Chapitre 3
Dos à la porte vitrée, je me laisse tomber sur le pavé glacé du jardin clos. J’expire en fermant les yeux. Les larmes montent et une boule se forme dans ma gorge mais je me relève et ravale le tout.
— Ce ne sont que les premiers jours. Ça va passer, me rassuré-je.
Je range mon livre dans la poche de ma jupe, replace ma pèlerine sur mes épaules et la boutonne. Mes yeux se perdent dans la hauteur démesurée de l'endroit. Fait de pierres, il ne semble pas avoir été construit à des fins décoratives. Le jardin a sans doute été aménagé dans une chapelle abandonnée, à en juger par la formes des fenêtres dont les vitraux ont été remplacés, l'aspect du lieu en lui-même et les quelques bancs restants.
Si le froid de l'hiver a même réussi à s'infiltrer entre ces murs, il y a quelque chose de réconfortant et d'intime ici. Je me laisse guider dans l'allée des bas-côtés, envirée par le parfum des roses encore en fleurs plantées sur toute la longueur du jardin clos.
Malgré la végétation diverse et luxuriante, le bruit de mes pas résonne.
Je m'assois sur un banc. Il n'est pas confortable. Les plans de rosiers grimpants se mêlent au lierre qui, lui, recouvre presque la totalité des murs de la vieille bâtisse. Parterre, entre les bancs et les petits salons de jardin, des fougères sortent entre les dalles de pierre. Et sur les colonnes fissurées, des camélias pourpres et roses fleurissent.
Je lève les yeux au ciel. On peut encore distinguer l'ancienne charpente sous le toit de verre. Des suspensions végétales tiennent place de lustres.
Je me décide enfin à ressortir mon livre de poèmes et l'ouvre. J'essaye de lire mais ma concentration est ailleurs ; quelque part entre les fragrances florales et le vent extérieur. Mon inquiétude quant à mon adaptation grandit, elle aussi. Mon esprit s'égare dans des réflexions futiles et des intrigues qui n'existeront probablement jamais.
— Tout va bien, ma dame ?
Je sursaute au son de la voix derrière moi. Elle chaleureuse et inconnue. Je me retourne. Et écarquille les yeux en reconnaissant le roi Ashvale. Je me lève et fais une révérence maladroite.
— Je vais bien, Sire, merci.
Il avance vers moi, les bras dans le dos. Une fois à ma hauteur, il me fait signe de me rasseoir.
— Il me tardait de vous rencontrer. Il y a quelques mois, une lettre de votre père m'a informée de votre venue prochaine.
Il remarque mon air sombre et s'interrompt.
— Mon père nous a quitté il y a peu, expliqué-je, ma voix morne.
— Vous m'en voyez navré, ma dame.
Il pose sa main sur la mienne. Je la retire aussitôt et la cache sous mon livre.
— Pourrais-je savoir pour quelle raison Sa Majesté a-t-elle accepté ma venue ?
— Pour quelle raison ne l'aurais-je pas accepté ? Rétorque-t-il en riant.
Sa question me laisse sans voix. Je souris pour toute réponse.
— Vous a-t-on présentée à la Cour ? Demande-t-il d'une voix douce.
— Pas de manière officielle.
— Dans ce cas, nous devons remédier à cela, termine-t-il en se levant. J'organiserai un bal demain. Non ! Ce soir.
— Rien ne presse, Sire !
Il sourit et tourne les talons.
Je pose un coude sur le dossier du banc en le regardant partir, l'air songeuse.

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