14 ans et en colère
J'avais 14 ans. J'embrassais mon copain, S., dans un recoin du collège. Sans prévenir, il a glissé sa main dans ma culotte. C'était très rapide... J'ai essayé d'oublier. Mais il s'en est vanté dans les vestiaires.
Quand on est venu me le rapporter, j'étais en colère. Plus que la honte : la RAGE !
Je l'ai croisé dans le couloir, je lui ai balancé mon poing dans la gueule.
Manque de chance, il a esquivé à temps.
Alors, je me suis défoulée autrement.
Pendant la perme, il y a eu une séance de cassage – ou de « bâche », comme on disait à l'époque des t-shirt Waikiki. On a réglé nos comptes devant tout le monde. J'ai gagné par KO. Dans ta gueule, connard !
J'écrivais également. Dans un journal intime, des lettres, des poèmes... Je dénonçais la misère du monde, me lamentais sur les complications de l'amour et du désir. Et je balançais mon porc sur papier, dans les années 1990. Dans mon poème, je n'ai pas parlé des attouchements de S., mais de cette manière horripilante qu'il avait de vouloir qu'on parle de lui. Même en mal. Tant qu'on parlait de lui.
Il est devenu DJ. Métier de connard, ça lui va bien, non ?
En mémoire de la gamine de 14 ans en colère, voici le poème que j'ai écrit en 1992.
Prénom du connard en question en guise de titre
Si tristes des larmes qu'ils retiennent
Ils cherchent quelque chose, vont, viennent
Ils friment, draguent, médisent et regardent
Un monde qu'ils rejettent, auquel ils ne prennent garde
Ils se sentent en trop
Malaise, malheur
Aiment mal, sans cœur
Aiment bien, ce qu'il faut
Ils jaugent
Ils pleurent
Se croient vainqueurs
D'un monde qui bouge
Ils admirent en secret
Ils détestent tout haut
Noient leurs goûts dans l'eau
De l'hypocrisie qui naît
Ils veulent un monde meilleur pour demain
C'est aujourd'hui que se joue leur destin
Ils remettent à des jours prochains
Un avenir qui s'approche, pas si loin

Annotations
Versions