Passerelle
Matin.
La lumière est éblouissante.
Le ciel et l’eau resplendissent. Clarté sans tache.
La surface bleue est un mélange dansant de joyaux et d’obscurité.
Nuit.
Mon cœur se soulage d’un fardeau et se crée d’autres espérances.
Vaines, douloureuses dépendances. Crépuscule d’ombres.
A cette heure où l’écume scintille à l’étrave, où donc m’emmène ce sillage ?
***
La mer est un miroir, disait le poète.
L’avait-il vue comme je la vois : trouble, colorée et imparfaite ?
Tranquille aujourd’hui, furieuse le lendemain.
Je me retrouve dans l’éther de ses couleurs, puis dans l’embrasement du crépuscule.
La nuit succède au jour, qui succède à la nuit.
Pastels étirés de plumes ; chacun finit par retrouver son lit.
***
Perdue dans mes songes, je me mutine.
Je voudrais une longue vue pour apercevoir les jours prochains.
Retrouver un mouvement spontané, me soustraire à cette prison de routine.
La mer a un pouvoir étrange sur le temps, l’espace, les circonstances.
Loin de ma condition, il me faut d’autres points d’ancrage.
Le passé se résume à l’escale précédente.
L’avenir, c’est demain.
La réalité a quitté le bord, elle nous attend ailleurs.
Nous sommes entre deux mondes.
La mer est une fille facile pour qui veut posséder moins que sa liberté.
Perdue dans mes songes, je me mutine.
***
J’ignorais ce que cela pouvait être de s’asseoir entre le jour et la nuit.
Le jour était calme et tranquille, quand la nuit se faisait brumeuse, et prolixe à en devenir morose.
Le jour a mangé trois repas avec plaisir. La nuit, lune ronde sur elle-même, a tout englouti sans mesure.
Le jour s’impose entre douceur et vigueur – matin douloureux d’une nuit solitaire.
Le jour est au monde, resplendissante merveille, tandis que la nuit se contente de reflets.
Le jour conquiert sagement, sans plus d’argument. La nuit tente futilement de s’acheter une vie.
Le jour m’a conquise, avec la mer reflétée, les ciels dégagés et le calme issu des tempêtes.
Que cette pensée cesse de tourbillonner :
Le jour me séduit à chaque aurore, à tous les crépuscules – malgré lui sans doute.
Son visage est un phare dans la nuit qui à la fois m’aide à la supporter
Et m’empêche de trouver le sommeil.
***
Le suprême du beau, c’est l’éphémère
Libellule en vol ou merle à l’aurore
Les pétales épanouis de la fleur
Mais l’instant est passé, déjà
Bref : il est précieux, et voilà pourquoi
Le spectacle inabouti de la mer
M’apparaît d’une audace supérieure
Mil fois l’écume se forme et s’éteint
Ressac : mugissement de vie et de mort
A bord du vivant vaisseau qu’est la Terre
Cette rime n’est qu’un bouton de fleur
Embrun fou d’une audace supérieure
Le suprême du beau, c’est l’éphémère.

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