Chapitre 8

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Les deux séances suivantes se déroulèrent comme elle l’avait demandé. Le troisième jeudi, elle se trouva nez à nez avec Salai qui sortait tout juste de l’atelier. Son cœur manqua un battement. Le magnétisme qui accrochait leurs yeux était trop puissant. Elle ne pouvait l’empêcher malgré toute sa volonté. Il la prit par la main, l’entrainant dans une ruelle. Se tournant vers elle, il la prit dans ses bras. Posant d’abord son nez dans son cou pour respirer son odeur.

« Comme tu m’as manqué »

Sa main remontait doucement de ses côtes à sa poitrine. Lisa ne pouvait plus bouger. Elle ne pensait plus. Comme elle ne le repoussait pas, il s’enhardit. Il déposa un chapelet de baiser dans son cou. Ses frissons ne lui échappèrent pas et sans réfléchir, prit possession de sa bouche dans un baiser fougueux. Elle se plaqua plus étroitement contre son corps, enserrant sa tête de ses mains tremblantes. Ils ne détachaient leurs lèvres que pour reprendre leur souffle qu’ils avaient court. La main entre ses jambes, même au-dessus de sa robe, dégageait une telle chaleur, une telle passion. Elle se trémoussait contre sa paume, en voulait tellement plus qu’elle en avait mal. Pour la première fois de sa vie, elle vivait la jouissance. Elle aurait dû avoir honte de ses gémissements, mais il n’en était rien. Elle se sentait libérée. Etrangement bien dans le coton de ses émotions. Quand il releva les yeux pour voir son visage, il avait l’air aussi chamboulé qu’elle l’était. Ils ne dirent rien. Les mots étaient inutiles. Elle défroissa sa jupe et sans un regard, lui tourna le dos reprenant le chemin de l’atelier.

En rentrant, elle s’arrêta sur le parvis de l’église. Il lui semblait de façon raisonnable qu’elle avait tant à confesser. Pourtant, aucun sentiment de culpabilité ne l’habitait. Elle était la pire des pécheresses. Pouvait-elle se confesser sans sentir sa faute ? Elle décida d’entrer tout de même. Le confessionnal était déjà occupé. Elle s’assit sur un banc, le nez levé vers les vitraux. Elle semblait en contemplation, mais il n’en était rien. Ses pensées tourbillonnaient à toute allure. Elle n’avait pas sa place ici. Avant même de penser à ce qu’elle faisait, elle se leva et quitta l’église à grandes enjambées. Sa contrition n’était pas assez forte. Pour le moment, elle n’avait rien fait de mal, elle n’avait pas fauté. Qu’est-ce qu’elle aimerait se laisser aller ! Mais elle ne devait pas. Elle n’avait pas le droit de tromper son mari. Mais ne devait-il pas mieux l’aimer pour qu’elle n’en arrive pas là. N’était-il pas lui aussi responsable. C’est tout à ses sombres pensées qu’elle croisa, Albina Alighieri accompagnée de sa belle-mère. Une vieille femme revêche dont elle ne se rappelait plus le prénom. Albina, elle, était égale à elle-même. D’une pétillante flamboyance. Lisa, qui n’était pas d’humeur à bavarder, voulut éviter la rencontre, mais Albina l’avait déjà remarqué et venait droit à sa rencontre.

« Lisa quel plaisir !

- Albina, madame. Salua Lisa

- Nous allons nous promener sur les bords de l’Arno, tu nous accompagnes ?

Lisa hésita un instant, elle n’avait pas la tête à la promenade. En même temps, cela lui ferait certainement du bien de se changer les idées. Elle accepta la proposition. Une fois arrivées, la belle-mère qui avait un âge bien avancé demanda à s’asseoir et ne plus bouger. Les deux jeunes femmes continuaient la promenade au bord de l’eau. Les couleurs vives des immeubles qui se dressait aux abords du fleuve se reflétaient dans l’eau, créant ainsi une peinture vaporeuse, brouillée par les bateaux qui passaient à longueur de journée.

Lisa se demanda si son amie ne pouvait pas devenir sa confidente sur le sujet Salai. Ne sachant pas trop comment évoquer le sujet, elle tenta plutôt une approche indirecte.

- Une amie à moi m’a raconté tromper son mari.

Elle laissa volontairement sa phrase en suspens, lui laissant ainsi le temps de réagir. Albina se contenta de la regarder un sourire en coin, en gloussant doucement.

- Je la connais ?

- Non. En fait, elle ne l’a pas vraiment trompé.

- C’est-à-dire ?

- Disons qu’ils n’ont fait que s’embrasser. Avec l’autre homme, je veux dire.

- Oh ! Et bien, c’est quand même un peu tromper, tu ne crois pas ?

- Je ne sais pas. Son mari ne l’a jamais embrassé alors….

- Jamais embrassé !! C’est normal alors…

- Quoi donc ?

- Qu’elle souhaite tenter l’expérience avec un autre.

Sur le chemin qui la ramenait chez elle, Lisa pensa aux paroles de son amie. Peut-être devrait-elle tenter l’expérience du baiser avec son mari ? Maintenant, qu’elle savait comment faire. C’était une option envisageable.

Elle se décida un soir, une fois les enfants couchés. Ils avaient parfois l’habitude de s’asseoir devant la cheminée avec un verre de vin avant de rejoindre leurs chambres respectives. Ce soir-là était un de ces soirs. Lisa regardait son mari du coin de l’œil tentant de repérer le moment propice où elle pourrait tenter une approche. Son mari n’était jamais très loquace dans ce genre de moment. Il aimait une certaine solitude. Comme elle d’ailleurs. En ça, ils se comprenaient. Elle se leva timidement. Se plaçant devant lui, sans savoir vraiment comment entreprendre la bataille. Elle le regarda intensément cherchant à lui faire comprendre son désir. Il n’y était pas sensible. Elle se pencha et posa gentiment sa bouche sur la sienne forçant son passage de sa langue. Il comprit son intention et l’attrapant par la nuque dévora sa bouche. Les premières sensations étaient agréables, presque autant qu’avec Salai. Elle en était heureuse. C’était la deuxième fois qu’elle était à l’origine d’un rapprochement avec son mari. Elle en ressentait presque une certaine jubilation. Mais, il la repoussa. Presque durement. Dans un geste d’incompréhension de ce qu’il se passait. Peut-être lui avait-elle fait peur ? Elle se recula honteusement. Il se leva et s’approcha d’elle. Elle connaissait ce regard. Celui de l’envie. Il était loin d’être indifférent. Il la fit asseoir sur la table, releva ses jupes rapidement et pris son plaisir sans se rendre compte des larmes qui coulaient sur les joues de sa femme.

Cette soirée l’avait décidé, elle n’était plus rongée par la honte. Comment pouvait-elle l’être vis-à-vis d’un mari qui ne comprenait rien et ne la respectait pas ? Salai serait un amant d’une autre veine. Elle en était sûre.

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