois la vie !
— Au moins !
Mon regard s’attarde sur sa délicieuse bouche, ses lèvres roses qu’elle frotte légèrement l’une contre l’autre.
— Alors, comme ça, les clowns ? me demande-t-elle.
— Oui, ils m’angoissaient terriblement ! La faute à Stephen King ! Même s’il reste mon auteur préféré.
— J’en ai jamais lu.
— Oh vraiment ? La chance ! Ça te fait tant de choses à découvrir ! Je peux te prêter « Ça », il est chez mes parents.
— Attends, c’est pas l’histoire avec le clown justement ?
— Si ! pouffè-je.
— Mais, tu veux me contaminer ? Qui va te protéger après ?
On rit.
— J’aime aussi beaucoup les romances… si tu préfères.
— Du moment que ça se finit bien. En ce moment, j’ai besoin de choses joyeuses.
— C’est noté !
— Tes suggestions m’intéressent. Y’a quelques jours, je me disais justement que je devrais profiter de mes vacances pour lire.
— Je te prêterai des livres ! m’exclamè-je. Enfin, si tu veux.
— Oui, avec plaisir !
— On l’a vu, annonce Kloé en nous rejoignant. Ça vous dit une pause grignotage, j’ai besoin de sucre ! On achète des churros et on ira les manger dans la grande roue. J’en prends pour tout le monde ou vous préférez autre chose ?
— Une pomme d’amour ! répond-on en chœur, Billie et moi.
— Une seule ou deux ? se marre Kloé.

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