Naissances
Mes seins ronds sont deux galets sur la ligne d’écume
Mon ventre plein une falaise roulée par les flots
La mère que je suis se nourrit de mer
Et la mer vivante crée elle aussi de nombreux univers
Dans nos seins se meuvent le passé et l’avenir, mêlés dans le présent
Les maux, petits et grands, de mon corps rompu et incorruptible
S’effaceront plus sûrement que mes pas sur le sable
Offrande, mes seins ronds sont deux galets sur la ligne d’écume
Jetés aux flots, offerts au Vivant, nourriture de mère
Voilà le second univers dont j’attends fébrile l’avènement
L’espoir pour demain est de voir fleurir et grandir
D’autres temps et d’autres lieux, passés et à venir
Pour les voir perdurer dans les âges.
***
On dirait qu’en tous lieux, en même temps
Frissonne l’infini de la lame
Océan, monstre d’écume sans cesse recommencé
Étale l’Éternité jusqu’à mes rêves d’horizon
Sur son dos, vent debout, vent arrière,
Louvoie ma barque de pêcheuse de mots
Au-dessus, roulant de tonnerre,
S’évade un train d’orages qui
Dans un immense baiser
Pétri la surface de ma chair
Prépare mon flux, reflux d’une grande marée
Mon corps habité par l’hiver attend la sève sacrée
Le roulis du berceau caché aux abysses
Bientôt le mal dissout dans la vie nouvelle
Bientôt les baisers d’une bouche aimante sur des joues innocentes
Celui qui naît, celui qui vit et tous les chers disparus murmurent :
Aime !
Aime ce qu’apporte la marée, ce que pousse l’onde
Aime ce que le printemps réveille
La douceur du vent
L’éclosion des blés
L’éclaircie sur ton front
Tout est doux.

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