Chapitre 1 - Le village et la mer - 5
Les jours passaient, et chaque détail semblait chargé de sens. Un matin, le cri des mouettes réveilla Gabriele plus tôt que d’habitude. Il se leva, traversa la maison encore endormie et ouvrit la porte du balcon. La mer s’étendait devant lui, d’un bleu profond. Sur un rocher, une silhouette sombre l’observait : un chat noir, immobile, ses yeux brillant comme deux éclats d’ambre.
Il battit une fois de la queue, puis disparut.
Gabriele cligna des yeux, persuadé d’avoir rêvé. Mais le battement de son cœur lui disait que non.
Valentina, ce matin-là, traînait les pieds pour aller à l’école. Elle répondit sèchement aux questions de Giuliana, son amie fidèle, qui tentait de la faire sourire.
— Tu es toujours en colère, soupira Giuliana.
— Parce que j’ai mes raisons, répliqua Valentina, les yeux sombres.
Gabriele, qui marchait derrière, serrait son sac contre lui. Il aurait voulu crier que lui aussi avait ses raisons, mais il se contenta de fixer le ciel.
Le maître leur fit écrire une rédaction : Décrivez votre maison et ce qu’elle représente pour vous.
Gabriele remplit des pages entières : il décrivit la couleur des murs, l’odeur du pain, la vue sur la mer, les souvenirs du père.
Valentina, elle, ne traça que quelques phrases, dures et brèves : Ma maison est vide. Je n’y trouve rien. Puis elle posa son stylo et croisa les bras.
Le soir, sur le balcon, Elisa s’assit entre ses enfants. Le silence les enveloppa. Elle sortit le vieux carnet du père, celui dont l’encre avait bavé.
— Écoutez, dit-elle d’une voix tremblante.
Elle lut une phrase : Aujourd’hui, le vent a changé. J’ai pensé à eux.
Valentina détourna la tête, incapable de supporter cette proximité douloureuse. Gabriele, au contraire, se serra contre sa mère, les yeux brillants.
Andrea passa la tête par la porte, hésitant. Il les vit ainsi, rassemblés par une phrase oubliée. Il comprit qu’il n’avait pas de place dans ce cercle, pas encore. Alors il recula doucement, laissant à la mer le soin d’accompagner leur silence.
Cette nuit-là, Gabriele rêva encore.
Le bateau avançait sur une mer calme. Le père tenait la barre, muet, son visage éclairé par une lueur douce. À ses pieds, un chat noir s’étirait. Puis le rêve se dissipa, emporté par le bruit des vagues.
Au réveil, le garçon sut que ce n’était que le début.
Quelque chose les attendait, au-delà de la douleur et de la colère.
Et ce quelque chose avait déjà commencé à les appeler.

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