Epistolaire
Chère âme,
Regarde ton sillage. Ne vois-tu pas cette trame se dessiner, comme une route au crayon à papier sur une carte encore anonyme ?
Prends la direction de vos invincibles volontés : écris, encore. Écris comme tu l’as toujours fait. Et explore cette nouveauté qui sort paisiblement de la brume : une grève où tu n’attends pas. Une grève dont tu es la maîtresse, que tu quittes et rejoins à ta guise.
Te voilà au bord d’un autre océan, et ses rouleaux tout à la fois familiers et inconnus s’écrasent à tes pieds dans le mouvement que tu connais si bien.
Toi et le marin de ton cœur, vous avez traversé des années si sombres, douloureuses et tremblantes, dans les tempêtes grises d’un hiver implacable.
Mais le printemps a finalement crevé le plafond de nuages pour transpercer d’un puissant rayon la cime des vagues, en illuminer l’écume scintillante. Ce qui bouillonne n’est pas la mer qui l’enlève à toi, mais bien celle qui vous portera ensemble vers d’autres aventures. Elle convoque tous les souvenirs de ces contrées mystérieuses que ton âme désire tant.
Fol espoir de stabilité dans les cycles marins : la vague, la marée, les absences, les retours. Tu bâtiras ce phare sur cette côte illustre, si c’est la seule certitude dont tu as besoin.
Te voilà à contempler l’avenir avec cette fièvre que je te connais, qui te poussera à armer ton propre vaisseau pour suivre tes ambitions, et poursuivre cette route vers un ailleurs en construction. Tu es prête, à présent, à arracher le voile qui recouvre ton essence même, et tu en pareras le bateau ivre que tu es.
Ivre de doutes et de contradictions, mais les cales pleines de trésors amassés pendant les longues années d’errance. Sers-toi de ces flots intérieurs, qu’ils te portent là où tu le désires. Serre ces courants comme le vent dans la voile.
Toi et le marin de ton cœur ne pouvez vivre une vie rangée dans la banalité. Votre existence se façonne sur une ville flottante où vos plus grandes idées sont autant de transports pour tromper l’ennui de la modernité.
Laisse remonter à la surface cette idée ancienne, écho impossible d’un passé révolu : écris et sois marin.

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